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Le grand barrage de la Renaissance, actuellement en cours de construction sur le Nil par l'Éthiopie. Le grand barrage de la Renaissance, actuellement en cours de construction sur le Nil par l'Éthiopie. 

Tensions diplomatiques autour d’un barrage sur le Nil

Le Grand barrage de la Renaissance, construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu suscite des frictions avec l’Égypte et le Soudan, eux aussi irrigués par le plus long fleuve du monde. Les trois pays se sont donnés jusqu’au mois de janvier 2020 pour aplanir leurs différends.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel-Cité du Vatican

C’est l’un des fleuves les plus importants de la planète et la convoitise de ses eaux est au cœur d’une longue querelle. Le Nil, qui irrigue onze pays d’Afrique est revenu ces derniers mois au cœur de l’actualité. L’Éthiopie, qui abrite le lac Tana d’où jaillit le Nil Bleu, construit depuis 2011 le Grand barrage de la Renaissance. L’ouvrage est construit à 75% et doit donner naissance à la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique, qui devrait produire 6 000 mégawatts.

Mais le Soudan voisin et l’Egypte ne voit pas ce projet d’un bon œil. La retenue d’eau ralentirait sérieusement le débit du fleuve pour ces deux pays, à commencer par les Égyptiens, dont la civilisation s’est construite autour du Nil. Le Caire craint en effet que le remplissage du barrage par les Éthiopiens n’affecte en aval le début du fleuve. Adis-Abeba ambitionne de produire de l’électricité grâce à deux turbines dès décembre 2020.

Un différend historique

Les tensions autour des eaux du Nil ne sont pas nouvelles. Un premier accord est signé en 1929 entre l’Egypte et la Grande-Bretagne, puissance coloniale de l'époque. Il attribue au Caire 55,5 milliards de mètres cubes et au Soudan 18,5 milliards, soit au total près de 90% du débit du Nil. L’accord sera amendé en 1959. L’Éthiopie, peu développée à l’époque, en est exclue. Elle est devenue ces dernières année, un «tigre», une puissance à l’échelle du continent africain.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Égypte, du Soudan et de l’Éthiopie, réunis le 6 novembre dernier à Washington, se sont donnés jusqu’au mois de janvier 2020 pour trouver un accord, faute de quoi un médiateur international devrait être nommé.

Franck Galland est spécialiste des enjeux sécuritaires et stratégiques liés aux ressources de l’eau, chercheur associé à La Fondation pour la Recherche Stratégique. Il revient sur le dernier accord de 1959 et les implications de la construction du Grand barrage de la Renaissance pour les trois pays.

Entretien avec le chercheur Franck Galland
13 novembre 2019, 08:56