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Les évêques d'Espagne reçus par le Pape François, le 14 janvier 2022 Les évêques d'Espagne reçus par le Pape François, le 14 janvier 2022  (Vatican Media)

L’épiscopat espagnol s’engage auprès des victimes d'abus sexuels

Les évêques d’Espagne ont été reçus par le Pape François vendredi 14 janvier à l’occasion de leur visite ad limina. La question des abus sexuels a été au cœur de leurs discussions avec le Souverain Pontife, ont-ils expliqué dans une conférence de presse qui a suivi leur audience.

Salvatore Cernuzio - Cité du Vatican

Le drame des abus, suite à la publication d'un rapport dénonçant des centaines de cas dans l'Église espagnole, a été longuement abordé hier à l’occasion de la visite ad limina de la Conférence épiscopale espagnole. Pendant plus de deux heures, les membres de l'épiscopat ibérique, conduits par leur président, le cardinal archevêque de Barcelone Juan José Omella, ont eu avec le Souverain Pontife «un dialogue familial», portant également sur d'autres questions telles que les migrations, le danger des idéologies et de la polarisation, l'évangélisation, le rôle des femmes. Ils ont ensuite rencontré la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec laquelle ils ont à nouveau abordé la question des abus.

Le cardinal Omella a confirmé la forte attention portée à ce thème lors d'une conférence de presse au Collège pontifical espagnol à Rome. Il était accompagné du cardinal Antonio Cañizares Llovera, archevêque de Valence et de de Mgr Joan Planellas Barnosell, archevêque de Tarragone.

Un rapport remis au Pape

Le scandale des abus a dominé les médias espagnols ces derniers mois, à la suite de la publication d'un rapport de 385 pages par le quotidien national El Pais, qui a déclaré avoir mené une enquête de trois ans sur les crimes sexuels dans l'Église catholique en Espagne, découvrant au moins 251 cas d'abus commis par des personnes consacrées et des laïcs dans des institutions religieuses, certains remontant jusqu'à 80 ans, avec 1 200 victimes. Le cas le plus ancien remonterait à 1943, le plus récent à 2018. Tous sont inédits, à l'exception de 13 cas déjà publiés, inclus après que de nouvelles allégations ont fait surface contre des membres du clergé impliqués.

Les évêques ont toutefois relevé certaines lacunes dans le rapport, le jugeant insuffisant pour une enquête sérieuse, puisque dans plusieurs cas, il manque les noms des accusés ou l'indication des années où les abus ont eu lieu. Certains cas font également référence à des personnes décédées. Le correspondant d'El País, Daniel Verdù, a remis une copie du rapport au Pape le 2 décembre dernier, lors du vol aller de son voyage apostolique à Chypre. La semaine suivante, le dossier a été envoyé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Pas de commission indépendante unique

Lors de la conférence de presse de ce 14 janvier, les journalistes ont demandé pourquoi seuls six des 31 diocèses mentionnés avaient jusqu'à présent contacté El Pais pour en savoir plus sur les événements survenus dans leur diocèse et pour entrer en contact avec les victimes d'abus. «Tout d'abord, lorsque la question des abus entre en jeu, nous ressentons tous une grande douleur», a répondu le cardinal Omella, et cela s'accompagne du «désir de tous les évêques d'être proches» des victimes. Cette proximité, a encore expliqué l’archevêque de Barcelone, se concrétise par la mise en place de commissions indépendantes dans chaque diocèse visant à «recueillir les plaintes afin d'accompagner les personnes qui se sentent blessées» et à «empêcher que ces choses se reproduisent à l'avenir».

Le cardinal Omella a précisé qu'il n'est pas prévu de créer une commission indépendante unique pour enquêter sur les cas d'abus passés et présents au niveau national, comme cela a été le cas en Allemagne, au Portugal voisin et plus récemment en France avec la Ciase. Les autres pays font ce qu'ils considèrent comme «plus pratique», a-t-il estimé, tandis que pour l'Espagne, une gestion au niveau local pourrait aider davantage à répondre aux demandes et aux besoins des victimes qu'une action centralisée à Madrid.

«Au niveau de la Conférence des évêques, il existe un service visant à soutenir les petits diocèses qui n'ont pas de personnel pour les aider» dans les enquêtes sur les allégations d'abus, a ajouté le président de l’épiscopat. «Nous avons estimé que ce serait une approche plus humaine et avec plus de proximité pour chaque diocèse d'avoir son propre bureau», ce qu’a accepté le Saint-Siège. «S'il y a des difficultés, nous les verrons au fur et à mesure», a assuré le cardinal Omella, mais «ce qui compte, c'est de travailler pour le bien des victimes et de faire en sorte que cela ne se reproduise pas».

Continuer l’enquête

«Nous devons utiliser tous les moyens», a insisté l’archevêque de Barcelone, précisant qu'une copie du rapport d'El Pais avait été envoyée à chaque diocèse et aux ordres religieux car plusieurs accusations «concernaient des écoles gérées par des congrégations religieuses». «Ils répondent petit à petit, déjà cinq ou six a-t-on dit, mais je pense qu'il y en a plus». Certains diocèses ont contacté El País «pour demander des informations parce qu'ils ne les ont pas. S'il y a une accusation contre un prêtre, il doivent nous dire de qui il s'agit et nous enquêterons». Pour le cardinal Cañizares, la publication par le journal d'une telle nouvelle sans toutes les informations pertinentes a révélé «un manque de prudence».

Néanmoins, le journal «nous a rendu un bon service», a reconnu le cardinal Omella, et maintenant «la priorité est de reconnaître la douleur des victimes, de prendre des contacts pour les aider, et d'être proactif dans la recherche d'autres cas». La volonté de l’Église espagnole «est de faire la lumière et de mettre un terme à tout cela. Il y a le désir de le faire», a-t-il martelé. Et cela, en suivant les protocoles du Saint-Siège avec lequel la Conférence épiscopale espagnole est constamment en contact, et en collaborant avec les tribunaux civils.

15 janvier 2022, 16:13