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Les chrétiens comme les musulmans veulent voir leurs pays avancer vers la modernité selon Mgr Gollnisch (ici à Qaraqosh lors de la visite du Pape François) Les chrétiens comme les musulmans veulent voir leurs pays avancer vers la modernité selon Mgr Gollnisch (ici à Qaraqosh lors de la visite du Pape François)  (Vatican Media)

Mgr Gollnisch : le Proche-Orient manque de vision

Pandémie de covid, crise économique, conflits, absence de libertés : les problèmes auxquels sont confrontés les chrétiens d’Orient ont été abordés lors de l’assemblée générale de la Roaco cette semaine au Vatican. Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, revient sur ces thèmes.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Cette assemblée de la Roaco (organisme d’aide aux chrétiens d’Orient) a permis de faire le point sur la situation des chrétiens d’Orient et d’échanger les points de vue et les expériences des différents acteurs : les nonces apostoliques présents dans les pays concernés ainsi que toutes les organisations qui apportent un soutien déterminant aux communautés chrétiennes, qu’elles soient petites ou grandes.

 

L’Œuvre d’Orient est l’un de ces acteurs. Son directeur, Mgr Pascal Gollnisch reconnait, au terme des échanges de cette semaine et de la rencontre avec le Saint-Père, que la pandémie de covid-19 n’épargne pas les chrétiens dans des pays dont les structures sanitaires ne sont pas en mesure d’y faire face. Les confinements imposés par les autorités, notamment au Liban et en Irak, ont vidé les écoles. Or, sans cours, les parents ont refusé de payer les frais de scolarité aux écoles chrétiennes, les fragilisant un peu plus, ce qui est particulièrement vrai au Liban. Globalement, «cela rajoute la crise à la crise qui s’ajoutait déjà à une autre crise» reconnait Mgr Gollnisch.

Si les chrétiens ne souffrent ni plus ni moins que le restant de la population, le directeur de l’Œuvre d’Orient alerte sur le sort des chrétiens de Terre Sainte qui sont privés de pèlerinage et ne bénéficient plus de ses retombées aussi bien économiques qu’ecclésiales. «C’est un soutien pour les chrétiens locaux de voir des chrétiens du monde entier venir en Terre Sainte» explique-t-il. «C’est une fragilisation qui nous préoccupe beaucoup».

Pierres vivantes

«Nous devons d’abord avoir à cœur les pierres vivantes qui sont blessées et dispersées» a rappelé ce jeudi le Pape François aux membres de la Roaco, lors de la rencontre qu’il a eue avec eux au palais apostolique. Un message parfaitement entendu notamment par Mgr Gollnisch qui rappelle que cette attention aux personnes est la «priorité». Cela passe en «soutenant l’éducation et la santé», en collaborant avec des partenaires pour «relancer l’activité économique». Mais l’action des organismes d’aide aux chrétiens d’Orient va au-delà : il s’agit aussi «d’assurer notre présence, notre amitié, notre communion spirituelle». «Nos agences ne sont pas des banques, ce sont des démarches ecclésiales pour dire à nos frères que nous sommes avec vous, non pas pour vos protéger dans une forteresse mais pour vous aider à remplir votre mission, celle d’annoncer l’évangile, et nous essayons de leur redonner de l’espérance et leur dignité».

Cependant, «la reconstruction des pierres vivantes passe souvent par la reconstruction de pierres qui ne sont qu’un moyen» précise Mgr Gollnisch. Exemple à Qaraqosh, en Irak dont la cathédrale a été très endommagée par l’occupation djihadiste de Daesh. «Pour redonner de l’espoir aux pierres vivantes, pour leur redonner l’envie de retourner à Qraqosh, il fallait reconstruire les églises. Pour [ces chrétiens], c’est le signal qu’ils sont encore vivants.»

Faire avancer les États

Le principal sujet de préoccupation, hors urgence sanitaire et reconstruction dans les pays sortis de conflits, c’est «l’absence de vision» qui caractérise la plupart des pays du Proche-Orient. «On ne sait pas où vont ces pays» regrette le directeur de l’Œuvre d’Orient et cela rejaillit sur les chrétiens, citoyens à part entière de ces États. «S’il n’y a plus de vision, il n’y a plus d’espérance, et vous mettez la jeunesse dans la rue et dans des attitudes de violence», analyse Mgr Gollnisch. «Il n’est pas possible que cette région du Moyen-Orient continue à être au bord de la route avec des absences de droits fondamentaux : tout cela doit évoluer. Et c’est le désir des populations en général, chrétiennes comme musulmanes». «Il faut répondre à ces attentes de la jeunesse» exhorte-il, affirmant que ces jeunes veulent que leurs pays aillent vers la modernité.

Les chrétiens peuvent participer à ces changements. Mais pas par la force brute, reconnait Mgr Gollnisch, mais par la force de l’Évangile. «Les chrétiens agissent dans un service à la population à travers notamment l’éducation et la santé». Et grâce aux écoles chrétiennes qui accueillent des élèves de toute confession, c’est la société de demain qui se construit.

Entretien avec Mgr Gollnisch, directeur de l'Œuvre d'Orient
25 juin 2021, 15:55