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Des soutiens des indigènes canadiens manifestent à Vancouver, Canada, le 24 février 2020 Des soutiens des indigènes canadiens manifestent à Vancouver, Canada, le 24 février 2020  ((c) Jennifer Gauthier 2020)

Au Canada, les autochtones vent debout contre un projet d’oléoduc

À l’heure où les discussions entre le Premier ministre Justin Trudeau et les manifestants contre le projet d’oléoduc se révèlent improductives, la situation au Canada se dégrade entre les autochtones et le gouvernement. Pour mieux comprendre les enjeux de cette confrontation, entretien avec le père René Tessier, rédacteur en chef de la revue diocésaine Pastorale-Québec.

Anne-Quitterie Jozeau – Cité du Vatican

Le Premier ministre à qui l’on reprochait de ne pas gérer la crise que vit actuellement le Canada, a finalement pris la parole ce lundi 24 février, défendant le démantèlement d’un barrage autochtone par un groupe policier.

Ces Amérindiens de la nation Wet’suwet’en, accompagnés d’autres manifestants «alliés» dont le groupe Extinction Rébellion Québec, protestent contre le projet de création d’un oléoduc. Ce pipeline, situé en Colombie-Britannique, traversera leurs terres ancestrales, et en particulier le lieu de guérison Unist’ot’en. Les manifestations et barrages de routes et de voies ferrées s’étendent dans l’ensemble du pays. Ce mercredi, en réponse au démantèlement, des manifestants autochtones ont lancé au passage de plusieurs trains des pneus en flammes ainsi que des pierres.

L’idéal: un compromis

Le 10 février dernier, le ministre des transports Marc Garneau s'était dit «profondément préoccupé» par les manifestations touchant le pays.

En voyage diplomatique en vue de l’élection du Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies, Justin Trudeau a finalement décidé d’écourter cette campagne afin de tenter de résoudre la situation actuelle. Ainsi ce 21 février, le Premier ministre canadien a durci le ton et appelé à cesser tout barrage ferroviaire dans l’ensemble du pays.

C’est pourquoi le chef du gouvernement canadien a décidé de s’emparer des moyens forts. Lors de la session des questions au Parlement, il a déclaré: «il est important de continuer à travailler sur la réconciliation, même dans les situations difficiles, et c'est ce que nous avons fait jusqu'à ce que nous disions trop c'est trop, les barrages doivent être levés».

Un litige très ancien avec les autochtones

Le père René Tessier explique ce phénomène à la lumière de l’histoire. En 1990, lors de la crise d’Oka au Québec, le peuple des Mohawks avait manifesté en raison de l’agrandissement d’un terrain de golf. Ces contestations avaient fait un mort du côté des forces de l’ordre.

Ces manifestations perdurent, et les autochtones protestent «pour l’ensemble des revendications autochtones traditionnelles qui encourent depuis 150 ans». Ces requêtes sont multiples: «l’usage de leurs terres» qu’ils ont perdu, leur «droit de chasse et de pêche» sur ces terres-là… «On leur promettait toutes sortes de choses qu’on ne leur a pas nécessairement accordées» ajoute le rédacteur en chef de Pastorale-Québec.

Fin 2015 lors d’une rencontre avec eux à Ottawa, Justin Trudeau avait placé la question des autochtones comme une «priorité de son gouvernement», et avait accepté toute la liste des 225 revendications. Mais selon les autochtones, «il n’y a jamais rien qui s’est passé». L’«impatience bouillonne» donc chez ces peuples autochtones, qui en attendaient beaucoup de l’actuel Premier ministre.

Voici maintenant quatre semaines que les revendications se multiplient: il y a une cause commune, mais il existe depuis trois semaines, toute une «série de revendications variées» s’y ajoutent.

Le pays paralysé

Aujourd’hui, de nombreux trains sont supprimés. Les barrages auront des conséquences commerciales, puisque les entreprises sont les principales usagées de ces voies ferrés. «Les chemins de fer n’ont pas la même importance qu’en Europe où une grande partie de la population se déplace par train, mais ils servent beaucoup pour les routes commerciales», explique le père Tessier.

Une certaine impatience, ainsi que de l’inquiétude se font ressentir de la part des descendants d’Européens. Depuis le 21 février dernier, la compagnie ferroviaire Via Rail a décompté plus de 650 trains annulés, affectant environ 117 000 passagers à travers le Canada.

Entretien avec le père René Tessier
27 février 2020, 11:11