Recherche

Vatican News
Un meeting du parti AfD, à Cottbus, en Allemagne, le 13 juillet 2019. Un meeting du parti AfD, à Cottbus, en Allemagne, le 13 juillet 2019.  

En Allemagne, la tentation de l’extrême droite

Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) s’est imposé comme la troisième force politique au Bundestag. Populiste et d’extrême droite, il s’est enraciné dans l’Est de l’Allemagne et fait entendre une voix qui semblait éteinte depuis la Seconde Guerre mondiale.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

Au sein de la troisième force politique du pays, se niche un groupuscule qui cristallise critiques et passion, l’Aile. Cette frange extrême de l’AfD a récemment été placée sous surveillance policière, en raison du danger qu’elle représente pour l’Etat. Selon les services de renseignement allemands, cette mouvance d’extrême droite représente le «principal danger» pour la démocratie du pays, 75 ans après la fin du nazisme.

Une libéralisation de la parole qui participe à une libéralisation des moeurs et des actes, rendant possible le plus inimaginable. Lentement, insidieusement, l’AfD est parvenu à focaliser le débat politique allemand autour de la question migratoire. En septembre 2018 à Chemnitz dans la Saxe, une vague de «chasses» à l’étranger avaient été organisées, après le meurtre d’un Allemand à l’arme blanche pour lequel est soupçonné un demandeur d’asile irakien. Plusieurs manifestations contre la politique d’accueil de l’Allemagne et contre la présence de réfugiés dans le pays ont également été orchestrées par l’AfD. 

Le discours nationaliste et populiste a été banalisé, explique Hans Stark, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à l'université de la Sorbonne, «pour les extrémistes, le fait de voir ce genre de discours accepté dans la société, ils se disent “on peut passer à l’acte”». Le 20 février à Hanau, un assaillant tuait 9 personnes dans deux bars à chicha, un crime «profondément raciste» selon les autorités allemandes. Hans Stark redoute la multiplication des crimes d’extrême droite, «le discours populiste a fait le lit de l’extrême droite». 

Division du parti AfD 

Conscient des risques d'avoir en son sein une frange extrême, début avril, le co-président de l’AfD Jörg Meuthen plaidait pour que sa formation se sépare de l’Aile. Une proposition qui lui a valu les foudres de l’équipe dirigeante du parti. L’Aile représente un cinquième des adhérents et une scission représente un risque pour le parti de perdre des militants. Mais dans le calcul de Jörg Meuthen, une prise de distance avec l’Aile permettra au contraire de puiser de nouveaux électeurs dans l’espace conservateur, qui pour l’instant rechignent à voter AfD à cause des prise de positions de l’Aile. 

Entretien avec Hans Stark
17 avril 2020, 09:38