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Mgr Gjergj Meta et le Pape François, lors d'une audience en juin 2018 Mgr Gjergj Meta et le Pape François, lors d'une audience en juin 2018  (Stefano Guidoni)

En Albanie, Radio Vatican reste une fenêtre sur l’Église et le monde

Dans ce petit pays d’Europe de l’Est, la voix du Pape a joué un rôle important d’information sous la dictature communiste, qui a duré 46 ans. Mgr Gjergj Meta, secrétaire général de la Conférence épiscopale albanaise, témoigne à propos de la mission de Radio Vatican, dans le passé et aujourd’hui.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Pendant des décennies, l’Albanie fut l’un des pays les plus fermés au monde. Le 29 novembre 1944, le Parti communiste albanais, dirigé par Enver Hodja, prend le pouvoir. La République populaire est proclamée le 11 janvier 1946 et une Constitution est  approuvée. La dictature communiste dure jusqu’en 1991, année au cours de laquelle le pays devient officiellement «république d’Albanie» et instaure peu à peu à un système politique démocratique.

Dans ce bastion du communisme, déclaré «premier État athée du monde» par son dirigeant, Radio Vatican «est pratiquement le seul moyen pour les fidèles de nourrir leur lien avec le Pape et l'Église universelle et de recevoir un soutien pour leur foi», rappelait récemment le père Federico Lombardi, ancien directeur de la station. Les ondes venues de Rome sont écoutées dans la clandestinité sous la période d’oppression, en dépit des censures et du brouillage des ondes. La contribution de Radio Vatican n’est toutefois pas restée totalement dans l’ombre, l’État albanais lui ayant remis une décoration d’honneur après la chute du régime communiste.

Le Pape François a effectué un voyage apostolique d’une journée en Albanie, le 21 septembre 2014, plus de 20 ans après celui de Jean Paul II, le 25 avril 1993. 

Mgr Gjergj Meta est évêque de Rrëshen et secrétaire général de la Conférence épiscopale albanaise. Il fait également partie des auditeurs de Radio Vatican, et nous confie son témoignage.

À quelle occasion écoutez-vous Radio Vatican?

J'écoute souvent Radio Vatican pour les actualités, que nous pouvons aussi entendre et lire sur les réseaux sociaux. Je vous suis donc en lisant les articles, et bien sûr en écoutant les nouvelles. Généralement, j'écoute Radio Vatican le soir, parfois les émissions culturelles qui sont programmées.

En fait, j'ai une histoire très spéciale avec Radio Vatican, remontant à mon enfance. Pendant les années de communisme, mon grand-père écoutait en secret Radio Vatican. C'était un homme qui n'avait pas peur, mais il faisait attention à ne pas se faire attraper en train d’écouter Radio Vatican, et c'était souvent lui qui nous donnait les nouvelles: ce qui se passait, de quelle manière, etc. Pour nous les enfants, c'était quelque chose d'étrange car à l'école, on enseignait l'idée que le Vatican était un ennemi du peuple albanais. Mon grand-père nous a donc donné une vision alternative, à travers Radio Vatican.

Que représente Radio Vatican pour vous?

En premier lieu, Radio Vatican représente pour moi - ainsi que pour la plupart des catholiques à mon avis -, la voix du Pape, son magistère, son activité, et cela nous aide à être en union avec le Saint-Père. Deuxièmement, je pense que Radio Vatican est une clé authentique d'interprétation, une clé herméneutique importante de ce qu'est le magistère du Pape. Dans la multitude de médias qui existent aujourd'hui, chacun a sa propre interprétation des paroles du Pape, et je vois Radio Vatican comme une source herméneutique fiable en ce qui concerne le magistère.

Troisièmement, Radio Vatican est multilingue et recueille des informations sur l'Église Universelle répandue dans le monde. Elle transmet donc des informations et des visions utiles, venues des différentes Églises locales. Voilà ce que Radio Vatican représente pour moi.

Radio Vatican a joué un rôle important pour les Albanais sous la dictature communiste. Que reste-t-il de cet héritage?

Sous le communisme, Radio Vatican était une petite fenêtre, parfois dangereuse, parfois inadmissible, et même toujours inadmissible, une fenêtre sur le monde. Dans un pays isolé comme l'Albanie, l'information venant de «l'autre réalité», de la réalité d'autres pays, de l'Église, des Albanais eux-mêmes dispersés dans le monde, était très limitée. Ainsi, pour de nombreux Albanais, Radio Vatican a été cette fenêtre à travers laquelle nous avons vu le monde et l’Église.

Nous avons aussi pu recevoir des informations utiles sur toutes les activités des Églises dans le monde. Écouter tout cela en albanais était encore plus excitant. En raison de l'isolement du système, nous ne savions que peu de choses de ce qui se passait dans le monde: Radio Vatican nous a donc beaucoup aidés à avoir une perception un peu plus large.

Évidemment un petit nombre de personnes seulement écoutaient Radio Vatican, en secret bien sûr. Ils transmettaient ensuite l'information à leur manière, comme ils l’avaient comprise, peut-être parfois sans continuum, mais avec un fort désir de dire que quelque chose changerait définitivement. L'expression «Radio Vatican l'a dit» était souvent utilisée, une expression que les gens disaient à voix basse à propos d’un événement ou d’un élément qui, selon eux, pouvait apporter des changements en Albanie. Radio Vatican était donc un canal très important de notre communication avec le monde et avec l'Église.

Quelle doit être la mission de Radio Vatican aujourd’hui?

À l'ère de la digitalisation des médias, et où des instruments traditionnels sont d'une manière ou d'une autre entrés dans une crise, par exemple la radio, la télévision, le livre, la presse écrite, je pense que Radio Vatican s'est déjà assez bien adaptée à cette nouvelle réalité. Mais elle doit continuer à être, dans ce “Babel”, une voix distinctive, la voix distincte de la vérité. Ce doit être la voix qui ne trahit pas l'idéal de l'Évangile. Elle ne devrait jamais cesser de transmettre le bien et la beauté qui abondent dans l'expérience humaine.

Alors que de nombreux médias pensent aux clics, aux nouvelles exclusives ou aux nouvelles choquantes, (…) Radio Vatican doit se tenir stoïquement je dirais, comme une organe de vérité, de beauté, de bonté. Elle doit transmettre une dimension de vie, une vision de la vie et de la société pleine de l'Évangile de Jésus-Christ.

Je pense aussi que Radio Vatican devrait être ouverte à d'autres instances, en coopération avec d'autres réalités qui veulent, tout comme l’Église, transmettre le bien et le beau. Cette coopération, que ce soit avec d'autres réalités interconfessionnelles ou même interculturelles, donnerait probablement à Radio Vatican une dimension encore plus universelle.

Je pense que Radio Vatican fait bien son travail: elle a des journalistes professionnels, elle a de grands dirigeants. C'est la voix du Saint-Père et de l'Église dans le monde. Je veux donc remercier tous ceux qui y travaillent et qui montrent et utilisent toutes leurs compétences professionnelles, accompagnées de beaucoup d'amour, pour transmettre la voix de l'Église, la voix du Pape, dans nos réalités.

12 février 2021, 12:31