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Dimanche 7 mars, le Saint-Père s'est rendu dans les ruines de Mossoul, en hommage aux victimes de la guerre. Dimanche 7 mars, le Saint-Père s'est rendu dans les ruines de Mossoul, en hommage aux victimes de la guerre.   (Vatican Media)

À Mossoul, ressusciter ce que les terroristes ont détruit

Dimanche 7 mars, au dernier jour de son voyage, le Saint-Père a sillonné la plaine de Ninive avant de rejoindre le Kurdistan irakien, à la rencontre des communautés chrétiennes. François a d’abord fait étape à Mossoul, qui fut trois ans durant le fief irakien de l’État islamique. Entretien avec Mgr Najeeb Michaeel, archevêque chaldéen de Mossoul depuis 2018.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

Le Saint-Père s'est rendu, dans la matinée du dimanche 7 mars, au cœur de la capitale de la province de Ninive, ville martyre qui fut jusqu'en 2017 l'une des bases de l'État islamique. Il y a présidé une prière , implorant le pardon «pour tous ceux qui ont fait du mal à leurs frères et à leurs sœurs». Mgr Najeeb Michaeel, archevêque chaldéen de Mossoul depuis 2018, a connu ces années de guerre qui ont poussé des milliers de chrétiens sur les routes de l’exil. Entretien.

Mgr Najeeb : La visite du Pape était vraiment un événement exceptionnel et très émouvant. Le cœur de cette visite, c’était Mossoul. Le Saint-Père était très ému de voir cette destruction presque totale de Mossoul sur la rive droite, où 90 % de la ville est complètement par terre, y compris les églises et les mosquées. Nous avons donc choisi de célébrer cet événement au milieu des ruines, nous avons alors nettoyé une petite place pour recevoir et accueillir le Saint-Père. Autour de nous, il n’y avait que des maisons détruites, comme vous avez pu le voir sur les images. Les quatre églises qui étaient sur cette place, que l’on appelle "La place des églises", ont toutes été détruites, il y avait une église chaldéenne, une syriaque catholique, une syriaque orthodoxe et une arménienne, dont une église du VIIe siècle, et une du XIXe siècle. Ce fut très émouvant de célébrer en plein milieu de ces ruines. Derrière le Saint-Père, nous avions mis une croix du village de Karamlech, qui a été brûlée entièrement par Daesh en 2014. Cette croix, nous l’avons placée derrière le Pape, avec un symbole : un morceau de tissu blanc et rouge pour manifester la résurrection malgré la mort. Daesh a brûlé la croix, et des jeunes de Mossoul ont fait une nouvelle croix magnifique, un chef d'œuvre. Ce que Daesh a brûlé et détruit, nous, aujourd’hui, avec les musulmans et les jeunes de Mossoul, nous voulons le ressusciter. Tout le monde a été touché, et j’ai vu les larmes dans les yeux du Saint-Père.

Mossoul, le 7 mars 2021.
Mossoul, le 7 mars 2021.

Un moment particulièrement émouvant, comme d’autres durant ce voyage, quel est le premier bilan que vous dressez de ce voyage historique ? 

Je crois que le premier message que le Saint-Père a voulu passer aux Irakiens, à travers l’Irak et pour le monde, c’est que «vous êtes des frères», et la fraternité ne connaît pas de frontière. Nous pouvons avoir différentes pensées et différentes tendances, mais nous sommes des frères dans l’humanité. Un slogan si fort qu’il a été repris par tous les médias et par tous en Irak, par les chiites, les sunnites, les kurdes, les sabéens, les mandéens, les yazidis, les chrétiens… Ce fut merveilleux ! Le Saint-Père et les médias ont pu le remarquer, durant cette visite, nous avons vu le vrai visage de l’Irak, celui de la fraternité. Tout le monde était heureux, content, rempli de joie. Moi-même j’ai entendu de haut responsables musulmans dirent à propos du Pape, «voilà un homme spirituel, qui sait parler, nous sentons que c’est un être humain, là où il passe, il laisse la paix». J’ai également entendu dire certains, pour plaisanter, «nous aurions aimé avoir eu un président comme le Pape» et le président lui-même, lorsqu’il a accueilli le Saint-Père, nous avons vu sur les images ce dernier riait, car le président lui a raconté une blague, il lui a demandé de rester plus longtemps en Irak, comme ça le pays devient plus propre! En effet, tout le monde a nettoyé les villes, nettoyé les rues, les maisons… Nous avons vu les enfants musulmans danser ensemble, avec des drapeaux de l’Irak et du Vatican. À Mossoul, j’ai vu des scènes extraordinaires. Par exemple, 6 000 élèves et étudiants qui sont sortis de leurs écoles pour aller dans la rue applaudir et danser.

Durant ce voyage, le Pape François s’est adressé à tous les Irakiens, aux chrétiens, aux musulmans chiites et sunnites, aux juifs mais également aux yazidis, à la minorité sabéenne, il a appelé à la reconstruction, des coeurs et du patrimoine,  son appel peut-il être entendu? Est-ce que ce voyage peut en quelque sorte marquer un tournant? 

Je suis tout à fait optimiste pour les lendemains. Le voyage du Pape en lui-même est un trésor, mais maintenant, ce n’est pas le Saint-Père qui doit explorer ce trésor, mais d’abord l’Esprit Saint qui va souffler dans le cœur des gens, de toutes religions, ensuite ce sont les gens eux-mêmes qui vont explorer ce trésor. En effet, quand le Pape a dit «que les armes se taisent, que la violence s’arrête», ce sont des slogans extraordinaires, nous sommes des frères dans l’humanité, ça suffit de s’entretuer, il faut vivre ensemble, donner leurs places aux pauvres, aux femmes, aux humains… Les religions qui sont devenues minoritaires doivent prendre leur place, et ces slogans ont tourné dans la tête de tous. Certains me disent «quand le Pape parle, on dirait que c’est un ange», ce sont les témoignages que j’entends. Aujourd’hui j'étais avec des généraux, ils me disent «il nous a fait tourner le cœur et la tête par ses paroles, c’est un véritable homme de Dieu». Tout cela promet pour l’avenir, les jeunes générations aujourd’hui sont encouragées à retourner chez elles, à Mossoul.

La croix, détruite par les terroristes, reconstruite par les jeunes générations.
La croix, détruite par les terroristes, reconstruite par les jeunes générations.
08 mars 2021, 11:58