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Le Pape François et Jennifer Worthman le 28 décembre 2016 Le Pape François et Jennifer Worthman le 28 décembre 2016 

Le Vatican parraine un symposium sur la prévention des abus sexuels

Le Vatican s'associe à l'Université de Harvard pour organiser un symposium virtuel sur la prévention et la guérison des abus sexuels sur les enfants, un événement qui est né d'un nid d'oiseau présenté au Pape François.

Devin Watkins – Cité du Vatican

Un nid d'oiseau peut être porteur d'un message puissant : «Tous les enfants méritent un environnement sûr et stimulant dans lequel ils peuvent grandir».

Cet objectif simple, mais important, est au cœur d'un symposium mondial intitulé «Foi et épanouissement : stratégies pour prévenir et guérir les abus sexuels envers les enfants».

Cet événement en ligne de trois jours débute ce jeudi et est présidé par Jennifer Wortham, docteur en philosophie de l'université de Harvard. Le 8 avril marque la première Journée mondiale pour la prévention, la guérison et la justice des abus sexuels envers les enfants.

 

Jennifer Wortham, dont la propre famille a été profondément blessée par la douleur des abus sexuels commis par des clercs, a parlé à Vatican News des objectifs du symposium et de la façon dont Dieu a transformé la souffrance de sa propre famille en un chemin de guérison pour les autres.

La foi et la guérison des abus

«La conférence aborde la question des abus sexuels sur les enfants dans toutes les communautés religieuses et dans la communauté au sens large», déclare-t-elle. «Nous avons plusieurs segments consacrés à des présentations dans un cadre religieux».

Outre un large éventail de professionnels de la santé et d'experts en prévention des abus envers les enfants, deux cardinaux participeront également à l'événement. Le cardinal Seán O'Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs - le bureau du Vatican qui parraine le symposium – doit donner la bénédiction d'ouverture. Le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, doit s'exprimer sur la manière dont la foi et les responsables religieux peuvent contribuer à la guérison des abus sexuels sur les enfants.

«C'est une conférence qui se concentre sur la question de l'abus sexuel des enfants et sur l'engagement de la communauté religieuse, et qui aide à prévenir et à guérir les victimes qui ont été touchées par ces abus», déclare Jennifer Wortham. «Que ce soit à la maison, dans une école, ou par le biais d'une organisation de scoutisme ou d'un camp de jour, nous cherchons des moyens pour que les leaders religieux puissent être mieux engagés dans le processus de guérison et de prévention.»

Partenariat interconfessionnel

Le symposium, comme le souligne la professeure, n'est pas uniquement axé sur les abus commis dans l'Église catholique, bien que plusieurs organisations catholiques le parrainent, notamment le Catholic Project avec la Catholic University of America et le Centre de protection de l'enfance de l'Université pontificale grégorienne à Rome.

Les abus sexuels sur les enfants sont un phénomène mondial, et de nombreux groupes confessionnels ont exprimé leur soutien. L'Alliance interconfessionnelle, Arigatou International, le Conseil des rabbins de New York, Islamic Relief USA, le Conseil œcuménique des Églises et plusieurs réseaux de survivants d'abus se sont associés, pour n'en citer que quelques-uns. Plus de 70 orateurs du monde entier s'adresseront à plus de 1 300 participants inscrits. Le révérend Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix 2018, prononcera le discours principal et partagera sa sagesse et son travail pour mettre fin à l'utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Jennifer Wortham présente ce groupe comme composé de «personnes très dévouées qui travaillent à améliorer la vie, la santé et le bien-être des victimes d'abus sexuels sur les enfants».

Le traumatisme des abus sexuels sur les enfants

La professeure, directrice exécutive de l'Initiative on Health, Religion, and Spirituality de l'université de Harvard, n'est pas une spécialiste désintéressée des abus sexuels sur les enfants. Deux de ses propres frères ont été abusés par le prêtre de leur paroisse pendant trois ou quatre ans, alors qu'ils avaient environ 10 ans. «Ce fut une expérience très traumatisante pour ma famille», se souvient-elle, «car nous étions de fervents catholiques».

Son grand-père avait participé à la construction de l'église paroissiale et en était le trésorier. Sa grand-mère cousait des nappes d'autel pour le même prêtre et lui préparait à manger. «Le prêtre était donc très proche, je dirais même qu'il était un membre de notre famille élargie», raconte-t-elle.

Lorsque ses frères ont révélé les abus dans les années 1990, la famille a été profondément ébranlée. «Nous avons lutté, et mes frères ont lutté pendant de très nombreuses années contre les effets de ces abus. Et, malheureusement, lorsque nous l'avons signalé à l'Église, l'expérience a été très désagréable.» Jennifer Worthman, ainsi que sa mère, ont quitté l'Église, et elle est partie en quête de guérison dans diverses communautés de foi. Elle a même passé deux ans, à temps partiel, dans un ashram, un monastère bouddhiste.

Retour à la maison

Pourtant, en 2015, elle s'est sentie attirée par la visite d'une église, en partie pour se sentir proche de sa grand-mère qui était décédée. «Je suis allée dans une église catholique près de chez moi», se souvient-elle. «Et pendant que j'étais là, j'ai eu une inspiration très forte pour pardonner aux personnes qui étaient impliquées dans cette affaire, et pour laisser partir ce traumatisme.» Cette expérience, dit-elle, lui a laissé un sentiment de paix et le désir de transformer sa douleur en service.

Et le nid d'oiseau ?

Alors, où se situe le nid d'oiseau qu'elle a offert au Pape François ? Quelques mois après son retour dans l'Église, Jennifer Wortham faisait un peu de ménage de printemps dans sa maison lorsqu'elle a découvert deux nids d'oiseaux et a ressenti un fort désir d'en remettre un au Pape. Elle lui a alors écrit une lettre et a reçu une réponse dans les 36 heures, l'invitant à le rencontrer lors d'une audience générale du mercredi.

Elle a assisté à ce rendez-vous hebdomadaire le 28 décembre 2016, et a réalisé son rêve en remettant au Pape François le nid qu'elle avait attaché à un piédestal de bois pétrifié. «À un niveau personnel, j'ai senti que je voulais vraiment regarder dans ses yeux et voir l'engagement que j'avais entendu sur son désir de régler ce problème dans l'Église», confie-t-elle. «Lorsque je l'ai rencontré, j'ai effectivement vu qu'il était profondément engagé à résoudre ce problème.»

À la recherche d'une journée mondiale

Après cette rencontre, Jennifer Wortham s'est sentie appelée à partager avec les survivants d'abus sexuels et leurs familles son expérience selon laquelle «l'Église se soucie vraiment de ce problème et travaille dur pour le résoudre». Elle a également rencontré le cardinal O'Malley, qui, selon elle, a soutenu son désir d'instaurer une Journée mondiale pour la prévention, la guérison et la justice des abus sexuels envers les enfants.

«Le sentiment que j'ai eu est que ce n'était pas vraiment à l'Église catholique seule d'établir cette journée. Si cela devait être une journée pour tous les survivants d'abus, alors nous devions travailler ensemble avec d'autres nations et d'autres chefs religieux pour l'établir.» En plus de rassembler des personnes du monde entier pour aborder le sujet des abus sexuels sur les enfants, le symposium de cette semaine, présidé par la professeure de Harvard, sert également d'événement marquant pour le lancement de cette journée mondiale. Et le 8 avril, confie-t-elle, est aussi l'anniversaire de son frère Patrick.

 

 

08 avril 2021, 10:20