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Eurobic, l'une des banques portugaises éclaboussées par le scandale des Luanda Leaks Eurobic, l'une des banques portugaises éclaboussées par le scandale des Luanda Leaks  (AFP or licensors)

L’affaire des Luanda Leaks: une guerre déclarée de l’Angola contre la corruption?

Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a publié le 19 janvier une vaste enquête baptisée “Luanda Leaks”, accusant la fille de l'ancien président de l’Angola José Eduardo dos Santos d'avoir «siphonné l'économie angolaise» et accumulé de manière frauduleuse une fortune estimée à 2,1 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros). Dans le même temps, la justice angolaise est passée à l’action. Analyse des enjeux pour le gouvernement et la population du pays.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Ces dernières semaines ont permis d’en savoir plus sur la mise au jour de l’affaire des Luanda Leaks, du nom de la capitale angolaise.

Le secteur bancaire portugais impliqué

Le Portugais Rui Pinto a en effet révélé le 27 janvier dernier qu’il était à l’origine de ces révélations mettant en cause la milliardaire angolaise Isabel dos Santos, également accusée par son pays de fraude et détournement de fonds, et son mari, l’homme d’affaire Sindika Dokolo. Rui Pinto aurait ainsi publié 715 000 documents compromettants.

Les Luanda Leaks montrent le système mis en place par le couple, impliquant une poignée d’intermédiaires placés à la tête d’un enchevêtrement de sociétés disséminées à travers le monde, notamment dans le secteur bancaire, en particulier au Portugal, l'ancienne puissance coloniale de ce pays africain riche en pétrole. Pendant la crise économique de 2008 à2015, de nombreuses entreprises portugaises ont donc bénéficié de l’aide des dos Santos. L’enquête ouverte par la justice angolaise devra déterminer ce qu’ils ont exigé en retour.

Déterminée à se défendre malgré de graves accusations

Isabel Dos Santos a par ailleurs été mise en examen le 22 janvier dernier. La liste des chefs d’accusation qui la concernent est longue: «fraude», « détournement de fonds» et «blanchiment d’argent». On la soupçonne aussi de «trafic d’influence», d’«abus de biens sociaux», et de «faux en écritures» durant son mandat à la tête de la société pétrolière publique Sonangol, de juin 2016 à novembre 2017. Mais la milliardaire se défend. Elle accuse la justice angolaise de mener une croisade «politique» et se dit «prête à se défendre devant la justice internationale». Le 27 janvier, dans un communiqué, elle a aussi déclaré vouloir poursuivre en justice les médias à l’origine des Luanda Leaks. Le procureur général d’Angola, Helder Pitta Gros, a quant à lui assuré que la justice ferait tout ce qui est en son pouvoir pour la ramener au pays. Les avoirs de la milliardaire ont été gelés.

Cette affaire est un véritable test pour l'actuel président du pays, qui affiche sa volonté de lutter contre la corruption et l’esprit de clan de son ancien mentor. Joao Lourenço a succédé en 2017 à José Eduardo dos Santos, qui avait dirigé l’Angola d'une main de fer pendant trente-huit ans et largement pratiqué le népotisme.

On revient sur les enjeux politiques et les perspectives des Luanda Leaks avec Didier Péclard. Il est enseignant-chercheur à l’Université de Genève, où il dirige un master en études africaines. 

Entretien avec Didier Péclard
05 février 2020, 09:09