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Cathédrale catholique de saint Denys l'Aréopagite (Athènes) Cathédrale catholique de saint Denys l'Aréopagite (Athènes) 

L'Église catholique latine de Grèce, une communauté qui veut se renouveler

En Grèce, le Pape François ira à la rencontre de la communauté catholique latine du pays. Cette petite minorité, immergée dans un monde orthodoxe, représente environ 200 000 fidèles sur tout le territoire, dont 40 000 Grecs de naissance (soit 1% de la population). Les défis, pour elle, sont nombreux.

Entretien réalisé par Manuella Affejee – Cité du Vatican

Le père Pierre Salembier est supérieur de la communauté jésuite de Grèce depuis 2015.

Entretien avec le père Pierre Salembier, SJ

Jusqu’à l’indépendance de la Grèce, c’est-à-dire jusqu’au début du XIXe siècle – la guerre d’indépendance a commencé il y a 200 ans, en 1821 – les catholiques n’étaient pas présents sur le continent grec. Ils se trouvaient dans l’archipel des Cyclades, principalement sur les îles de Syros, Tinos et quelques autres. Mais à la faveur de la Constitution de l’État grec et du développement d’Athènes, les Grecs des îles sont venus progressivement dans la capitale pour faire leurs études, pour profiter de l’hôpital, etc. Ainsi, à partir de la fin du XIXe siècle, progressivement, l’Église catholique s’est déplacée sur le continent et un évêché catholique s’est créé à Athènes.

L’Église orthodoxe est un des piliers de l’identité nationale grecque. À cette aune, comment s’est effectuée l’intégration des catholiques latins dans cette société?

Il faut bien dire que cela a été difficile, et cela reste difficile parce qu’effectivement, il y a une tendance dans le monde orthodoxe à identifier nationalité et religion. Dans tous les pays orthodoxes, l’État s’appuie, se crédibilise en soutenant l’Église orthodoxe nationale que l’on appelle autocéphale. Et à l’inverse, l’Église orthodoxe autocéphale bénéficie des services de l’État, notamment par exemple pour son clergé : tous les prêtres orthodoxes sont fonctionnaires, ainsi que les évêques.

Et qu’en est-il des citoyens grecs qui sont de confession catholique latine?

C’est une épreuve. Au moment de Vatican II, il y avait eu quand même un bon nombre de religieux, de religieuses, de prêtres grecs qui donnaient l’espoir de pouvoir construire, dans le sillage du Concile, une Église ayant une certaine consistance face aux orthodoxes. Ils ont été jusqu’à une trentaine de prêtres grecs dans la communauté jésuite, et ils avaient certaines initiatives, notamment un centre culturel.

Mais la grande déception des catholiques grecs, c’est de voir qu’il n’y a pas de relève du point de vue des religieux et des prêtres. Et puis, ces dernières années, le pays a connu des vagues d’immigrants, d’abord des Albanais, ensuite des Philippins, des Polonais, et plus récemment encore, de réfugiés qui sont des Africains francophones et anglophones, catholiques. L’Église catholique grecque se retrouve devant une diversité qu’elle n’était pas préparée à gérer.

Les flux migratoires de ces dernières années ont-ils induit une réorganisation de l’Église latine? Peut-être une nouvelle manière de se penser ou de se définir?

Non, elle peine à se définir dans cette nouvelle constitution. Les équipes qui animent cette communauté sont souvent des équipes grecques vieillissantes, et l’on tarde, je dirais, à constituer des équipes qui soient étrangères, qui prennent en charge pour partie au moins la vie catholique en Grèce. Heureusement, il y a quand même quelques avancées, par exemple dans notre paroisse, nous avons depuis deux ans un diacre d’origine polonaise, qui s’est marié juste avant de venir en Grèce; il a quatre enfants à l’école grecque et il est donc intégré. Il fait partie de ces gens très précieux mais qui ne sont pas du tout assez nombreux.

Dans quel domaine l’action de l’Église se déploie-t-elle?

Elle se déploie dans le domaine cultuel, et Caritas est très présente. Nous-mêmes, la communauté jésuite, nous avons développé le JRS (Jesuit Refugee Service) à partir de décembre 2015, au moment de cet énorme afflux d’immigrants -un million en 2015- qui sont allés en grande partie en Allemagne. Il y a un réel souci d’organiser l’aide aux réfugiés, d’organiser la charité avec Caritas. Mais par exemple dans le plan culturel, cela s’est beaucoup affaibli.

Savez-vous ce qu’attendent les fidèles catholiques latins de Grèce de la venue du Pape François?

Je crois qu’ils sont très honorés d’avoir cette possibilité de participer à une messe du Pape, bien que les espoirs soient un peu affaiblis par le fait que l’État a décidé de diviser par deux le nombre de personnes admises dans la grande salle où sera célébrée la messe de dimanche. Au lieu de 1 900 places, 900 places seulement seront disponibles, donc cela va faire beaucoup de déçus.

Et qu’en est-il des chrétiens orthodoxes?

Je vous partage une première réflexion que j’ai entendue de ma professeure de grec. Elle m’a dit : «Nous, on n’aime pas beaucoup le Pape, mais on aime bien le Pape François». Je me rappelle qu’en 2001, quand le Pape Jean-Paul II préparait sa venue, j’avais vu passer des caricatures désobligeantes, voire injurieuses sur le Pape, dans certains journaux grecs. Là, à ma connaissance, il n’y a plus cela. Et on sent que les autorités civiles font tout pour qu’il se sente bien reçu.

02 décembre 2021, 11:24