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Le Pape François et un jeune lors de confessions sur la Place Saint-Pierre, dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde, en 2016. Le Pape François et un jeune lors de confessions sur la Place Saint-Pierre, dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde, en 2016.  (Ossevatore Romano)

La confession, un sacrement pour laisser le Christ guérir son âme

Créée à l’image de Dieu, la personne humaine est un être à la fois corporel et spirituel. Et si la pandémie devenait l’occasion de prendre soin de son âme? La confession est une manière de retrouver la santé spirituelle, pour le bien de la personne toute entière. Entretien avec le père Guillaume de Menthière, du diocèse de Paris.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

C’est le thème de l’intention de prière du Pape François en ce mois de mars 2021: le sacrement de la réconciliation. Le Saint-Père invite tous les croyants à redécouvrir la force de renouvellement intérieur qu’apporte la confession. Il s'agit, souligne-t-il, d'une rencontre d'amour et de miséricorde entre Dieu et le pénitent. «Au cœur de la confession, il y a non pas les péchés que nous disons mais l’amour divin que nous recevons... Au cœur de la confession, il y a Jésus qui nous attend, nous écoute et nous pardonne», écrit François. Le psalmiste exprime quant à lui le désir de l’homme de réorienter sa route vers Dieu, après que le péché l’en a détourné: «Rends-moi la joie d'être sauvé; que l'esprit généreux me soutienne» (Ps 50). Pécheur pardonné grâce à ce sacrement que lui offre l’Église, il avance de conversion en conversion. Il mûrit dans une sanctification qui devient même contagieuse, pour le bien du Corps entier: «Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins; vers toi, reviendront les égarés» (id.).


Le père Guillaume de Menthière nous en dit plus sur ce sacrement délaissé et pourtant vital pour demeurer orienté vers le Seigneur. Il est prêtre du diocèse de Paris depuis 1991, curé de paroisse, enseignant au Collège des Bernardins, délégué à la vie religieuse pour le diocèse, et prêche cette année les conférences de Carême de Notre-Dame de Paris, qui abordent la question des fins dernières et de la Rédemption de l’humanité. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur la confession: Le Sacrement de réconciliation, guide du pénitent (éditions Téqui) et le Guide pratique du pénitent (éditions Téqui).

Entretien avec le père Guillaume de Menthière

Pourquoi le temps du Carême est-il favorable pour se confesser?

Le temps du Carême est un temps de pénitence. «Convertissez-vous et croyez à l’Évangile», avons-nous entendu le Mercredi des Cendres. Évidemment nous ne pouvons pas nous convertir par nos propres forces, nous demandons au Seigneur de changer notre cœur, de mettre à la place de notre cœur de pierre un cœur de chair, comme le dit l’Écriture. C’est cette «transfusion» en quelque sorte qui s’opère par le sacrement de réconciliation. Dans le confessionnal, c’est le Seigneur lui-même qui vient changer notre cœur.

Souvent, on n’y va pas car on sent fait une montagne. On dit «je ne sais pas mon acte de contrition», «je ne sais pas comment faire…»: ne vous inquiétez pas, vous n’allez pas chez un bourreau en allant trouver le prêtre, vous n’allez pas chez un juge, vous allez trouver votre Bien-Aimé Seigneur et vous n’avez donc rien à craindre. Si vous ne savez pas comment faire, dites-le au prêtre et avec lui vous cheminerez. Le prêtre est là pour vous aider et non pour vous enfoncer évidemment. N’ayez pas peur et renouez avec ce beau sacrement de miséricorde.

Que l’on se soit confessé il y a longtemps ou récemment, comment bien se préparer?

La confession est d’abord une confession de louange. On vient dire au Seigneur que l’on croit en sa miséricorde, qu’Il est bon, que l’on sait à quel point Il est prêt à nous pardonner. Il est très important d’arriver au confessionnal en ayant à cœur non pas simplement de débiter son péché, mais d’exalter la miséricorde du Seigneur. La confession est une célébration de la miséricorde du Seigneur. On confesse l’amour de Dieu pour nous, et en regard de cet amour, on confesse que l’on n’est pas à la hauteur et que l’on a eu des manquements dans tel ou tel domaine. Cela suppose bien sûr un examen de conscience préalable… Examiner sa vie et dire «là je reconnais que je ne suis pas en conformité avec l’Évangile», «ça c’est mal, je le savais et je l’ai fait quand même, et j’en demande pardon au Seigneur».

Sur quels textes de l’Écriture peut-on s’appuyer pour se préparer à recevoir ce sacrement?

Il y a beaucoup de textes. On cite souvent la grande parabole du fils prodigue (Lc 15), mais on pourrait dire tout le chapitre 15 de saint Luc, avec la parabole de la brebis perdue, de la drachme retrouvée… toutes ces paraboles évangéliques qui nous parlent de la miséricorde de Dieu. On peut aussi s’appuyer sur des psaumes, notamment le grand Psaume 50 Miserere. On peut commencer en méditant ces Psaumes ou ces textes de l’Écriture, et c’est en regard et à la lumière de ceux.ci que l’on va reconnaître qu’effectivement, nous ne sommes pas du tout à la hauteur de ce que Dieu peut attendre de nous et que nous devons amender notre vie.

En quoi la confession, sacrement de guérison de l’âme, peut-elle nous aider à traverser l’épreuve actuelle?

Si nos corps et nos personnes sont confinées dans beaucoup de pays, en revanche nos âmes peuvent voler librement et ne sont pas confinées, et on leur donne du souffle et de l’air justement par cette miséricorde qui nous est offerte. Une des images qui joue très fortement dans le sacrement de réconciliation, c’est celle du Christ-médecin. Le Christ est le médecin de nos corps et de nos âmes. Quand Jésus dit «Je ne suis pas venu pour les justes mais les pécheurs», de la même manière que le médecin ne vient pas pour les bien-portants mais les malades, Il nous donne une clé de lecture de ce sacrement. Si on est malade, on va trouver le médecin sans hésiter. Si notre âme est malade, il faut aussi aller trouver le Christ médecin dans le sacrement de réconciliation, autant de fois que c’est nécessaire. Si nous recommençons dix fois le même péché, nous irons dix fois trouver le pardon de Dieu dans le sacrement de réconciliation.

Que va-t-on trouver dans ce sacrement? On parle souvent des fruits que sont la joie et la paix, mais est-ce vraiment cela l’essentiel?

On va se confesser pour louer la miséricorde de Dieu. C’est une célébration de Sa miséricorde, une manière de dire que le plus important dans mon existence est la miséricorde de Dieu. Ce sur quoi je compte pour mon salut éternel, c’est la miséricorde de Dieu. C’est très important de le dire. Ce ne sont pas nos œuvres, nos forces, notre piété, tout nos bonnes œuvres qui vont nous sauver, mais c’est la miséricorde de Dieu. Je viens dire la primauté dans mon existence de la miséricorde de Dieu en confessant mon péché. «Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mon péché» dit le psaume. Il ne faut jamais oublier cet aspect d’action de grâce et de louange de Dieu dans le sacrement de réconciliation, c’est pour cela d’ailleurs que le rituel prévoit qu’avant de dire son péché, on lit la Parole de Dieu. Le confesseur et le pénitent lisent ensemble si possible la Parole de Dieu, ils se mettent en regard de la Parole de Dieu, et ils commencent par confesser les merveilles que Dieu fait pour nous, avant de dire le péché et d’avouer ses fautes.

Comment articuler la dimension individuelle et la dimension ecclésiale dans la confession?

Nous sommes membres du Corps du Christ qu’est l’Église, et nous le savons bien: quand un membre souffre dans un corps, tout le corps se trouve mal à l’aise. Donc à chaque fois qu’un membre retrouve la santé, c’est tout le corps qui s’en trouve mieux. Et il ne faut jamais oublier que lorsque je pèche, je pèche contre Dieu bien sûr, mais je pèche aussi contre le Corps de l’Église qui se trouve amoindri, déficient, faussé, à cause de mon péché. Donc je me réconcilie avec Dieu et avec l’Église indissociablement dans le sacrement de réconciliation. C’est très important de rappeler, même si le sacrement est effectivement célébré de manière personnelle, dans un confessionnal, entre le pénitent et le prêtre confesseur, que le sacrement de réconciliation est une célébration de toute l’Église. C’est pourquoi il faut encourager, me semble-t-il, ce qui existe dans nos paroisses: les journées du pardon, ou les cérémonies pénitentielles avec bien sûr une confession individuelle. Mais favoriser le fait que nous sommes tous ensemble unis dans ce combat contre le péché. Le christianisme n’est jamais «chacun pour soi», nous prions pour nos frères pécheurs afin qu’ils trouvent la miséricorde de Dieu, et inversement nos frères prient pour nous, afin que nous soyons pardonnés.

Ces dernières années, assiste-t-on à une "redécouverte" de la confession, ou est-ce au contraire un sacrement oublié?

C’est une banalité de dire que ce sacrement a été très fortement déserté. On parle souvent de la désertion de l’Eucharistie, mais ça n’est rien en comparaison de la désaffectation qui frappe le sacrement de la réconciliation. On parle parfois en France de 1 à 2 % de pratiquants de l’Eucharistie, il faut encore diminuer ce nombre quant à la pratique de la confession, ce qui absolument dramatique. Cependant, on constate – en tous cas je le constate dans ma paroisse – que ce sont les jeunes qui se confessent. On pourrait imaginer que ce sont les personnes âgées qui ont gardé cette habitude depuis fort longtemps… pas du tout. Je crois qu’il y a, chez une petite base de jeunes chrétiens, un retour à une pratique – très fréquente même – du sacrement de la réconciliation, et c’est un signe d’espérance. Les jeunes générations ont compris que de toute façon, c’est la miséricorde de Dieu ou rien.

20 mars 2021, 15:54