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Des déplacés soudanais dans un camp à Kordofan au Soudan du Sud, lors d'une livraison de vivres des Nations-Unies Des déplacés soudanais dans un camp à Kordofan au Soudan du Sud, lors d'une livraison de vivres des Nations-Unies  (AFP or licensors)

Des inondations sans précédent ravagent le Soudan du Sud

Des inondations touchent de façon dramatique le nord et l’est du Soudan du Sud. Des milliers de personnes sont bloquées dans des zones inaccessibles, menaçant d'aggraver une crise humanitaire déjà catastrophique. Entretien avec un membre de Médecins Sans Frontières (MSF) sur place.

Entretien réalisé par Giada Aquilino – Cité du Vatican

Une grande partie du Soudan du Sud est touchée par des crues saisonnières inhabituellement fortes, affectant selon les estimations de 600 000 à 800 000 personnes, dont des centaines de milliers de réfugiés du Soudan et de déplacés.

«En date de fin octobre, les comtés d'Ayod, de Maban, de Mayom, de Nyirol, de Pibor et d'Uror dans la province élargie du Nil supérieur comptaient parmi les plus durement touchés par les inondations», a indiqué l'OCHA, l’agence humanitaire des Nations-Unies, dans un rapport.

Le pays est sur la voie d'un relèvement progressif après six années de guerre civile et doit maintenant faire face à des inondations que la région n'a pas connues depuis près de quatre décennies. Les répercussions sont considérables: destruction des habitations, submersion des routes, accès aux services publics (y compris les hôpitaux et installations sanitaires) extrêmement restreint… sans parler du risque accru de propagation des maladies. Les organisations humanitaires craignent notamment le retour du choléra dans le pays, un an après son éradication.  

Sept millions de personnes, soit environ les deux tiers de la population, ont déjà un besoin urgent d'aide humanitaire au Soudan du Sud et les conséquences des graves inondations ne feront qu'aggraver leur situation, indique MSF. Les abris d'urgence, la nourriture, l'eau et l'assainissement restent les principaux besoins des réfugiés et de la population locale.

Dans le comté de Maban, plus de 200 000 personnes sont touchées par les inondations, selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR). C’est dans cette zone que travaille Alberto Zerboni, coordinateur des opérations au Soudan du Sud pour Médecins Sans Frontières. Voici son témoignage.

Au début de la semaine dernière, les travailleurs de notre projet à Maban nous ont appelés, alarmés, parce qu'il y avait une inondation en cours et que presque toute la base a été inondée, tout comme l'ont été nos installations sanitaires et les autres qu'il y a dans la région pour aider les réfugiés du Soudan accueillis là-bas depuis des années. À Maban, il y a eu une trêve et nous avons réussi à réactiver certains services. Alors qu'à Pibor, l'eau persiste et continue d'augmenter.

Qu'est-ce qui a causé les inondations?

C'est la saison des pluies, même si nous pensions que le plus haut sommet était passé. Au lieu de cela, il y a eu une grande vague d'eau causée par de fortes pluies dans toute la région, particulièrement abondantes et insistantes. Même la population locale ne les attendait pas comme ça.

Quelle est la situation en ce qui concerne les opérations de sauvetage? Y a-t-il eu des problèmes pour atteindre ces zones?

Il y a eu, et il y a toujours des problèmes considérables. Tous les vols au-dessus de Maban - de MSF, mais aussi de la Croix-Rouge et des Nations Unies - ont été suspendus car la piste était complètement inondée. Et maintenant, nous fournissons tout le soutien nécessaire par hélicoptère. Il est également difficile de déterminer l'étendue des zones inondées pour pouvoir ensuite atteindre des poches de population qui ne reçoivent pas d'aide et ne peuvent se déplacer.

Les dangers actuels sont l'eau contaminée et les épidémies. Comment opère MSF?

Dans une situation de ce genre, il y a plusieurs dangers. Il y a un risque de noyade en raison du niveau élevé de l'eau et il y a un risque que les personnes soient emportées. Ensuite, il y a toute une question de contamination des sources d'eau, il faut donc aller nettoyer les puits, les assainir, les désinfecter. Il y a aussi la question de la nourriture et du logement : tout a été inondé, les gens n'ont plus d'abri. Tout cela déclenche donc un circuit de précarité dans lequel vous ne mangez pas, vous buvez pas d'eau contaminée et vous êtes exposés à des maladies respiratoires, car il commence à faire froid et les personnes les plus vulnérables tombent malades plus facilement.

Le risque d'épidémie est-il élevé?

Il y a eu une alerte au choléra au Soudan, dans la région de l'État du Nil Bleu, qui est très proche de Maban, avec le risque que le choléra se propage. Pour l'instant, nous n'avons aucune nouvelle à cet égard, mais la prévention doit être très élevée.

Les inondations pourraient-elles augmenter les taux de malnutrition?

Le Soudan du Sud est un pays tourmenté par la guerre, dans lequel il y a eu d'importants mouvements de population, des gens qui ont échappé à la violence, et donc tout un tissu économique qui est détruit. Pour ceux qui vivent de l'agriculture, ces inondations ont potentiellement détruit les cultures, tandis que d'autres - qui font des cultures sous l'eau, comme le riz, le sorgho - en ont peut-être bénéficié. Ceux qui avaient des provisions ont tout perdu, ils n'ont même pas de quoi manger dans l'immédiat. Et s'il y a aussi un manque d'eau dans le régime alimentaire, tout manque et la malnutrition peut devenir un phénomène mortel.

Une situation qui peut encore empirer, dans un pays qui devrait parvenir à un gouvernement d'unité nationale en novembre, mais dont les inconnues subsistent pour l'instant...

J'espère que ce processus de paix portera ses fruits, même si des doutes considérables subsistent. C'est un tableau dramatique parce que c'est un pays extrêmement fragile malgré ses ressources, en particulier en pétrole, mais c'est l'un des pays où il est le plus difficile de survivre.

Quel est l'appel de Médecins Sans Frontières pour la communauté internationale?

Couvrir les dommages causés par cette inondation et les dommages qui peuvent être ressentis à moyen et long terme. Pensez aux récoltes perdues et essayez de combler l'écart. Et surtout ne pas abandonner le Soudan du Sud à peine l'urgence passée. Ce pays a un besoin énorme de soutien, dans un contexte de manque d'infrastructures, de fragilité politique et d'insécurité, compte tenu des événements de ces dernières années.

24 octobre 2019, 11:59