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Stéphane Bern, Notre-Dame: «Les pierres rappellent les moments essentiels de l'Histoire»

C'est une première, et elle paraît mercredi 4 novembre: une bande dessinée, publiée aux éditions Glénat, raconte heure par heure le drame de l'incendie du 15 avril 2019. Stéphane Bern en signe la préface. Entretien.

Marine Henriot – Cité du Vatican

Signé Yvon Berterello, Arnaud Delalande et Cédric Fernandez, l'album «Notre-Dame de Paris, la nuit du feu» illustre avec un trait de crayon très réaliste le dramatique incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, survenu le 15 avril 2019. Une bande dessinée qui parle de flammes, mais également de courage, de pompiers et de la foi de ses bâtisseurs. Passionné du patrimoine et de la cathédrale, l'animateur et écrivain Stéphane Bern est ravi de participer à ce projet, dont il signe la préface, d'autant plus que pour que chaque album acheté, un euro est reversé à la fondation Notre-Dame, pour en financer la restauration. Entretien. 

Qu'est ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Quand Yvon Bertorello et ses camarades, à la fois scénaristes et dessinateurs, m’ont proposé une bande dessinée sur Notre-Dame de Paris, ce qui m’a touché c’était l’hommage qui est rendu aux pompiers, parce que j’ai beaucoup discuté avec les pompiers. Quelques temps après, j’ai participé à l’anniversaire de la Libération de Paris où j’ai lu l’engagement, la promesse, que font les pompiers chaque année. Cela m’a beaucoup touché, ce que les pompiers ont fait cette nuit-là, pour sauver ce qui pouvait encore l’être de Notre-Dame de Paris. Comme des millions de gens en France et partout dans le monde, j’ai été bouleversé par cet incendie. Ce n’est pas seulement la cathédrale de la France, c’est aussi un livre d’histoire, évidemment un sanctuaire religieux de première importance, mais c’est aussi notre mémoire collective.

Nous avons été profondément blessés, meurtris, par cet incendie. J’avais l’impression que c’était un pan de nous-mêmes qui partait en fumée, et cela me désespérait. Donc je me suis demandé, comment participer à la reconstruction de Notre-Dame? Comment faire un geste, moins héroïque que celui des pompiers, moins héroïque que ceux qui tous les jours sauvent des vies, mais qui modestement peut contribuer à la restauration de Notre-Dame, et j’ai tout de suite répondu à la demande des éditions Glénat et de mes camarades, puisque ce sont eux qui ont fait tout le travail, les scénaristes et les dessinateurs. Moi j’ai participé avec cette préface, pour dire à quel point c’était important de contribuer, même un tout petit peu, à Notre-Dame. C’est un projet collectif, engagé, une partie des bénéfices évidemment va à la restauration.

On vous a vu très ému le soir de la catastrophe, vous suivez de près les travaux; où en est-on actuellement? 

Je crois que dans quelques semaines, l’échafaudage qui avait fondu aura totalement disparu, il y a d’ailleurs maintenant un parapluie qui protège Notre-Dame, et on va pouvoir sécuriser l’édifice et s’activer pour les travaux de restauration. Ce qui me fait très plaisir, c’est de voir que le chef de l’Etat a pris la décision la plus sage qui s’imposait: le choix de restaurer Notre-Dame à l’identique. Ce n’est pas un choix uniquement esthétique… Il y a évidemment les tenants de la tradition, qui veulent que nous revoyons Notre-Dame de Paris comme elle a toujours été, et après tout, les gens ont payé pour cela, mais au delà de ça, c’est également respecter les accords de Venise de 1963, qui indiquent que l’on doit restaurer dans le dernier état de classement connu. Et Notre-Dame de Paris, désolé pour les progressistes les plus effrenés, a été classée avec sa flèche Viollet-le-Duc.

Ce choix est donc à la fois pour respecter les règles, pourquoi l’Etat s’affranchirait-il des règles qu’il nous impose à nous autres, ou dépositaire ou propriétaire de patrimoine historique?  D’autre part, c’est aussi pour aller plus vite. Si l’on veut qu’en 2024 Notre-Dame de Paris soit accessible, il faut refaire la charpente en bois, c’est en même temps un matériau qui bouge, qui vit, autant que la pierre, et donc qui s’harmonise. Les pierres ont souffert, il faut que le bois puisse s’aligner; s'harmoniser avec la pierre qui a souffert avec l’incendie. 

Comment peut-on imaginer l’âme, le cœur, de Notre-Dame une fois réparé? 

L’âme de Notre-Dame est au coeur de chacun d’entre nous. Ce qui est assez fascinant, presque miraculeux, c’est lorsque vous vous promenez au bord de la Seine, à part la flèche et le toit, Notre-Dame est là, les deux tours, le portail, les arcs-boutants, les pinacles… Notre-Dame est toujours là, elle a survécu. D’une certaine manière, je ne dis pas qu’elle est sauvée, mais elle a échappé au pire, elle aurait pu être totalement détruite et emportée par les flammes, mais non. Seule une partie de la toiture, de la voûte, de la charpente, et la flèche ont disparu; nous pouvons les restaurer.

Comme chacun d’entre nous, j’ai soif de sacré, d’idéal, et je veux croire que c’est un avertissement qu’on nous envoie. J’essaie toujours de donner du sens aux choses, et j’ai pris cet incendie comme un avertissement, sur l’arrogance de notre modernité, sur le fait que l’on se croit au-dessus des lois, au-dessus de tout, que l’homme est devenu un loup pour l’homme, un monstre en quelque sorte, et que peut-être nous devons regarder les choses avec plus d’humilité, plus de simplicité. Vous savez ce qui nous a frappé le plus avec Notre-Dame, c’est que nous pensions qu’elle était là pour toujours, que nous n’étions que de pauvres mortels qui passions, et qu'elle était là pour toujours. Mais elle a failli disparaître, c’est une inversion en quelque sorte.

À la suite de cet incendie, la crise du coronavirus qui frappe le monde entier, et je crois que l’on a oublié que l’être humain était mortel, je pense que cela doit nous ramener à plus d’humilité. de simplicité, de sagesse aussi… Les vanités de ce monde passent, mais nous devons nous préoccuper de l’essentiel, pour moi l’essentiel je vais vous le dire très sincèrement, c’est que justement, la mémoire de notre peuple, la mémoire de la France dont les fondations sont chrétiennes, cette mémoire doit toujours vivre. Elle vit peut-être toujours au fond de nous, des coeurs de chacun, même si nous faisons mine de nous en détacher; mais je crois qu’il faut restaurer cette âme là.

Une reconstruction qui est peut-être d’autant plus importante et symbolique, dans cette période trouble où justement nous avons besoin de constance, de continuité, comme les pierres de Notre-Dame?

Les pierres sont là pour nous rappeler les moments essentiels de notre histoire, qu’on ne doit pas oublier. Je crois que cela est quelque chose de très tangible, quand les langues se taisent car nous apprenons plus l’histoire, les pierres parlent encore. Les pierres de Notre-Dame nous raconte notre histoire, d’où nous venons, qui nous sommes, je crains qu’un peuple qui oublie d’où il vient, ne peut pas savoir où il va, en tout cas il fonce dans le mur.

Je crois qu’il est urgent, dans ces périodes d’incertitudes, où l’on se cherche à tâtons, dans l’obscurité, pour savoir quel est notre avenir, je pense qu’il faut de temps en temps regarder dans le rétroviseur. Il ne faut pas faire que cela, mais il faut aussi le faire, pour se souvenir de qui nous sommes, d'où nous venons; et toujours avec cette humilité. je nous invite, et moi le premier, à nous sentir tout petit devant la grandeur de notre histoire et de ne pas penser que la modernité doit nous offrir cet arrogance trop souvent entendue, vue et lue partout.

Pour moi, Notre-Dame est un avertissement, j’y ai donné beaucoup de larmes, je pense toujours à ce que m’a dit Mgr Patrick Chauvet [ndlr, recteur-archiprêtre de la cathédrale] quelques jours après: «Nous avons beaucoup pleuré, et maintenant il faut qu’on travaille». Effectivement, après les larmes vient le moment où l’on se retrousse les manches, l'on se met au travail, et chacun à sa manière, doit contribuer à restaurer Notre-Dame.

Ce qui m’a le plus touché, ce ne sont pas tellement les chèques des grands donateurs, mais de penser que, pour la première fois dans l’histoire de France, 300 000 personnes ont donné presque dix euros. J’étais très touché car certains m’ont envoyé l’argent à moi, Mgr Benoist de Sinety m’a fait transmettre des lettres disant que certains envoyaient l’argent «à Stéphane Bern, car on sait qu’il ne va pas voler cet argent». C’est très touchant… Rassurez-vous, j’ai renvoyé les chèques moi-même pour compenser ce qui était envoyé, mais cela m’a beaucoup touché, de voir que les gens très modestes ont donné tout autant que les gens très riches. 

 

Entretien avec Stéphane Bern
05 novembre 2020, 09:00