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Élection de Fra’ Marco Luzzago comme Lieutenant du Grand Maître de l’Ordre souverain de Malte, le 8 novembre 2020. Élection de Fra’ Marco Luzzago comme Lieutenant du Grand Maître de l’Ordre souverain de Malte, le 8 novembre 2020.  (ANSA)

Ordre de Malte: «Son avenir n’existe que s’il reste un ordre religieux»

L’Ordre de Malte est engagé sur la voie de la réforme. Le principal défi est l’évolution de sa Charte constitutionnelle. Les explications de Dominique de La Rochefoucauld-Montbel, Grand Hospitalier de l’Ordre souverain de Malte.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

L’Ordre souverain de Malte poursuit son processus de réforme, trois ans après avoir été traversé par une profonde crise interne. Il s’agit avant tout de réformer la Charte constitutionnelle et le Code de l’Ordre. Cette mission avait été portée par Fra’ Giacomo Dalla Torre del Tempio di Sanguinetto, 80e Grand Maître de l’Ordre, décédé le 20 avril 2020. Fra’ Marco Luzzago lui succède, en tant que Lieutenant du Grand Maître de l’Ordre souverain de Malte.

Il a été élu le 8 novembre dernier pour une durée d’un an, une période au terme de laquelle il convoquera le corps électoral. Lors de sa prestation de serment, qui s’est tenue devant le futur cardinal italien, Mgr Silvano Maria Tomasi, le délégué spécial du Pape, Fra’ Marco Luzzago a assuré de son «engagement maximal pour faire face aux défis» de ces prochains mois.

Dominique de La Rochefoucauld-Montbel, Grand Hospitalier de l’Ordre souverain de Malte, souligne la volonté de l’Ordre de poursuivre la réforme qui concerne en particulier le statut des religieux. Il s’agit pour l’Ordre de Malte d’être en adéquation avec le Code de droit canonique de 1983 dans ses textes et articles de la Constitution et du Code, afin de poursuivre pleinement sa mission originelle hospitalière.

Entretien avec Dominique de La Rochefoucauld-Montbel, Grand Hospitalier de l’Ordre souverain de Malte.

ll est évident que cette réforme, qui a été initiée il y a trois ans, entre dans sa phase finale, et nous espérons que rapidement, avec le Saint-Siège, nous pourrons nous retrouver à 100 % investi dans notre mission originelle qui est de servir les pauvres et les malades. Le Saint-Père avait rappelé en 2017 que la réforme concernait plus spécialement la Première Classe (Profès), c’est-à-dire, des membres religieux. L’Ordre de Malte est un ordre religieux, et son avenir n’existe que s’il reste un ordre religieux. C’est le souhait du Saint-Siège, le souhait de l’Ordre de Malte. 

Quel est votre agenda et comment comprendre cette réforme ?

Nos différents groupes de travail vont certainement se rencontrer rapidement, c'est le souhait qui a été émis notamment par Mgr Tomasi, le nouveau délégué spécial du Saint-Père. ll y aura certainement un chapitre général pour approuver la réforme. Cette dernière sera approuvée par tous les membres de l'Ordre, et notamment par les religieux. Sans l’accord des religieux, il n’y a pas de réforme possible. C’est donc une adaptation, comme cela avait été le cas dans les années 1960 avec la dernière grande réforme de la Constitution qui avait pour but d'être en adéquation avec le droit canon de 1917. Aujourd’hui, il s’agit d’être en adéquation avec le droit canonique de 1983 dans la mesure où l’Ordre (à l’époque) n’avait pas réadapté ses textes, ses articles de la Constitution et du Code. Fra’ Marco Luzzago a été élu Lieutenant du Grand Maître de l’Ordre souverain de Malte pour un an. Il a un agenda chargé mais je suis persuadé qu’avec l’aide du délégué spécial du Pape et du travail des uns et des autres, il pourra répondre à cet agenda avec succès.

 

Dans quel état d'esprit l'Ordre de Malte se prépare-t-il à affronter ses grandes questions ?

Dans un excellent état d’esprit. Il y a parfois, bien sûr, des difficultés, et il peut y avoir des avis qui divergent mais je crois que l’état d’esprit reflète avant tout une recherche du consensus. Poursuivre notre mission, revenir, comme l’avait rappelé le saint-Père, à notre mission originelle hospitalière, c’est-à-dire, le service auprès des pauvres et des malades, un point qui ne peut être qu’unificateur. Cette mission est d’autant plus prégnante qu’aujourd’hui, en raison de la pandémie de Covid-19, de nouvelles pauvretés apparaissent. Beaucoup se sont investis pour répondre aux nouvelles détresses que nous rencontrons.

Après une période troublée, peut-on considérer que l'Ordre de Malte est à une période charnière de son histoire ?

L’Ordre de Malte a toujours connu des moments difficiles. Il y a eu la perte de la Terre Sainte, la perte de l'île de Rhodes, le déménagement forcé de l'île de Malte, l’errance jusqu'en 1834. Je crois qu’il y a eu là des périodes durant lesquelles on pouvait véritablement craindre la disparition de cet ordre religieux. L’histoire de l’Ordre de Malte est marquée par les différentes réformes à partir de 1879, puis la réforme de 1961, toujours avec le soutien du Saint-Siège, et aujourd’hui, 60 ans après, nous sommes face à une nouvelle réforme qui concerne surtout le statut des religieux. Il y a, comme dans tout État, un travail à faire pour s’adapter au monde d’aujourd’hui. Mais le plus important réside dans la dynamique enclenchée et la réelle volonté de l’Ordre d’avancer vers cette réforme afin de nous consacrer à 100 % à notre mission originelle, à nos responsabilités en tant que voix de l’Église et pour que nous puissions, avec beaucoup de sérénité, nous retrouver l’année prochaine pour un conseil complet d’État.  

16 novembre 2020, 14:05