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La Basilique des saints Côme et Damien, entre Nativité et Apocalypse

L’Avent à Rome: la Nativité dans les églises (2/4). Chaque vendredi de l’Avent, Vatican News propose une échappée de foi et beauté dans l’une des mille églises de Rome, à la découverte des représentations de la Nativité.

C’est l’une des plus anciennes et suggestives églises de Rome, située sur les Forums impériaux, à quelques pas du Colisée. La Basilique des saints Côme et Damien est fameuse pour sa somptueuse mosaïque absidale et son immense crèche napolitaine du XVIIIe siècle.

Manuella Affejee – À Rome, Italie

Cette fascinante basilique est le premier lieu de culte chrétien construit sur les Forums romains, centre névralgique de la vie sociale, économique, politique et religieuse de la Rome antique.

En l’an 526, quelques années après la chute de l’Empire romain d’Occident, la fille du roi Ostrogoth Théodoric cède au Pape Félix IV une partie de l’ancien temple bâti par l’empereur Maxence en l’honneur de son fils Romulus (IVe siècle), ainsi que la bibliotheca Pacis, construite sous le règne de Vespasien (Ier siècle). Les deux édifices, qui menaçaient ruine, fusionnent ainsi en une seule basilique dédiée aux martyrs Côme et Damien dont la sainte gémellité se substitue à celle, païenne, de Castor et Pollux, anciennement vénérés non loin de là.

Les saints jumeaux, Côme et Damien

Les frères jumeaux naissent en Arabie au IIIe siècle. Médecins tous deux, ils décident d’exercer leur art dans l’actuelle Turquie; Côme et Damien soignent aussi bien les hommes que les animaux mais n’acceptent aucune rétribution, ce qui leur vaut le surnom d’Anargyres (sans argent). Leur exemple édifiant attire de nombreuses personnes à la foi chrétienne qu’ils professent d’ailleurs ouvertement.

Durant les persécutions dioclétiennes, les jumeaux sont arrêtés et sommés de sacrifier à l’Empereur. Refusant d’abjurer le Christ, ils sont soumis à d’épouvantables tortures auxquelles ils demeurent pourtant insensibles. De guerre lasse, le proconsul romain les fait décapiter.

Saint Pierre et saint Côme
Saint Pierre et saint Côme

Précédé par la réputation de nombreux miracles et guérisons obtenus par leur intercession, le culte des deux martyrs se répand assez rapidement en Orient puis gagne l’Occident, où plusieurs de leurs reliques sont conservées après avoir été rapportées des Croisades; aujourd’hui encore, l’on célèbre Côme et Damien comme les saints patrons des médecins et pharmaciens.

La Basilique romaine qui leur est dédiée a subi divers réaménagements et reconstructions au cours des siècles (la plus importante eut lieu au XVIIe siècle, sous le pontificat du Pape Urbain VIII, lorsque son niveau fut rehaussé de sept mètres); son architecture composite, mêlant éléments antiques, médiévaux et baroques, en témoigne. Malgré tous ces changements, elle conserve la mosaïque originelle de l’abside qui reste l’un de ses principaux attraits.

Saint Paul et  saint Damien
Saint Paul et saint Damien

Une mosaïque aux accents apocalyptiques

Remarquable par la finesse de ses détails et l’éclat de ses couleurs, cette mosaïque de facture romaine -sans conteste l’une des plus belles de la Ville éternelle- date du VIe siècle.

Les yeux du spectateur sont aussitôt captivés par le personnage central: le Christ en majesté, vêtu d’or et apparaissant sur les nuées rougeoyantes du ciel, tenant dans sa main gauche un rouleau de la Loi qu’il est venu accomplir; de sa main gauche, il désigne un phénix, symbole de la résurrection et une étoile, emblème du paradis. L’intensité de son regard est accentuée par le nimbe, fait de minuscules tesselles dorées et bleues, autour de sa tête.

Le Fils de Dieu est entouré des deux colonnes de l’Église: Pierre et Paul, drapés dans des toges romaines. L’un et l’autre lui présentent Côme et Damien, portant la couronne de leur martyre; deux autres personnages les accompagnent: le Pape Félix IV, qui tient dans ses mains la maquette de la Basilique, ainsi que saint Théodore, représenté tel un officier de la cour byzantine. À leurs pieds, s’écoule le fleuve Jourdain.

En-dessous, dans une scène toute johannique, l’on peut voir une procession de douze agneaux placés de part et d’autre de l’Agneau de Dieu, élevé sur un tertre d’où jaillissent des fleuves d’eau vive, sa tête auréolée d’un nimbe argenté.

Le Christ en majesté (détail de la mosaïque)
Le Christ en majesté (détail de la mosaïque)

La Madonna della Salute

Au moment de la construction de la Basilique au VIe siècle, le culte à la Vierge Marie était déjà prégnant à Rome; trois magnifiques églises lui étaient consacrées: la Basilique de Sainte Marie Majeure, Santa Maria Antiqua et Santa Maria in Trastevere. Il n’est donc guère surprenant que le Pape Félix IV ait décidé de conférer à la Mère de Dieu une place de choix dans son église du Forum en la faisant représenter tout près de la mosaïque absidale. Les fidèles venaient la prier, ainsi que les saints thaumaturges, pour la guérison de leurs maladies et infirmités.

Plus tard, une autre icône fut amenée dans cette même Basilique; datée du XIIIe siècle, elle trône aujourd’hui au centre du maitre-autel. L’on y voit la Vierge Marie, enserrant contre elle le petit Jésus, et tenant de sa main gauche celle de son fils dans un geste d’inexprimable tendresse. On l’appelle «Madonna della Salute» ou «Madonna di San Gregorio» en référence à une vieille légende populaire impliquant le Pape Grégoire le Grand en personne. Alors qu’il n’était encore que moine, Grégoire avait coutume, dit-on, d’entrer dans la Basilique des saints Côme et Damien pour y saluer la Madonne. Une fois élu au Siège de Pierre et accablé par les soucis de sa charge, le temps lui manqua pour honorer cette habitude. Un jour qu’il passait devant la Basilique, perdu dans ses pensées, la Vierge Marie lui apparut et le sermonna avec douceur: «Grégoire, pourquoi ne plus me saluer comme tu l’as toujours fait?» Confondu par la maternelle remontrance, Grégoire se précipita alors dans l’église et supplia la Vierge Marie de lui pardonner. Il ne manqua plus jamais de rendre un hommage quotidien à la reine du Ciel.

La crèche napolitaine par excellence

La monumentale crèche installée dans le cloître de la Basilique est un chef-d’œuvre du genre. Élaborée au XVIIIe siècle, âge d’or de la Crèche napolitaine, elle fut offerte en 1939 au tiers-ordre régulier des franciscains, gardiens de la Basilique depuis le XVIe siècle, et fait depuis l’admiration de tous les visiteurs, du fait de ses proportions -6 mètres de haut, 3,50 de profondeur et 4 de hauteur-, de la richesse de ses décors et de ses personnages (une centaine environ).

Les santons, hommes et animaux, sont en bois sculpté ou en terre cuite et leurs vêtements sont taillés sur mesure; l’on reste frappé par l’expressivité des visages, le raffinement de la scénographie et la méticulosité du détail.

Le décentrement de la grotte de la Nativité par rapport au reste du décor suggère que la venue au monde du Fils de Dieu s’est faite en marge des intérêts des hommes. L’étable se situe dans ce qui semble être un temple romain en ruine, symbole d’un paganisme déclinant face à l’émergence d’une aurore nouvelle, annoncée par le petit Enfant de Bethléem et glorifiée par les anges.

Tout autour se déploie un monde affairé que l’on devine saisi dans son quotidien par l’événement miraculeux en cours. Au milieu de ce tourbillon de vie, le fils de Dieu se fait homme parmi les hommes, dans le silence d'une pauvre étable. Voilà toute la beauté du mystère de l’Incarnation. 

Détail de la crèche napolitaine
Détail de la crèche napolitaine

(Photos: Amando Trujillo Cano, Basilica dei santi Cosma e Damiano)

11 décembre 2020, 10:00