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2024.06.11 Mme Jeanine Kapinga et Wivine Kawta, deux représentantes des Mamans catholiques de Rome 2024.06.11 Mme Jeanine Kapinga et Wivine Kawta, deux représentantes des Mamans catholiques de Rome 

RDC: les Mamans catholiques rendent hommage au cardinal Malula

Le 14 juin 1987 mourrait, à Louvain en Belgique, le cardinal Albert Joseph Malula, archevêque de Kinshasa en République démocratique du Congo. Il fonda en 1986 le mouvement des Mamans catholiques. Ces dernières organisent, les 15 et 16 juin, à Rome, une rencontre sur son héritage spirituel. Dans un point de presse avec Vatican News, Jeanine Kapinga et Wivine Kawata , présidente et vice-présidente du mouvement à Rome, ont livré un témoignage sur ce groupe.

Marie José Muando Buabualo – Cité du Vatican

L’Église catholique en République démocratique du Congo célèbre cette année, le 35ème anniversaire de la mort de son premier cardinal, Albert Joseph Malula, archevêque de Kinshasa, décédé le 14 juin 1987 à Louvain en Belgique. Le cardinal Malula est reconnu comme un visionnaire dans l’histoire de son pays et de l’Église, notamment dans la pastorale de l’inculturation de l’annonce de l’Évangile. Son apostolat était également basé sur la recherche de l'émancipation de la femme au sein de l’Église et dans la société. Il a participé au Concile Vatican II de 1962 à 1964, puis est nommé archevêque de Kinshasa en 1964, et enfin créé cardinal en 1969. Il prône un christianisme authentiquement africain en promouvant les grandes préoccupations ecclésiales telles que liberté et responsabilité, dialogue et ouverture, reconnaissance des baptisés laïcs dans la mission de l'Église, rite zaïrois de l’Eucharistie...

Sa pastorale pour la reconnaissance des laïcs baptisés se penche surtout sur la place de la femme et sa profession de foi. L’entretien qu'ont accordé à Radio Vatican - Vatican News Jeanine Kapinga et Wivine Kawata passe en revue l’image qu’elles maintiennent du fondateur de leur mouvement des Mamans catholiques et le rôle qu’elles souhaitent continuer à jouer au sein de l’Église, à l'occasion de la deuxième édition de la rencontre internationale des Mamans catholiques. 

Quel est le but de votre colloque à Rome?

Le but de notre deuxième édition de la rencontre internationale des Mamans catholiques de la diaspora ici à Rome est de rendre hommage à notre papa fondateur, le cardinal Joseph Albert Malula. Nous avons décidé d’organiser une série de conférences avec des témoignages sur son œuvre, sur sa vie, sur tout ce qu'il a pu accomplir quand il était sur terre. Nous allons aussi célébrer notre foi, ensemble avec les mamans qui vont venir de partout, d'Europe, particulièrement de France, de Belgique mais aussi des mamans du Canada, d'Italie et du Congo.

Trois continents seront donc représentés?

Oui, justement nous voulons renforcer nos liens pour exprimer notre identité d'appartenance à ce Mouvement. C'est le but de cette rencontre internationale. Et puis nous avons un objectif primordial, c’est-à-dire, éveiller la conscience des mamans sur l'émancipation, sur la promotion de la dignité de la femme africaine au sein de l’Église congolaise. Et sur le thème de la rencontre, «Malula for ever» (Malula pour toujours), nous avons choisi ce thème dans le but de pérenniser l'héritage qu’il nous a laissé. Nous avons ce devoir filial de maintenir son œuvre d'évangélisation de génération en génération. 

Et cette deuxième rencontre comme la première se tient à Rome, y a-t-il une raison particulière pour ce choix?

Effectivement il y a une raison particulière parce que, comme vous le savez, Rome est le symbole de la catholicité de l'Église. Et puis c'est le siège du Successeur de Pierre. C'est surtout pour ça que nous avons choisi la Ville éternelle.

Quel héritage, vous en tant que mamans, comptez-vous pérenniser dans votre mouvement?

Papa Cardinal, quand il a créé ce mouvement, avait un but. À l'époque, dans l'ex-Zaïre, la femme était chosifiée, elle n'avait pas de dignité. Et c'est la raison pour laquelle le cardinal Malula a voulu créer ce mouvement, pour la sanctification personnelle, d'abord de la femme, et son émancipation. Ce sont les deux domaines importants pour nous. Quand je dis la sanctification, cela s’exprime par la prière: nous avons le pèlerinage, nous avons des formations. Et puis il y a l'émancipation parce que le cardinal était contre tout ce qu'on faisait subir aux femmes, notamment la maltraitance, l'humiliation. C'est ce que nous voulons pérenniser.

Vous voulez pérenniser cela au sein de l'Église en collaboration avec les prêtres et les évêques. Comment cela marche et comment voudriez-vous que ça puisse marcher?

Le mouvement des Mamans catholiques a son siège au sein de l'Église. Nous ne vivons pas en dehors de l'Église. Quand nous parlons de l'Église, ça veut dire que nous nous retrouvons dans les structures de l'Église. Nous sommes une des branches de sa pastorale. Si je prends l'exemple d'ici, en Europe, nous œuvrons au sein de l'aumônerie. Nous sommes également présentes dans d’autres aumôneries sur le territoire européen. Mais, pour celles qui sont en République démocratique du Congo, elles sont présentes dans les doyennés, au niveau des paroisses, au niveau des diocèses; elles sont présentes dans des différents comités de l’Église. 

Quels sont les défis que vous comptez relever en tant que mouvement de l'Église?

Le premier défi que nous comptons relever, nous le tirons de notre slogan: «Maman catholique, mets Dieu en premier lieu et sois une lumière». Nous devons être des femmes de lumière. La lumière éclaire, même si tu te retrouves en dessous d'une chaise là où il y a l'obscurité. C'est ça le premier défi. Nous devons éclairer, nous devons être des femmes de lumière. Et puis en étant lumière, nous avons le devoir d'apporter cette lumière autour de nous: dans nos foyers, dans nos familles, dans la société. Parce qu'éduquer une femme, c'est éduquer une nation. Si on veut mener cela à grande échelle, nous avons cette obligation pour rendre le monde vivable. Ceci nous incombe.

Et le cardinal avait également une grande préoccupation pour l'approfondissement de la foi dans un monde où la Parole de Dieu n'est toujours pas respectée. Qu'est-ce que vous accordez comme engagement dans ce secteur?

L'engagement que nous avons, comme Mamans catholiques, à travers la vision de notre fondateur, c’est d'abord un engagement spirituel. Nous nous confirmons comme femmes chrétiennes catholiques. Ça veut dire nous avons foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Et notre foi, nous l'exprimons à travers les prières, les retraites, les neuvaines. Nous suivons des formations, nous faisons des pèlerinages, nous avons aussi un engagement matériel. Parce que notre modèle, Marie, est la mère de l'Église. Ainsi la maman catholique est une mère qui s'occupe aussi de l'Église. C'est-à-dire que par nos œuvres, nous prenons soin matériellement de l’Église et cela fait partie de notre mission.

Qu'est-ce que vous attendez de ce colloque en tant que vice-présidente des Mamans catholiques de Rome?

L'objectif est d'expliquer ce qui va se passer, ce que nous organisons et pourquoi nous le faisons. Parce que, quand ce mouvement a commencé, c'était juste au niveau du pays, la République démocratique du Congo. Mais avec le temps, ça a dépassé les frontières. C'est comme ça que l’on retrouve les mamans catholiques au Canada, à Londres, à Paris, en Belgique. En fondant l'association des femmes catholiques à Kinshasa, c'était aussi l’occasion, pour le cardinal Malula, de valoriser le rôle des mamans catholiques dans les communautés. Elles ont toujours été au service de l'Église, comme catéchistes, lectrices, ministres de la communion, accompagnatrices des jeunes filles, par le mariage, comme mères africaines et responsables de certaines communautés.

Et pour la rencontre de ces 15 et 16 juin, que vouslez-vous échanger avec les participants?

Nous avons un thème très important: «Qu'est-ce que nous léguons à la génération à venir?» Nous devons léguer la culture aux générations à venir, parce que demain ne nous appartient pas. Si nous laissons des bases solides, nos enfants, les enfants de nos enfants, des générations et des générations pourront aller de l'avant. Nous devons penser à l'éducation et à la place de la femme dans l'Église. Nous les aidons à travers une formation de base en suivant l'exemple de Marie, la mère du Seigneur. Nous avons notre façon de nous habiller et, ça dit beaucoup. Notre habit est également une identité. C'est en quelque sorte l'identité de la femme catholique congolaise. Pour les grandes fêtes, pour les grands moments, nous nous reconnaissons toutes dans cet habillement, dans ce pagne souvent de couleur bleue, avec l'Église «Je suis la vie», le calice et l’hostie.

Dans votre mouvement, l’aspect solidarité s'arrête-t-il au niveau des conseils ou peut-il aller sur un aspect plus matériel?

Nous allons du côté matériel parce que nous sommes assistées par la Caritas. Parfois, nous accueillons des personnes qui viennent d'arriver. Il y a des gens qui arrivent sans le nécessaire pour se couvrir durant l’hiver. Nous allons jusqu'à leur donner nos propres habits. Il y en a aussi qui ont des problèmes de nourriture, qui se retrouvent sans argent pour appeler la famille restée au pays. Dans la mesure de nos moyens, nous essayons de les aider, de leur rendre visite. Nous avons créé une plateforme pour sortir de l'endroit où nous sommes, c’est-à-dire, pour élargir notre champ d'action. Il nous arrive aussi d'aller jusqu'en France ou en Belgique. Nous sommes allées jusqu'au Congo pour aider les prisonniers.

Il y a un grand problème que les immigrés affrontent, c'est le problème du logement. Avez-vous pensé aider les sans-logis en ce sens?

Pour ce qui est du logement, nous dirigeons les nécessiteux vers les institutions qui peuvent les prendre en charge. Parce que comme j'ai travaillé un peu dans le secteur des réfugiés, la loi ne permet pas que vous gardiez quelqu'un chez vous. Mais nous essayons de les aider dans la mesure du possible. Nous les dirigeons vers les centres d’accueil. Il existe des centres pour les gens sans domicile fixe. Nous essayons mais, ce n'est pas du tout évident.

Qu'est-ce que vous dites, en quelques mots, aux gens qui voudraient avoir besoin de plus de précisions sur ce que vous organisez comme rencontre?

J'invite toutes les personnes qui peuvent venir nous rejoindre au Theresianum à Saint-Pancrazio à Rome, les 15 et 16 juin 2024. Samedi, nous avons deux conférences le matin avec une petite pause de 12h à 13h et nous reprenons jusqu'à 16h. Et le dimanche, nous aurons la messe d’action de grâce présidée éventuellement par le cardinal Fridolin Ambongo avant de clôturer avec le partage d’un plat culinaire africain.

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11 juin 2024, 15:49