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Crise du carburant à Dora au Liban, le 17 août 2021. Crise du carburant à Dora au Liban, le 17 août 2021.  

Père Patton: le Liban est prostré, mais ne perd pas l’espérance

Le Custode de Terre Sainte, de retour du Liban et de Syrie, dénonce la grave situation dans les deux pays, due également au manque total de carburant et de nourriture.

Francesca Sabatinelli - Cité du Vatican

Le manque de carburant dicte désormais les règles de la crise au Liban, plongé dans un black-out général depuis des semaines, avec l'effondrement des systèmes de santé et d'approvisionnement en eau et, ces dernières heures, avec l'explosion d'affrontements entre chiites et sunnites, comme cela s'est produit dans certains villages du sud, toujours en raison du manque d'essence et de diesel.

Ce n'est que le dernier chapitre de la tragédie de ce pays dévasté, en proie à une impasse politique qui empêche les réformes économiques nécessaires. Ce déclin rapide et inexorable a culminé le 4 août 2020, avec l'explosion catastrophique du port de Beyrouth, qui a totalement défiguré la ville, une tragédie qui fait suite à la crise économique, qui a débuté en 2019, et à la pandémie de coronavirus, en mars 2020. La dernière dévastation en date est l'explosion d'un camion-citerne dans le nord le 14 août, qui a tué une trentaine de personnes.

Le désespoir du peuple, les encouragements du Pape

Les gens ne mangent pas à leur faim, les rayons des supermarchés sont complètement vides, le coût des produits de première nécessité a plus que quintuplé et plus de 70 % des familles se trouvent sous le seuil de pauvreté. Le dernier cri d'alarme, lancé il y a quelques jours par l’ONG Save the Children, concerne les enfants les plus jeunes: la quantité de nourriture sur la table des enfants au Liban diminue de jour en jour, rapporte l'organisation, qui explique qu'une ration de pain pour un mois coûte aux familles près de la moitié du salaire mensuel minimum et que les «familles les plus pauvres ont probablement besoin d'au moins deux sacs de pain par jour parce qu'elles ne peuvent pas se permettre d'acheter des aliments nutritifs comme le riz, les lentilles et les œufs».

Le désespoir est grand, l'espérance est mise à rude épreuve, mais elle résiste, comme en témoigne la communauté franciscaine du pays qui, chaque jour, fait face à la tragédie mais qui, ces dernières semaines, a trouvé du réconfort d'abord, le 1er juillet dernier, dans la journée de prière et de réflexion pour le Liban convoquée par le Pape François, et ensuite dans la visite du Custode de Terre Sainte, le père Francesco Patton qui, après un arrêt imposé également par la pandémie, est revenu ces dernières semaines, après trois ans, dans ce pays, comme dans la Syrie voisine. Sa visite était avant tout un signe de proximité et de solidarité avec les frères et le peuple.

Le manque de carburant, une condamnation à mort

«J'ai trouvé un Liban prostré, raconte le franciscain à Vatican News après son voyage, le blocage du système politique, construit sur un équilibre entre les composantes chrétienne, musulmane sunnite et musulmane chiite, ne peut plus faire fonctionner le pays, et la crise économique et la dévaluation ont entraîné une telle érosion des salaires que les gens ne vivent plus de leur travail. Les gens demandent de l'aide pour la nourriture, font de longues files d'attente pour obtenir de l'essence, ne peuvent plus payer les frais de scolarité de leurs enfants, sans parler du manque total de médicaments et de soins de santé en général; le manque de carburant pour les générateurs électriques dans plusieurs hôpitaux signe l'arrêt de mort de ceux qui sont contraints à la dialyse ou qui sont sous respirateur», confie-t-il.

Engagement de l'Église locale

Dans cette situation, les chrétiens cherchent de plus en plus à quitter le pays, et l'Église se retrouve à apporter du réconfort, encourager et stimuler tout le monde, y compris le monde politique, explique le père Patton, afin que «des accords puissent être trouvés pour le bien commun, et que la logique du conflit et les intérêts partisans puissent être dépassés». L'Église doit avant tout nourrir l'espérance des chrétiens, sinon «ils quitteront le pays», prévient-il, «appauvrissant davantage le tissu social libanais». En ce moment, l'Église est certainement fortement engagée dans la crise sociale, en palliant les carences de l'État, grâce aussi au soutien de l'Associazione Pro Terra Sancta.

Au cours de sa visite, le Custode a traversé le pays du nord au sud, de Tyr à Tripoli, en s'arrêtant bien sûr dans la capitale Beyrouth, et en voyant comment, depuis le début de la crise, les Franciscains ont réalisé un grand travail au niveau du dialogue, tant entre les différentes communautés catholiques, maronites, melkites et latines, qu'avec la composante musulmane, chiites au sud et sunnites au nord, sans jamais négliger le service pastoral, fondamental pour la consolation du peuple.

Le Custode a également invité les frères du Liban, ainsi que de la Syrie, «à essayer de trouver des solutions locales et à encourager les gens, même avec des micro-projets d'aide pour installer, par exemple, des panneaux solaires, afin que les familles puissent avoir un minimum d'autonomie en matière d'énergie».

Syrie et Liban, deux réalités inversées

Le paradoxe libanais est scellé par les mots brefs mais tranchants du père Patton, lorsqu'il parle des médicaments qui arrivent de Syrie pour soigner un vieux moine au Liban, parce qu'à l'heure actuelle, de l'autre côté de ces 390 kilomètres de frontière, la situation a vraiment été bouleversée, car la Syrie, comme le constate Francesco Patton, connaît une situation un peu plus stable, au point de pouvoir emprunter pour la première fois «l'importante route qui relie Homs à Alep, en passant par Hama». «La dernière fois que j'y étais, la route était encore sous le contrôle des djihadistes, mais maintenant elle est sous le contrôle du gouvernement», explique-t-il. La Syrie est également étranglée par la pauvreté, ainsi que par des pénuries d'énergie, mais par rapport au Liban, la situation s'est «légèrement améliorée, même si l'inflation est toujours présente, bien que dans une moindre mesure qu'au Liban». Il est certain que tant que la situation ne sera pas résolue au niveau international, il sera difficile pour le pays de redémarrer. Bien que les deux tiers des chrétiens syriens aient déjà fui, ajoute père Patton, un certain espoir commence à naître. Le Custode de Terre Sainte conclut que l'économie pourrait redémarrer «en supprimant les sanctions qui pèsent sur le peuple syrien».

31 août 2021, 16:41