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Des visiteurs devant des missiles balistiques russes, dans la périphérie de Saint-Petersbourg en 2017. Des visiteurs devant des missiles balistiques russes, dans la périphérie de Saint-Petersbourg en 2017.  

Retrait américain du traité INF: un pas dangereux

Les Etats-Unis vont officiellement sortir du traité de désarmement INF, ce vendredi 2 août 2019. Ce retrait pourrait mener à une nouvelle course aux armements. L’analyse de Jean-Marie Collin, chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

Le traité INF, signé en 1987 avec Moscou, avait mis fin à l'escalade nucléaire en pleine Guerre froide. L'accord faisait suite à la crise des «euromissiles», lors de laquelle Etats-Unis et Russie avaient déployé de nombreuses armes à moyenne portée à la fin des années 1970. Le processus de retrait de cet accord sur les missiles à capacité nucléaire de portée intermédiaire (500 à 5.500 kilomètres) avait été annoncé en février dernier par le président américain Donald Trump. Washington reproche au gouvernement russe de violer «depuis de nombreuses années» l’accord signé par les présidents américain et russe Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

Pour les États-Unis, Moscou n’a pas respecté ses obligations

 «Le traité INF nous a été utile, mais il ne fonctionne que si les deux parties le respectent», a déclaré le nouveau chef du Pentagone Mark Esper. L'administration américaine pointe du doigt le déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée, selon Washington, dépasse les 500 km, constituant ainsi une violation du traité. Une position américaine soutenue officiellement par l'Otan. Le 25 juin dernier, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Alliance atlantique, avait exhorté la Russie «à reprendre le chemin de la raison».

Un signe inquiétant pour la sécurité internationale 

Moscou avait rejeté les accusations américaines «sans fondement» et accusé en retour Washington de violer également ce traité. En réponse, le président russe Vladimir Poutine a ratifié le 3 juillet dernier la suspension de la participation de son pays au traité.

Pour Jean-Marie Collin expert/porte-parole pour ICAN France, branche française de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, et chercheur associé auprès du GRIP la mort de ce traité «qui a mis fin à une catégorie complète d’armements» et aider à sortir de la guerre froide est «une mauvaise indication». Cette attitude «extrêmement négative» des puissances nucléaires représente «une nouvelle menace pour la communauté internationale» et un frein au «chemin qui doit être parcouru vers le désarmement nucléaire».

Avec la fin du traité INF, ne reste en vigueur qu'un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington: le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la Guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021.

Interview de Jean-Marie Collin, porte-parole pour ICAN France

Le Pape conscient des risques actuels de course à l’armement

En mai dernier, lors d’une rencontre organisée par l’Académie pontificale des Sciences sociales sur le thème “État, nation, État-nation”, le Pape François avait alerté face au «danger d’un holocauste nucléaire». Aujourd’hui, avait-il déploré, «la saison du désarmement nucléaire multilatéral apparaît dépassée et ne touche plus la conscience politique des nations qui possèdent des armes atomiques ». Ainsi, semble s’ouvrir «une nouvelle saison de confrontation nucléaire inquiétante, car elle annule les progrès du passé récent, et multiplie le risque de guerres», notamment du fait des technologies. 

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02 août 2019, 08:23