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Des enfants devant leur école partiellement détruite, à Kostyantynivka dans la région de Donetsk, le 13 juillet 2022. Des enfants devant leur école partiellement détruite, à Kostyantynivka dans la région de Donetsk, le 13 juillet 2022.  

En Ukraine, la mission périlleuse de maintenir l’école malgré la guerre

Le système éducatif ukrainien, en partie héritier des jésuites arrivés au XVIIe siècle dans la région, a subi les vicissitudes de l’histoire, de la centralisation des universités sous l’empire austro-hongrois pour la partie ouest, aux écoles de l’époque stalinienne. Aujourd’hui, avec la guerre menée par la Russie, les conditions scolaires de plus de 4 millions d’élèves ont été bouleversées. Témoignage du responsable des écoles gréco-catholiques d’Ukraine, père Petro Mayba.

Delphine Allaire – Marseille, France

L’école à l’épreuve de la guerre en Ukraine. Alors que se poursuit le congrès mondial de l’éducation catholique à Marseille, les Églises locales partagent chacune leurs réalités scolaires. Celle d'Ukraine ne manque pas d’attirer l’attention. Si les 23 000 écoles du pays sont en majorité ouvertes, en distanciel ou présentiel, les conditions de sécurité y sont drastiques. Près de la moitié d’entre elles disposent d'un abri selon le ministère de l'Éducation ukrainien, mais ce chiffre est bien moins important selon le ministère des Situations d'urgence.

Ajouté à l’hiver et aux bombardements d’infrastructures énergétiques, étudier sans électricité relève presque de l’impossible.

Père Petro Mayba, prêtre salésien gréco-catholique de Lviv, responsable des écoles gréco-catholiques ukrainiennes, est de passage en France, aussi pour rapporter de l’aide humanitaire prodiguée par le diocèse de Marseille. Avant de rouler sur près de 1 600 km pour rentrer dimanche en camion via Cracovie, il nous raconte le quotidien des élèves et enseignants d’Ukraine en ce moment.

Père Petro Mayba, responsable des écoles gréco-catholiques d’Ukraine

Une vingtaine d’écoles gréco-catholiques en Ukraine

À neuf mois de guerre, le responsable du département éducation de l’Église gréco-catholique d’Ukraine, qui regroupe une vingtaine d’écoles dans tout le pays, constate d’abord le départ de «beaucoup d’élèves et d’enseignants».

Ces écoles gréco-catholiques travaillent en bonne intelligence avec l’État ukrainien pour la formation des enseignants mais demeurent privées, donc à la charge financière des parents. «Plusieurs familles n’ont plus la possibilité de payer car il y a peu de travail en ce moment. Tant de personnes sont partis avec leurs enfants, donc nos effectifs ont clairement diminué. Il y a moins d’heure de cours, moins de salaires aussi pour les professeurs…», soupire don Petro.

«Des enfants désormais habitués» à la guerre

Le jeune salésien fait aussi part de conditions difficiles pour faire classe sans électricité, dans le froid, et sans internet pour la part d’élèves qui a choisi l’enseignement à distance par sécurité.  «Les bombardements sont fréquents. Chaque fois que retentit une alarme, nous avons obligation de descendre dans les abris», poursuit père Mayba, ajoutant: «Les enseignants travaillent comme ils peuvent d’où ils peuvent, mais ils n’ont pas la possibilité de programmer quoique ce soit. Nous savons comment la journée commence, mais jamais comment elle se termine…» 

Les élèves ukrainiens se sont malheureusement aujourd’hui habitués à ce climat. Le prêtre lvivien raconte comment, en février, les enfants étaient inquiets et affolés surtout en entendant les récits de leurs camarades arrivés de l’est de l’Ukraine qui relataient «des choses terribles». «Aujourd’hui, ils savent comment agir. Nous avons expliqué la situation aux plus petits, à la crèche, la maternelle selon une certaine manière. Nous essayons de vivre cela tranquillement», témoigne-t-il.


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02 décembre 2022, 16:00