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Vue sur Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. Photo d'illustration. Vue sur Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. Photo d'illustration. 

Tadjikistan: la minorité catholique se retrousse les manches face au Covid

Bien qu’elle ne représente qu’une petite minorité comptant une centaine de fidèles répartis en deux paroisses situées à Douchanbé et à Qurǧonteppa, au Tadjikistan pays de confession musulmane à 98%, l’Église catholique s’engage avec détermination au côté de la population face aux défis que représente la Covid-19 dans ce pays d’Asie centrale.

Marie Duhamel avec Fides – Cité du Vatican

Entre 100 et 120 fidèles fréquentent les deux paroisses du pays, celle de Saint-Joseph à Duchanbé et celle de Qurgonteppa, à 100km de la capitale. La petite communauté vit sa foi de manière intense, et les prêtres n’ont cessé de se déplacer de foyer en foyer, notamment lors de l’Avent et des fêtes de Noël, pour prendre des nouvelles, leur apporter des médicaments, de la nourriture, mais surtout les sacrements de la Communion et de la Confession. Dans le pays de 9,5 millions d’habitants, l’ensemble des lieux de culte sont en effet fermés depuis le 23 avril dernier afin de freiner la propagation du coronavirus.

Pas de messe en ligne, mais des visites à domicile

Le pays n’étant cependant pas strictement confiné, les visites à domicile ont été la seule manière de maintenir le lien au sein de la communauté. Sur place, impossible d’organiser des célébrations virtuelles, l’accès à internet étant très couteux. «L'homme de la rue ne dispose pas d'une connexion chez lui et le trafic de données est insuffisant pour les téléphones intelligents. Il est par la suite presque impossible de demeurer connectés au cours d'une messe ou de la récitation d'un chapelet» indiquait à l’agence Fides le père Pedro Ramiro López, de l'Institut du Verbe incarné, Supérieur de la Missio sui iuris du Tadjikistan depuis 2013. Actuellement, trois prêtres argentins de l'Institut du Verbe Divin et 7 religieuses des Missionnaires de la Charité, de l'Institut des Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà sont en mission dans le pays.

Sera-t-il à nouveau possible de célébrer la messe en public ? Peut-être. En effet, mercredi dernier, le Tadjikistan a annoncé la réouverture le 1er février prochain de ses mosquées, fermées depuis neuf mois, compte-tenu de la «normalisation de la situation épidémiologique», a rapporté l'agence de presse gouvernementale Khovar. Selon les données officielles, le pays n’a officiellement enregistré qu’un peu plus d'une dizaine de nouveaux cas de coronavirus et aucun décès depuis le début de l'année.

Distribution de masques

Mais l’absence de messes ou des activités paroissiales n’a pas ralenti les œuvres de l’Église depuis l’apparition de la pandémie. La Caritas locale, active depuis 2004, a renforcé son service d’assistance aux sans-abris de la capitale, procédant à des distributions de masques de protection et de désinfectant pour les mains dès le printemps dernier, lorsque l’augmentation des cas de Covid-19 touchait en particulier les personnes les plus démunies. L’agence des œuvres pontificales missionnaires rapporte les données d’une enquête réalisée en avril dernier par l'Asian Development Bank selon laquelle 27,4% de la population vivraient en dessous du seuil de pauvreté.

Un autre projet lié à la prévention mais aussi au soin a été lancé en collaboration avec la Caritas du Luxembourg dans la petite ville de Qubodiyon, 6 000 habitants, et auprès des 12 000 détenus et gardiens du pénitencier du même district. Le personnel médical déjà présent sur place était appelé à coordonner les bénévoles dans ce travail de prévention pour limiter le nombre d’infections, en mettant à disposition de tous des informations certifiées et en accélérant les capacités de diagnostic et prises en charges thérapeutiques. L’antenne locale de la Caritas devait également fournir des appareillages spécialisés en vue du traitement des maladies respiratoires infectieuses mais aussi des moyens de protection individuels, des désinfectants, des moyens de ventilation des milieux hospitaliers, des thermomètres à distance et des médicaments.

Réinsertion des travailleurs rapatriés

Avec la pandémie, les frontières du Tadjikistan ont été fermées, ce qui a contraint les citoyens partis à l’étranger pour trouver du travail à se rapatrier, leur visa expirant. Selon le Central Asian Bureau for Analytical Reporting, cité par Fides, chaque année, environ un million de personnes s’expatrieraient, principalement en Russie. De retour dans le pays ou dans l’incapacité de partir, de nombreux travailleurs privent ainsi leurs familles de leur principale source de revenus, constituée par les flux de devises provenant de leurs parents immigrés.

Cette crise de l’emploi a poussé la Caritas à prendre de nouvelles mesures, en travaillant à la réinsertion des travailleurs rapatriés dans leur communauté. Il s’agit de les accompagner dans la recherche d'un emploi mais également dans leurs démarches administratives afin d’obtenir des financements. La Caritas offre parfois elle-même une première aide permettant la création d’une entreprise. Farhod Islomov est une des 15 personnes qui est parvenue à se refaire une vie dans son pays d’origine grâce à la Caritas. «Lorsqu'il est revenu d'Allemagne, il avait prévu de reprendre son commerce de détail d'habillement et accessoires. Au début, il a dû faire face à des coûts très lourds pour rapatrier et se réintégrer dans sa communauté. Avec la collaboration de la Caritas Internationalis et de la Caritas de Belgique, l'organisation caritative tadjike l'a soutenu en l'aidant à élaborer une feuille de route et à soutenir les dépenses initiales. Ainsi, il est parvenu à ouvrir son magasin au sein du marché central de Kulyab, sa ville natale», explique une note envoyée par la Caritas à Fides.

Une présence catholique dès les années 70

Ces engagements nouveaux viennent s’ajouter à d’autres œuvres mises en place par la Caritas: une assistance aux personnes handicapées ou l’amélioration d’un système d'adduction d'eau dans le district de Jomi, à l'ouest du pays. Le fruit d’une longue tradition d’entraide, puisque les premiers catholiques allemands, lituaniens ou ukrainiens déportés sur place par le régime soviétique dans les années 70, commencèrent à instaurer de petits groupes d’aide dès 1983.

La présence catholique locale fut structurée par saint Jean Paul II, qui institua la Missio sui iuris le 29 septembre 1997, rappelle dans ses dépêches l’agence d’information des Œuvres pontificales missionnaires. Elle souligne également qu’au Tadjikistan, la Constitution, approuvée en 1994 et révisée en 2003, reconnaît le droit à la liberté de conscience. Chaque citoyen a le droit de déterminer de manière indépendante sa relation à la religion et de professer tout credo, tant individuellement qu'en communauté. Cependant, note Fides, la «loi sur la religion» entrée en vigueur en 2009, a comporté des limitations dont par exemple l'obligation d'enregistrement des groupes de fidèles et l'interdiction d'éducation religieuse privée. 

23 janvier 2021, 11:45