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Vatican News
Manifestation des gilets jaunes à Paris, le samedi 16 février 2019. Manifestation des gilets jaunes à Paris, le samedi 16 février 2019.  (ANSA)

Gilets jaunes: l’Église de France s’implique dans le grand débat

Les évêques de France ont encouragé dans un communiqué les paroisses à contribuer au grand débat national lancé par le président français pour répondre à la crise des gilets jaunes. Un appel qui a été entendu, les initiatives se multipliant dans la plupart des diocèses français.

Colombe de Barmon et Xavier Sartre - Cité du Vatican

Le grand débat national mis en place par le Président de la République française bat son plein avec plus des 12 000 contributions citoyennes recueillies dans les mairies de France et 1 120 débats locaux organisés. L’ambition est grande. «Je veux qu'on retrouve l'esprit qui m'a porté, aller chercher les solutions chez les gens, je voudrais dans ce grand débat qu'on arrive à une transformation de notre pratique démocratique» a déclaré Emmanuel Macron le 15 janvier. Le président multiplie les rencontres. Depuis le 15 janvier, il a participé à 15 débats dans plusieurs départements de province comme le Lot, l’Eure ou encore la Drôme.

Parallèlement, le mouvement des gilets jaunes initié le 17 novembre 2018 se poursuit. Ce samedi 16 février représente déjà la 14e journée de mobilisation, même si la participation et le soutien populaire s'étiolent peu à peu.

Face à cette crise, comment l’Église réagit-elle ?

Une Église sur le terrain

Les initiatives se multiplient dans quasiment tous les diocèses de France. Le site de la Conférence des Évêques de France les recense : réunions, débats, conférences sur le thème de la crise des gilets jaunes sont nombreux et ce partout en France. L’Église se veut à l’écoute de ce phénomène. C’est ainsi que Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, répondant aux encouragements du pape François pour une Église «en sortie» est allé sur le terrain pour écouter les manifestants. Il n’a pas hésité à aller sur les ronds-points à la rencontre des manifestants, vêtu du bien connu gilet fluo.

Lors de ces rencontres, Mgr Ginoux a entendu les détresses personnelles de chacun:

“Les cas que j’ai écouté, ce sont des gens qui sont à la limite de la pauvreté, c’est-à-dire qu’ils ne mendient pas dans les rues mais certains n’arrivent pas à se chauffer, d’autres ne mangent de la viande qu’une fois par semaine, soit parce qu’ils sont au chômage soit qu’ils ont eu des soucis de santé. Voilà la série d’interpellation qu’ils font au gouvernement. Ils veulent une reconnaissance de leur travail.»

Selon lui le débat est important mais pas suffisant:

«Monsieur Macron a lancé ce grand débat mais ce à quoi on assiste donne l’impression qu’il fait un marathon pour lui-même mais non pas qu’il répond aux grandes questions essentielles de ces personnes-là.»

Un abandon des milieux ruraux

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, a aussi observé ce sentiment d’abandon des communautés rurales.

«La colère des gilets jaunes est davantage marquée dans des lieux plus ruraux, dans ce qu’en France on appelle la diagonale du vide. Il y a déjà très longtemps qu’on parlait de Paris et du désert français, ça veut dire qu’on s’intéresse aux métropoles.»

Pour lui c’est le phénomène de la «France du TGV» qui «rapproche les métropoles les unes des autres mais oublie les territoires qui sont entre elles». Dans son diocèse marquée par une «forte habitude de mobilisation», une petite dizaine de réunions ont eu lieu ou vont avoir lieu.

Un débat qui apaise

Les initiatives prolifèrent aussi dans le diocèse de Rennes où son archevêque, Mgr Pierre d’Ornellas, encourage les paroisses à participer au grand débat national. Pour lui, la prise de parole fait partie prenante du jeu démocratique et l’Église par sa doctrine sociale, peut l’éclairer.

«Plus une société se veut démocratique plus la parole est nécessaire. La démocratie ne consiste pas à déléguer de manière aveugle les décisions à un État. Elle consiste à ce que tout le monde puisse prendre la parole. Bien sûr, il s’agit d’organiser cette prise de parole. Prendre la parole c’est se sentir reconnu et cette prise de parole suscite une écoute primordiale pour le lien social. La circulation de la parole est un élément essentiel de la vie sociale et encore plus quand on vit dans une société démocratique. Et il me semble que ce débat national apaise et construit. Il est bon que les chrétiens y participent de tout cœur en apportant la lumière qui vient de la doctrine sociale de l’Église, qui précisément appelle à cette prise de parole et à cette responsabilité, précieux trésor pour le lien social.»

Face à cela l'Église invite à débattre mais aussi à prier comme nous le dit Mgr Ulrich: «j’ai invité aussi les chrétiens à prier pour notre pays et je rencontre régulièrement des personnes qui me disent qu’elles ne savent pas très bien quoi faire mais qu’elles prient.»

LÉglise française s’implique donc dans ce débat qui semble apaiser certains et qui contribue à l’exercice de la démocratie. Selon les évêques, les graves revendications économiques suscitent toutefois encore une grande attente de la part des Français.

Le dossier sur la participation de l'Église au grand débat national
16 février 2019, 12:51