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Des manifestations contre le président Alejandro Giammattei le 9 août, à Guatemala City. Des manifestations contre le président Alejandro Giammattei le 9 août, à Guatemala City. 

Le message de paix et de justice des évêques guatémaltèques

A la crise sanitaire s'est ajoutée une crise politique. Dans un message, les évêques du Guatemala invitent au dialogue concret, au nom de leur «responsabilité pastorale et sociale».

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Il règne un climat de tension au Guatemala, écrasé par deux urgences : d'une part, la crise politique déclenchée par le renvoi soudain, le 23 juillet, du procureur anticorruption Juan Francisco Sandoval, symbole de la lutte contre l'impunité. Accusé de violations présumées du protocole, Sandoval a été licencié par la procureure générale, Consuelo Porras. La réaction de la population a été immédiate : elle est descendue dans la rue pour protester dans plus de 90 villes du pays, demandant la démission de Porras et du chef de l'État, Alejandro Giammattei, qui s'était déjà retrouvé dans l'œil du cyclone pour sa mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19.

La pandémie de Covid-19 est l'autre drame qui bouleverse la nation : à ce jour, le virus a contaminé environ 400 000 personnes et fait près de 11 000 décès, alors que la campagne de vaccination n'a touché que 2,3% de la population. Face à ce scénario dramatique, la Commission permanente de la conférence épiscopale nationale (Ceg) a donc publié une note appelant à la paix et à la justice dans tout le pays.

Pour un dialogue franc et ouvert

Concrètement, au nom de leur «responsabilité pastorale et sociale» et à l'écoute de «la vive insatisfaction du peuple, de son mécontentement, de sa frustration et de sa déception», les prélats exhortent à «la paix, la justice sociale et la sérénité collective». S'adressant directement à Consuelo Porras et Alejandro Giammattei, la Conférence épiscopale les exhorte à «convoquer les parties concernées pour un dialogue franc et ouvert qui débouchera sur des propositions concrètes», car sans un tel dialogue «le mécontentement grandira, alimenté par ceux qui, profitant de la crise actuelle, veulent déstabiliser la nation pour poursuivre leurs propres intérêts». La Conférence épiscopale explique qu'il s'agit de «structures liées au crime organisé, au trafic de drogue, à la corruption et à l'impunité, même au sein des organes de l'État».

Dans le même temps, les évêques guatémaltèques soulignent que le peuple ne doit pas demander la démission du président, car cela signifierait «un sérieux revers dans le processus démocratique» ; il convient plutôt de rappeler au chef de l'État «les engagements pris au début de son mandat» afin qu'il puisse les respecter. Quant à Consuelo Porras, la Ceg explique que, «ayant été identifiée comme la principale cause du mécontentement populaire», il est bon qu'elle «utilise sa conscience civile et ses principes éthiques pour discerner ce qui est le mieux pour le bien du pays».

Le droit de manifester pacifiquement

Tout en défendant le droit de manifester librement, les évêques appellent aussi la population à «dialoguer» avec les autorités de l'État pour «résoudre la crise nationale». «Le droit de manifester pacifiquement est légitime et fondamental», écrivent encore les évêques, «mais le blocage des routes, des douanes et des aéroports ne l'est pas car il affecte et nuit à la majorité de la population et peut conduire à des actes de violence».

Sur le front de la pandémie, les évêques du Guatemala ont souligné que la campagne de vaccination n'a pas atteint les résultats escomptés, ni en termes d'administration des doses de vaccin, ni en termes de responsabilité des citoyens pour recevoir les injections. En effet, «les dernières données sont alarmantes», poursuit la note épiscopale, «les hôpitaux sont surchargés et au maximum de leur capacité ; le niveau d'épuisement du personnel sanitaire est critique ; le nombre de personnes infectées a considérablement augmenté ; les secteurs de la population touchés ne se limitent pas à une seule tranche d'âge et la possible propagation d'une nouvelle souche du virus, plus agressive et contagieuse, est très préoccupante».

La Ceg se dit également consciente que «la pandémie a été un obstacle majeur» à la réalisation de nombreux objectifs fixés par le gouvernement, mais elle souligne dans le même temps que l'urgence sanitaire a été «également une grande opportunité manquée». «Que notre voix soit entendue, concluent enfin les évêques, nous invitons chacun à prier pour la justice et la paix au Guatemala».

VNS-IP

 

 

13 août 2021, 10:40