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Vatican News
Des manifestants anti-Duterte à Manille, le 30 novembre 2017. Des manifestants anti-Duterte à Manille, le 30 novembre 2017.  (AFP or licensors)

La loi martiale prolongée aux Philippines

Le président Rodrigo Duterte a demandé la prolongation de l'état d'urgence dans le sud de l'archipel jusqu'à fin 2018, alors que la violente répression contre les djihadistes, les communistes et désormais les religieux, continue.

Par Joris Bolomey avec agences

Dans une lettre aux parlementaires, rendue publique par son cabinet, le président philippin Rodrigo Duterte a demandé lundi 11 décembre au Congrès de prolonger jusqu'à la fin 2018 la loi martiale décrétée dans le sud de l'archipel contre les rébellions islamiste et communiste. «Je demande au congrès des Philippines d'étendre la proclamation de la loi martiale et la suspension du privilège des dispositions de l'Habeas Corpus dans toute l'île de Mindanao pendant une période d'un an à partir du 1er janvier 2018», peut-on lire dans ce texte. Les parlementaires devraient voter cette semaine sur cette demande, selon un responsable de la majorité cité par l’AFP. En juillet dernier, ils avaient déjà validé sa prolongation jusqu'à la fin de l'année alors que la loi martiale avait initialement été décrétée pour 60 jours.

Le président avait imposé la loi martiale à Mindanao, une île de 20 millions d'habitants, en mai dernier en raison d'un soulèvement de djihadistes se réclamant du groupe État islamique dans la ville de Marawi, à 800 kilomètres de la capitale. En cinq mois, les forces philippines, soutenues par les États-Unis, étaient venues à bout des combattants qui menaçaient d’établir un califat inspiré du territoire alors contrôlé par le groupe EI en Irak et en Syrie. L’opération militaire a dévasté des quartiers entiers de Marawi et coûté la vie à plus d'un millier de personnes, dont la plupart des chefs de la rébellion. Mais si le président Duterte annonçait en octobre dernier que Marawi avait été libérée, les autorités mettent désormais en garde contre le fait que des combattants islamistes soient parvenus à s'échapper et à se regrouper ailleurs.

Guerre contre les communistes

Le président Duterte met également en garde contre la rébellion communiste, l'une des plus anciennes d'Asie, qui a selon lui intensifié ses «actions terroristes» visant à renverser le gouvernement. Il a récemment annulé les prochaines discussions prévues avec les représentants de la Nouvelle armée du peuple (NPA), bras armé du Parti communiste des Philippines, en dénonçant la poursuite de ses opérations.
Une rupture du dialogue qui inquiète les Églises chrétiennes sur place. Elles déplorent que les groupes rebelles d’inspiration communiste, aient été qualifiés de terroristes par le gouvernement. «Alors même qu’une partie significative de notre nation attend la naissance d’un enfant qui règne en tant que Prince de la Paix pour les fidèles chrétiens, nous apprenons la nouvelle selon laquelle le Président, Rodrigo Duterte, a signé un manifeste déclarant le Parti communiste des Philippines (Nouvelle armée populaire) organisation terroriste», relève un communiqué parvenu à l’agence d'information vaticane Fides et signé par Mgr Antonio Ledesma, co-président de la Plateforme œcuménique philippine pour la paix (PEPP), forum regroupant la Conférence épiscopale des Philippines, le Conseil national des Églises aux Philippines, l’Association des Supérieurs majeurs religieux des Philippines, le Conseil des églises évangéliques philippines et le forum épiscopal œcuménique. 

Des relents de dictature

«En tant que responsables des Églises du pays, nous sommes troublés par cette annonce et par l’escalade de violence qui s’en suivra sûrement. Abandonner le dialogue et s’en remettre exclusivement à des moyens militaires pourraient être très coûteux tant en termes de vies humaines que de ressources. Une approche militariste ne ferait alors qu’accroître les flammes du conflit au lieu d’affronter véritablement ce dernier», indique la déclaration de la Plateforme œcuménique philippine pour la paix. Dans un discours du 29 novembre dernier, le Président Duterte exhortait déjà les militaires à tirer sur les membres de la «Nouvelle armée populaire».

La prolongation de la loi martiale rappelle dans le pays les heures sombres de la dictature de Ferdinand Marcos qui l'avait instaurée en 1972. Mais le président Duterte a réhabilité Marcos en le faisant enterrer au cimetière des héros de la Nation. Et islamistes et communistes ne sont pas les seules victimes des escadrons de la mort. Plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, les médias locaux et les ONG de défense des droits humains estiment que la seule guerre antidrogue a tué près de 12 000 personnes. De son côté, la police philippine admet seulement la mort de 3 900 individus durant des opérations «légitimes». Tous les autres cas sont systématiquement classés dans la catégorie «des meurtres non élucidés». 

Les religieux pris pour cible

Les exécutions sommaires se sont multipliées dans le pays, touchant tous ceux dont la voix s’élève contre le pouvoir. Le 3 décembre, un pasteur protestant, Lovelito Quiñones, âgé de 57 ans, avait été tué par balle à Mansalay, dans la province de Mindoro oriental. Abattu par la police, il avait prétendument été identifié comme un membre de la Nouvelle armée du peuple, ce que son entourage continue de nier. Ce même jour, en province du Sud Cotabato (île de Mindanao), huit indigènes connus aussi sous le nom de lumads, ont été tués par des militaires philippins. Le lendemain, c’est le corps du Père Marcelito Paez, 72 ans, prêtre du diocèse de San José qui était retrouvé criblé de balles après que deux hommes en moto aient pris la fuite, selon le site d'information philippin Philstar.
Le père Paez était un activiste connu dans sa région. Il a été tué juste après avoir facilité la libération d'un militant pour la cause des petits paysans, accusé de faire partie de la guérilla maoïste locale. Plusieurs médias font le lien entre son meurtre et son rôle dans la bataille juridique en faveur du militant. Le prêtre faisait lui-même partie de plusieurs ONG, notamment celle des Missionnaires ruraux des Philippines et de l'association de défense des droits humains Karapatan.

11 décembre 2017, 18:34