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Les Rameaux à Jérusalem: dans la nuit de la guerre, le cri de foi du cardinal Pizzaballa

À l’aube de la Semaine Sainte, dans son message pour la procession des Rameaux, dimanche 24 mars, le patriarche latin de Jérusalem a exhorté les fidèles de Terre Sainte à «ne pas se laisser contaminer par les sentiments d’inimitié» pouvant surgir de cette terrible guerre au Proche-Orient. Le cardinal Pizzaballa pense aux chrétiens de Gaza et souhaite que le monde prie pour la paix de Jérusalem.

Delphine Allaire - Cité du Vatican

Malgré la guerre à Gaza qui dure depuis 170 jours à quelques 80 kilomètres de la Ville Sainte, le Patriarcat latin a plus fortement que jamais célébré cette année l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Comme il y a deux mille ans, les fidèles latins ont entonné l’Hosanna au Fils de David dès l'aube ce dimanche 24 mars de la Passion du Seigneur en l'église du Saint-Sépulcre. C'est là que le cardinal Pierbattista Pizzaballa a béni les feuilles de palmier de Jéricho et les rameaux d'olivier avant de célébrer la messe. Puis, la petite procession s'est élancée autour de l'édicule du tombeau du Saint-Sépulcre, avant la grande procession de l'après-midi partant du Mont des Oliviers et reproduisant le chemin qu'a fait le Christ pour arriver à l'église Sainte-Anne, où le patriarche a délivré son message des Rameaux. 

«Ces derniers mois, nous nous sommes peut-être sentis perdus, déconcertés, seuls et sans repères. Nous nous sommes sentis écrasés par tant de haine. Cette terrible guerre qui semble ne jamais finir fait grandir la peur de l'avenir dans nos familles», a déclaré le cardinal Pierbattista Pizzaballa devant les fidèles rassemblés dans l’église Sainte-Anne, propriété de la France en Terre Sainte.

«Aujourd'hui, nous sommes à nouveau là, bien que peu nombreux, sans pèlerins et sans tant de nos frères et sœurs de tant de régions de notre diocèse, qui n'ont pas pu se joindre à nous. Cela ne nous décourage pas! Peu ou nombreux, il est important d'être ici et de crier avec force et foi que nous avons une référence, Jésus-Christ. Que nous ne sommes pas seuls et que nous ne sommes pas abandonnés, et surtout que nous n'avons pas peur!», a assuré le cardinal italien, rappelant que suivre Jésus signifie accepter le chemin de croix. Une réalité bien connue des chrétiens de Terre Sainte.

«Notre vie ordinaire est souvent une via crucis, un chemin douloureux, semé d'embûches, d'incompréhensions, de rejets, d'hostilités de toutes sortes. Mais cela ne nous décourage pas», répond le patriarche latin, réaffirmant une fois de plus «l’amour pour Jésus, pour sa ville, à laquelle nous appartenons et que nous aimons, pour sa Terre, qui est aussi la nôtre».

Ne pas céder au sentiment d'inimitié

Une Terre Sainte mais aujourd'hui blessée, car envahie par tant de haine et de rancœur. «Malheur à nous si nous nous laissons contaminer par tout cela. Nous voulons demander ici à Dieu de préserver nos cœurs de ces sentiments d'inimitié», a-t-il lancé. En effet, il reconnait que nous ne pouvons pas rester des amis de Jésus si nous cultivons l'inimitié dans nos cœurs et «si nous n'avons pas le courage de nous rendre proches de tous, même dans les circonstances tragiques dans lesquelles nous vivons».

Le cardinal Pizzaballa a évoqué la vocation de la Ville Sainte, «sacrée pour tous, mais souvent profanée par nous, ses habitants». «C'est le lieu où servir Dieu et servir l'homme devraient coïncider. Au lieu de cela, ils semblent être deux extrêmes qui ne se rencontrent jamais», a-t-il relevé.

Il a regretté combien les relations sont marquées «par la possession et l'exclusion», exhortant donc à prier pour la paix de Jérusalem. «Une paix qui soit un accueil cordial et sincère de l'autre, une volonté tenace d'écoute et de dialogue, des chemins ouverts où la peur et la suspicion cèdent la place à la connaissance, à la rencontre et à la confiance, où les différences sont une occasion de compagnonnage et non un prétexte de rejet mutuel.»

Le cardinal Pizzaballa a enfin tourné ses pensées vers la petite communauté catholique de Gaza, lui assurant qu’elle n’est pas seule malgré ces près de six mois de «terrible nuit qui semble ne jamais finir». «Avec nous, toutes les Églises, nos frères et sœurs du monde entier, prient pour vous et avec vous». «Pour vous aussi viendra l'aube du troisième jour, l'annonce de la résurrection», a-t-il assuré, s'adressant enfin aux pèlerins du monde entier afin qu’ils reviennent à Jérusalem et en Terre Sainte.

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24 mars 2024, 16:00