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Les abus sexuels sur mineurs, un phénomène mondial d’une ampleur sous-estimée

La Rencontre sur la protection des mineurs organisée du 21 au 24 février au Vatican est l’occasion de revenir sur les drames survenus dans les institutions de l’Église catholique, mais, plus largement, elle permet aussi de se pencher sur l’ampleur du phénomène au niveau mondial.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

L’évolution de la sensibilité de l’opinion publique sur ces sujets est disparate selon les pays, ce qui rend quasiment impossible l’établissement de statistiques globales et précises. Pour les victimes, la crainte de la vengeance, les sentiments de culpabilité, de honte, de confusion, la défiance dans les institutions, les conditionnements sociaux et culturels ou tout simplement le manque d’informations sur les structures d’aide sont des facteurs limitant la prises en compte du phénomène. Mais le caractère massif de l’exploitation et de l’abus sexuel de millions d’enfants à travers le monde ne fait aucun doute, est-il rappelé dans le dossier mis à la disposition des journalistes dans le cadre de la Rencontre sur la protection des mineurs organisée au Vatican cette semaine.

Selon l’OMS, près d’un milliard de mineurs âgés de 2 à 17 ans ont subi dans leur vie une forme de violence physique, émotionnelle ou sexuelle. L’abus sexuel en tant que tel aurait concerné 120 millions d’enfants, selon des estimations de l’Unicef en 2014.

Un fléau qui concerne tous les continents

En Europe, une évaluation de l’OMS portant sur 28 pays rapportait en 2017 que 2,5 millions de jeunes femmes affirmaient avoir subi un abus sexuel avant l’âge de 15 ans. Mais les cas de violence et de harcèlement au sens large sont encore bien plus nombreux : 44 millions ont été victimes de violence physique et 55 millions ont subi des violences psychologiques. Concernant la prostitution de mineurs, une enquête d’Interpol avait identifié en 2017 plus de 14 000 victimes, dans 54 pays européens.

En Asie, concernant l’Inde, l’ONG Asian Center for Human Rights a recensé un total de 48 338 cas de viols de mineurs entre 2001 et 2011, avec une forte augmentation entre la première et la dernière année de ce recensement : de 2113 cas en 2001 à 7112 cas en 2011. Mais ces données restent très parcellaires et ne documentent qu’une partie infinitésimale de la réalité. Certains estiment qu’un enfant sur deux pourrait avoir été abusé en Inde. En tenant compte des phénomènes d’inceste liés à la promiscuité, au manque d’éducation, aux tabous sociaux et religieux, il est probable que la problématique de l’abus concerne des dizaines de millions d’enfants en Inde.

Aux États-Unis, selon l’ICMEC (International Center for Missing and Exploited), un enfant sur 10 aurait subi un abus sexuel.

En Australie, une enquête de l’AIHW (Australian Institute of Health and Welfare) publiée en février 2018 a révélé qu’une femme sur six (soit 1,5 million de femmes) et un homme sur neuf (près d’un million) affirment avoir été abusés avant l’âge de 15 ans. Les communautés aborigènes présentent un taux d’abus sept fois supérieur au reste de la population australienne, toujours selon cette étude de l’AIHW.

En Afrique du Sud, une recherche du Centre pour la Justice et la prévention du crime révélait en 2016 qu’un tiers des mineurs sud-africains étaient vulnérables aux abus. Plus de 780 000 adolescents de 15 à 17 ans ont déjà été abusés, des garçons dans leur majorité, dont moins d’un tiers se sont adressés à la police.

Dans les autres pays d’Afrique, le phénomène est encore impossible à évaluer précisément, et il s’inscrit dans le contexte plus large de la violence liée aux guerres mais aussi aux mariages précoces.

D’une façon générale, à l’échelle mondiale, 90% des abus sont perpétrés dans la famille ou par un membre proche de la famille. Toutefois, les écoles et les clubs de sport sont aussi des lieux à risque. Près d’un tiers des enfants britanniques interrogés dans une enquête en 2011 affirmaient avoir été l’objet de harcèlement sexuel (physique ou verbal) dans le cadre d’activités sportives.

L’expansion de la pédopornographie et du tourisme sexuel

Enfin, il faut souligner deux phénomènes en pleine expansion : tout d’abord, la pédopornographie sur internet. Selon une étude de Internet Watch Foundation (IWF), plus de 78 000 URL avaient été identifiées en 2017 comme contenant des images d’abus sexuel, avec les Pays-Bas en tête de la localisation géographique, suivis par les États-Unis, le Canada, la France et la Russie. Mais l’ampleur de ce phénomène sur le dark web, qui, par définition, échappe aux filtres traditionnels, le rend impossible à quantifier.

Un autre phénomène en pleine expansion est le tourisme sexuel avec mineurs. Selon l’Organisation mondiale du Tourisme, trois millions de personnes voyagent chaque année en vue d’obtenir des relations avec des prostitués mineurs. Les destinations les plus recherchées sont le Brésil, la République dominicaine, la Colombie, la Thaïlande et le Cambodge, mais aussi, plus récemment, certains pays d’Afrique et d’Europe de l’Est. Les pays d’origine des clients-abuseurs sont la France, le Royaume-Uni, la Chine, le Japon et l’Italie. Les femmes représentent 10% de ces clients. Elles demeurent très minoritaires mais sont toutefois de plus en plus nombreuses.

Les modalités d’action pour répondre à ces défis

Face à toutes ces différentes formes d’abus, l’OMS a développé une stratégie intitulée INSPIRE, autour de plusieurs axes : le développement des lois pour protéger les mineurs, la transformation de normes culturelles qui tendent à négliger la place de l’enfant, l’établissement d’environnements sûrs, le soutien aux parents et aux familles, la sensibilisation à l’égalité homme-femme, la mise en place de structures d’accueil et de soutien psychologique pour les enfants ayant été abusés, ou encore l’accès de tous les enfants à une éducation de qualité.

20 février 2019, 14:26