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Soeur Véronique Margron, présidente de la Corref, lors du discours d'ouverture de l'assemblée plénière, le 16 novembre 2021 Soeur Véronique Margron, présidente de la Corref, lors du discours d'ouverture de l'assemblée plénière, le 16 novembre 2021 

Abus : les religieux de France appelés à agir

Deux semaines après les évêques de France, les religieux et religieuses de France, réunis au sein de la Corref, se retrouvent à partir de ce mardi à Lourdes pour leur assemblée plénière. Au cœur des réflexions, là encore, le scandale des abus sur mineurs. Sœur Véronique Margron, présidente de la Corref, a ouvert les travaux par un discours au ton grave mais plein d’espérance.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

C’est l’œil rivé vers la photo d’un enfant victime d’abus que sœur Véronique Margron a pris la parole devant les 300 participants à l’assemblée plénière de la Corref, la conférence des religieux et religieuses de France. Elle rappelle d’emblée l’objectif de cette rencontre d’automne : répondre à ces victimes dont le rapport de la CIASE a révélé au grand jour les souffrances. «Cette réalité me plonge à chaque récit, à chaque rencontre, dans des ténèbres. Celles du mal commis, irréversible, irréparable comme tel» confie-t-elle. «L’agression sexuelle, parée des atours glaçants de l’affection, de l’élection, du nom de Dieu même, a des conséquences qui s’autonomisent pour venir dévorer, jusqu’aux proches. Oui pour tout cela il est trop tard et on ne peut “recommencer à zéro“, pas plus que “tourner la page“» poursuit-elle.

 

Il convient donc pour sa génération de «prendre ses responsabilités», en toute modestie et humblement explique la dominicaine. En avril, la Corref a assumé une «responsabilité collégiale» ; «reste l’essentiel, sans lequel les phases précédentes sont vaines. Faire entrer la décision dans le réel et en suivre la mise en œuvre».

Pour cela, il faut nommer le mal, regarder «l’intolérable, l’injustifiable» et parler d’«agression», de «violence», de «mensonge», d’«abus de pouvoir et de conscience» et non «d’erreurs, de faiblesses», de «gestes déplacés voire malencontreux», souligne-t-elle. Et reconnaitre que «nos maisons se sont rendues co-responsables, par action ou omission, par cécité ou légèreté» de «meurtres de l’identité» commis par les agresseurs qui ont nié l’altérité, l’inviolabilité du corps, de l’âme, de la conscience des victimes.

Abuser, c'est trahir le messie

«Il nous faut trancher» assène sœur Véronique Margron pour restaurer la dignité de ces victimes. Et surtout avoir conscience que «quand un enfant est violenté, atteint en son intimité, quand une personne est mise sous emprise afin de servir des desseins monstrueux, quand une femme est bafouée, alors c’est le messie lui-même qui est outragé. Quand nous passons notre chemin, fermons les yeux sur ces destructions humaines, demeurons dans la sclérose du cœur, c’est le messie crucifié que nous trahissons et livrons, une fois de trop, à ses bourreaux. Si nous entendons cela, alors prendre enfin soin de ces vies, prendre les décisions pour que ceci ne puisse recommencer, est au cœur de notre primordiale mission et de votre vocation même.» «Abuser d’eux, c’est abuser Dieu.»

Mais c’est parce que l’appartenance à l’Église n’est pas «optionnelle», estime la présidente de la Corref, qu’«il faut tout prendre», le pire comme le meilleur. D’où cette convocation adressée aux religieux et religieuses de France «à sortir de toute fausse parole, de tout blasphème qui consiste à ne pas faire ce que Dieu attend. Nous ne sommes les détenteurs de rien, et pas davantage de nos fonctions, de nos charges, de nos ministères même. Mais des mendiants qui reçoivent le don inespéré d’être attachés au Christ, de désirer le suivre, l’aimer, témoigner de son l’Évangile.»

Sœur Véronique Margron appelle donc, à l’image des évêques il y a quelques jours, «à prendre des décisions fortes et claires» et «de faire notre inventaire de ce qui doit être jeté, transformé, réformé, conforté. Pour sortir de l’imbroglio ceux que nous y avons condamnés.»

 

16 novembre 2021, 18:04