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Messe conclusive de la conférence de Varsovie célébrée par Mgr Polak Messe conclusive de la conférence de Varsovie célébrée par Mgr Polak 

Fin de la conférence de Varsovie sur les abus

La conférence organisée par la Commission pour la protection des mineurs et la Conférence épiscopale polonaise sur la protection des enfants et des adultes vulnérables s'est terminée par une messe du primat polonais, Wojciech Polak, et une table ronde sur les initiatives des Églises d'Europe centrale et orientale pour l'avenir.

Salvatore Cernuzio - Cité du Vatican

La coopération entre les Églises, pour les Églises et plus particulièrement les Églises d'Europe centrale et orientale avec la société et les autorités de l'État, mais surtout l'accompagnement des personnes blessées et des communautés où des cas d'abus ont eu lieu : ce sont les prémisses et promesses qui ont conclu ce mercredi la grande conférence internationale sur la protection des enfants et des adultes vulnérables. Une table ronde axée sur des propositions pour l'avenir a marqué le dernier acte de l'événement.

La destruction de personnes innocentes

Trois jours de réflexions, d’interventions, de débats et de témoignages dramatiques de certaines victimes, clos par la messe célébrée par l'archevêque Wojciech Polak, primat de Pologne. L'archevêque, en partant de l'Évangile, a réitéré l'angoisse de toute l'Église pour les conséquences «douloureuses et offensantes» des blessures infligées aux «innocents». «Combien de destructions, de dévastations, de pertes de confiance...», a-t-il dit dans son homélie, «combien elles ruinent profondément l'homme en le dépouillant de sa dignité». «Combien de marques elles laissent non seulement dans la psyché mais aussi dans l'âme». «Ce n'est qu'en faisant face à la vérité de ces comportements cruels que l'Église pourra retrouver son chemin pour être considérée avec confiance comme un lieu d'accueil et de sécurité pour ceux qui sont dans le besoin», a ajouté Mgr Polak, citant le Pape François. «Le Seigneur est avec nous et veut faire de nous d'humbles instruments au service des victimes d'abus, pour les considérer comme des compagnons et des protagonistes d'un avenir commun, en apprenant les uns des autres.»

Surmonter la peur

Mgr Polak avait réitéré les mêmes concepts quelques heures plus tôt lors de la table ronde du matin, au cours de laquelle il a stigmatisé ces «crimes et trahisons qui ont volé la foi de nombreuses personnes que nous aurions dû défendre». «De cette façon, nous sommes devenus peu fiables», a commencé le primat polonais, qui a exhorté à poursuivre la lutte contre les abus, mais surtout à surmonter la peur qui subsiste encore dans de nombreux diocèses : «La peur de notre image, de perdre notre réputation, des procédures judiciaires». «Nous rencontrons encore certaines résistances dans nos communautés, certaines incompréhensions», a admis l'archevêque, «cette mission dépasse les forces de chacun d'entre nous», donc «nous avons besoin de la collaboration de tous ceux qui composent la communauté ecclésiale, nous ne pouvons pas être des loups solitaires».

La culture du silence

«Sans coopération, il sera impossible de surmonter la culture du silence», a insisté Mgr Polak, «en tant qu'Européens centraux et orientaux, nous avons une expérience commune de la dictature, qui a été surmontée par la solidarité». L'objectif est «une transparence toujours plus grande» et «la coopération entre les Églises locales de notre partie de l'Europe» : «Dans chaque partie, la situation est différente, mais les différences ne doivent pas nous séparer les uns des autres ni nous faire honte».


Les laïcs sur le terrain

Le père Hans Zollner, président de l'Institut grégorien d'anthropologie, s'est également attardé dans son discours sur les différents contextes qui «varient d'un pays à l'autre», insistant notamment sur un concept qui est apparu à plusieurs reprises : celui d'une «mentalité» qui a freiné la lutte contre les abus. «Le problème de la mentalité ne peut pas être changé rapidement et facilement, il faut que le cœur se sente impliqué. Le courage vient du cœur». «Il est encourageant de constater que de nombreux laïcs, hommes et femmes, sont déterminés à s'engager dans cette cause», a noté le jésuite, précisant que, notamment dans le domaine de la prévention, «beaucoup a été fait, mais il reste encore beaucoup à faire.» Par rapport au passé, «nous savons maintenant à qui nous adresser, où demander conseil, nous connaissons notre voisin» ; cependant, nous devons «passer de la communication à l'engagement dans le processus».

Accompagner les blessés

La psychothérapeute Ewa Kusz a expliqué que le site web de la conférence restera actif pour permettre les contacts entre les personnes de différents pays qui sont formées à l'accompagnement des victimes. C'est la voie à suivre : «accompagner les personnes blessées». Puis de comprendre «comment les aider, comment travailler ensemble et utiliser leur expérience de survivants» et celle des «personnes en voie de rétablissement». Nous devons également réfléchir aux «procédures que nous adoptons» et à ce que nous faisons «pour nous assurer qu'une telle situation ne se reproduira jamais».

Mgr Philippe Jourdan, administrateur apostolique de l’Estonie depuis 2005 estime quant à lui que cette conférence fut l’occasion de tirer des enseignements sur comment les plus grands pays luttent contre les abus. Au-delà de la prise de conscience, il détaille des pistes de travail : «par exemple, dans les séminaires, suivre de très près chaque séminariste. Que chacun apprenne aussi à identifier ses faiblesses, que chacun apprenne à voir aussi quels sont ces comportements… Il y a un travail de formation assez important au niveau des séminaires.» 

La prévention passe également par l’identification des blessures ou du passé de chacun. «Comme il a été dit à la conférence, une grande partie des abuseurs sont eux-même des abusés. Alors cela ne va pas dire qu’on va faire une sélection des séminaristes sur ce critère, mais cela veut dire qu’il faut apprendre à connaitre les gens profondément, à connaitre leur passé, et il faut également que ces personnes arrivent à se réconcilier avec leur passé», estime-t-il. 

 

23 septembre 2021, 13:08