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Rencontre interreligieuse d'Ur - Voyage apostolique en Irak, mars 2021. Rencontre interreligieuse d'Ur - Voyage apostolique en Irak, mars 2021.  (AFP or licensors)

Cardinal Sako: face à la menace de l’extrémisme, reconquérir la coexistence perdue

Rejeter toute forme de fondamentalisme, éduquer aux valeurs de tolérance, promouvoir une éducation religieuse saine et équilibrée dans les mosquées et les églises: ce sont à ces conditions que l’Irak pourra renouer avec la «coexistence perdue» qui toujours caractérisé son histoire, assure le patriarche de Babylone des Chaldéens.

La coexistence et la promotion des valeurs de modération, de tolérance et de respect ne doivent pas être réduites à de simples «slogans», car elles sont le résultat d’un processus éducatif et institutionnel, rappelle le cardinal Sako dans une note publiée sur le site internet du patriarcat chaldéen.

En Irak, berceau des prestigieuses civilisations mésopotamiennes, les Arabes, les Kurdes, Turkmènes, musulmans, chrétiens, Sabéens et Yézidis ont toujours vécu côte-à-côte en paix «parce qu'ils avaient le sentiment d'appartenir à une seule terre et avaient des liens de parenté, de langue et de foi malgré leurs différences religieuses», pointe-il avant de constater combien les Irakiens regrettent cette époque, «car ils ont le sentiment que la mentalité des quotas, l'exclusion religieuse, sectaire et ethnique ainsi que le chaos politique ont détruit leur société et mis en péril l'avenir de leur pays, et ils aimeraient retrouver cette coexistence perdue».

Pour ce faire, le cardinal Sako invite à «profiter» de l'heureuse issue de la visite du Pape François en Irak en mars dernier. Ses discours sur l'unité dans la diversité, ses appels à la paix et à ne pas tuer au nom de la religion - qui s'ajoutent au Document sur la fraternité humaine signé le 4 février 2019 à Abu Dhabi avec le sheikh d'Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb-, mais aussi les paroles du Grand Ayatollah Ali al-Sistani lors de la rencontre historique du 6 mars sont la base à partir de laquelle reconstruire cette coexistence en harmonie dans la société irakienne.

Mettre en valeur la richesse et la diversité de la culture irakienne

Pour cela, il faut d'abord renoncer à toute forme de fondamentalisme, qui ne constitue pas un retour aux origines, mais est devenu une idéologie «fanatique et extrémiste», assène le patriarche. «Le fondamentalisme utilise la religion comme couverture pour des intérêts politiques et financiers, rejette le pluralisme et incite à l'élimination de l'autre ; il est étranger à la nature des Irakiens et à leur civilisation, caractérisée par l'acceptation respectueuse de l'autre». C'est pourquoi, écrit encore le cardinal, elle doit être combattue par un message religieux inverse. En ce sens, le rôle de la famille et de l'école dans l'éducation des jeunes à la tolérance, au respect de la foi d'autrui et aux valeurs de liberté, de justice et d'égalité s’avère fondamental.

Non moins important est le rôle des médias, appelés à offrir une information équilibrée, correcte et professionnelle. Le patriarche Sako souligne ensuite l'importance centrale d'une «saine éducation spirituelle dans les mosquées et les églises» : les chefs religieux doivent mettre en évidence la richesse de la diversité religieuse, sociale et culturelle de la société irakienne.

À la lumière du caractère pluritiethnique et plurireligieux de la société irakienne, le patriarche chaldéen demande enfin une réforme de la législation du pays, en particulier en ce qui concerne le statut personnel et la liberté de religion, afin d'assurer une citoyenneté pleine et effective à tous les Irakiens, quelle que soit leur appartenance religieuse, ethnique et culturelle. En effet, la nouvelle Constitution de 2005 garantit formellement le respect de la liberté de foi, mais l'Islam continue d'être une religion privilégiée au détriment des minorités, qui sont de fait discriminées, y compris dans l'accès aux fonctions publiques.

15 juin 2021, 14:25