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Les évêques nigérians lors d'un rassemblement contre la violence, en mars 2020 Les évêques nigérians lors d'un rassemblement contre la violence, en mars 2020 

Les évêques du Nigeria redoutent un effondrement de la nation

Dans un message aux accents graves, l’épiscopat nigérian brosse le tableau d’un pays à la dérive, entre chaos sécuritaire et velléités sécessionnistes. La situation invite à un sursaut de toute la société autour d’un objectif commun, suggèrent les évêques qui rappellent également l’État central à ses devoirs.

«Nous sommes au bord d’un effondrement imminent», «la survie même de la nation est en jeu»: les évêques nigérians ne cachent pas leur appréhension et la mise en garde est solennelle. La «grave insécurité» dont le Nigeria est le théâtre «a donné la triste et dangereuse impression que ceux qui ont assumé le devoir et l'autorité de sécuriser la nation sont incapables - ou pire encore, peu désireux - d'assumer les responsabilités de leur fonction», écrivent-ils sans ambages avant d’énumérer les principaux périls qui menacent la stabilité du pays.

Menaces sécessionnistes

Il ne faudrait en effet pas ignorer ou «prendre à la légère» les revendications autonomistes voire sécessionnistes sur base ethnique portées par certains milieux qui songent «à se retirer carrément d'une nation dans laquelle ils ont perdu toute confiance et tout sentiment d'appartenance»: de fait, «beaucoup ont renoncé à la viabilité et même à l'opportunité du projet du Nigeria en tant que pays uni», constatent les évêques qui ne s’étonnent pas que, dans ce contexte, des «acteurs non-étatiques comblent le vide créé par un échec palpable du gouvernement». L’équipe dirigeante est donc appelé «gouverner la nation non pas en fonction de préjugés ethniques et religieux, mais selon des principes objectifs et positifs de justice, d'équité et, surtout, d'impartialité».

Les évêques, issus de toutes les régions du pays africain, affirment leur «foi dans la viabilité et l'opportunité du Projet Nigeria, en tant que nation prospère sous Dieu». Or la construction de cette nation exige des sacrifices et une volonté de «rechercher un objectif commun avec sincérité», de gérer au mieux les différences et d’en tirer une force qui soit positive et non négative, plaide encore l’épiscopat.

Dialogue et volonté politique

Avant de pouvoir agir, il importe d’admettre «les nombreuses choses qui ne vont pas dans notre nation», arguent les pasteurs de l’Église catholique au Nigeria, qui pointent les atteintes à l’État de droit et l’impunité généralisée qui en a découlé. Le problème vient aussi des lois que le pays s’est fixé: «il n'est donc pas étonnant que l'on réclame sans cesse une révision de la constitution, une restructuration, une décentralisation des agences de sécurité et que l'on réclame de nombreux changements dans de nombreux domaines que nous tenons pour acquis». Les exemples, à cet égard, sont légion, qu’il s’agisse des «questions relatives au recensement national, à la délimitation des circonscriptions électorales, aux États et à la question lancinante de l'autonomie des collectivités locales, la violence et le manque de démocratie interne au sein des partis politiques, une Assemblée nationale faible et compromise, la modification de la loi électorale, etc.» Ce ne sont pas tant les bonnes idées qui manquent que la volonté de les mettre en application, observe l’épiscopat.

Les évêques évoquent l’enlèvement des 317 jeunes filles par des hommes armés à Zamfara, dans l’État du Niger, et insistent sur l’urgence d’établir «une stratégie claire entre les agences de sécurité fédérales et les gouvernements des États pour mettre fin à la tragédie à laquelle nous sommes confrontés».

En conclusion de leur communiqué et avant de confier leur pays à Dieu, les évêques rappellent à leurs compatriotes les valeurs et principes essentiels à la pérennité du projet national : «le respect mutuel et l'acceptation de nos diversités, un sens profond de la justice pour chaque personne, l'équité, la solidarité et l'intégration». Ils exhortent en outre à davantage de dialogue entre les autorités et le peuple, et entre citoyens eux-mêmes, au-delà des diversités et identités ethniques.


28 février 2021, 15:03