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Mgr Takami, désormais archevêque émérite de Nagasaki, saluant ici le Pape François lors d'une rencontre au Vatican en décembre 2018. Mgr Takami, désormais archevêque émérite de Nagasaki, saluant ici le Pape François lors d'une rencontre au Vatican en décembre 2018. 

Japon: un nouvel archevêque pour Nagasaki, terre de martyrs

Ce diocèse, qui constitue le cœur historique du catholicisme japonais, avait reçu la visite du Pape François en 2019.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Mgr Joseph Mitsuaki Takami, qui est par ailleurs le président de la Conférence épiscopale du Japon depuis 2016, se retire quelques mois après avoir atteint l’âge limite des 75 ans. Il est remplacé par Mgr Peter Michiaki Nakamura, 59 ans, qui était son évêque auxiliaire depuis deux ans.

Ordonné prêtre en 1972 pour le diocèse de Nagasaki, puis évêque auxiliaire en 2002, Mgr Takami en était devenu l’archevêque en 2003. Ses 18 ans de service furent notamment marqués par la visite du Pape François, venu le 24 novembre 2019 afin de se recueillir sur le lieu du bombardement atomique du 9 août 1945, qui avait provoqué la mort de 35 000 à 80 000 personnes.

Marchant sur les pas de Jean-Paul II venu à Nagasaki le 25 février 1981, François avait déclaré que «ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l’horreur que nous les êtres humains nous sommes capables de nous infliger. La croix bombardée et la statue de Notre-Dame, récemment découvertes dans la cathédrale de Nagasaki, nous rappellent une fois de plus l’horreur indescriptible vécue dans leur propre chair par les victimes et leurs familles», avait souligné le Pape.

Ces mots eurent une résonance particulière pour Mgr Takami, intimement lié à ce drame qui coûta la vie à une partie de sa famille. Sa propre mère, alors enceinte de lui, avait survécu à l'explosion et il a ainsi pu naître en mars 1946. Il en a gardé un fort engagement en faveur du désarmement nucléaire, un thème central dans son action à la tête de l'épiscopat japonais.

Une ville martyre et une ville de martyrs

Ville martyre de l’histoire contemporaine, la ville de Nagasaki fut aussi le lieu du martyre de nombreux chrétiens durant les premières phases d’évangélisation du Japon. Les 16 martyrs exécutés entre 1633 et 1637, sur ordre du shogun Tokagawa, ont été canonisés par Jean-Paul II en 1987. Ils s’ajoutèrent à une longue série de martyrs, dont 26 chrétiens crucifiés en 1597 et 205 autres martyrs tués par les autorités japonaises entre 1617 et 1632. Ces persécutions, dans le contexte des missions jésuites du début du XVIIe siècle, sont au centre du film Silence de Martin Scorsese, diffusé en 2016, qui fut l'adaptation d'un roman de Shusaku Endo.

Après cet échec apparent des premières tentatives d’évangélisation, et malgré la volonté du Japon féodal d’éradiquer toute présence chrétienne assimilée à un colonialisme occidental rampant, des chrétiens cachés ont continué à faire vivre l’Église catholique durant les siècles suivant, avec une véritable renaissance spirituelle et une meilleure reconnaissance publique après la Seconde guerre mondiale.

Le christianisme à Nagasaki s’est paradoxalement relancé après le bombardement atomique de 1945, sous l’impulsion d’un laïc catholique, Takashi Nagaï (1908-1951), médecin et écrivain qui s’est lentement éteint après avoir été irradié par la bombe atomique. Bien qu’alité et condamné à une lente agonie, il reçut de nombreuses visites, exhortant la population japonaise au pardon et à la rédemption après les horreurs de la Seconde guerre mondiale. Il a notamment joué un rôle important dans l'acceptation par la population japonaise de l'occupation américaine et du nouveau statut de l'empereur (qui perdait son statut de dieu pour devenir un simple chef d'État). Plus de 20 000 personnes assistèrent à ses obsèques en 1951. Le docteur Nagaï fait actuellement l’objet d’un procès en béatification et il a le titre de "serviteur de Dieu".

Le diocèse de Nagasaki est ainsi redevenu un épicentre du catholicisme japonais et d’une relecture spirituelle particulière de la responsabilité du Japon dans les horreurs de la guerre, quand Hiroshima fut plutôt un lieu de contestation politique. «À Hiroshima, on crie; à Nagasaki, on prie», expliquait le docteur Nagaï à ses visiteurs, intrigués par la différence d'attitude des populations de ces deux villes confrontées au même traumatisme.

Aujourd’hui, les catholiques représentent environ 4,5% de la population de Nagasaki. Ils demeurent une minorité, mais cela constitue une proportion neuf fois supérieure à celle enregistrée à Tokyo, la capitale japonaise, où les catholiques ne représentent que 0,5% de la population.

Un diocèse lié aux missionnaires français

L’archidiocèse de Nagasaki a pour particularité d’avoir des liens forts avec le monde francophone. Les trois premiers évêques de cette juridiction, qui fut d’abord un vicariat apostolique en 1876 avant de devenir un diocèse de plein droit en 1891, furent en effet des missionnaires français, envoyés par les MEP (Missions étrangères de Paris) : Mgr Bernard-Thadée Petitjean (de 1876 à 1884), Mgr Jules-Alphonse Cousin (de 1885 à 1911) et Mgr Jean-Claude Combaz (de 1912 à 1926), avant la prise en charge du diocèse par des Japonais.

Les congrégations françaises ont par la suite gardé une forte présence sur place, notamment pour la formation du clergé local: Mgr Takami, parfaitement francophone, est un membre de la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice, et son prédécesseur Mgr Shimamoto, faisait partie de l'Institut du Prado.

Actuellement, l’archidiocèse de Nagasaki compte quatre diocèses suffragants: Fukuoka, Kagoshima, Naha et Oita.

28 décembre 2021, 15:10