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Le Premier ministre Abiy Ahmed annonce à la télévision le lancement d'une opération militaire dans le Tigré Le Premier ministre Abiy Ahmed annonce à la télévision le lancement d'une opération militaire dans le Tigré  (AFP)

Éthiopie: les évêques appellent à une solution pacifique entre Addis Abeba et le Tigré

C’est un appel pressant que lancent les évêques catholiques aux autorités d’Addis Abeba et de celles de la région dissidente du Tigré. Après des semaines de conflit larvé, le Premier ministre éthiopien a lancé une offensive militaire dans cette région du Nord. Son pays, dit-il, est désormais «en guerre».

Les relations entre Addis Abeba et Macallé, la capitale de la région du Tigré, sont tendues depuis l’investiture du Premier ministre en avril 2018 ; car après son élection au poste de Premier ministre, Abiy Ahmed, homme politique d’ethnie oromo, s’est attaché à écarter les principaux dignitaires du TPLF qui occupaient jusqu’alors de hautes fonctions dans l’administration ou l’armée. Il faut dire que ce parti -ancien groupe rebelle né en 1975 contre la junte militaire qui gouvernait le pays à l’époque- était au pouvoir depuis une trentaine d’années. C’est sous son action que s’est forgée l’Éthiopie dite «ethno-fédérale».

Ces relations orageuses se sont rapidement détériorées ces dernières semaines ; ainsi en août, le gouvernement de Macallé a organisé des élections régionales outrepassant le refus d’Addis Abeba qui avait décidé de les reporter à cause de la pandémie de Covid-19. Plusieurs accrochages ont ensuite opposé l’armée éthiopienne aux forces du TPLF retranchées dans leur région historique du Tigré. L’attaque d’une base militaire fédérale, dans la nuit de mardi à mercredi, imputée aux TPLF, a conduit Abiy Ahmed à déclarer l’état d’urgence et à lancer une opération militaire.

Ne pas sous-estimer le conflit en cours

Les interventions des chefs religieux pour arrêter l'escalade n'ont servi à rien, comme en témoigne la déclaration signée par le cardinal Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d'Addis-Abeba, qui a mis en garde contre les conséquences d'un nouveau conflit armé dans le pays, sorti en l’an 2000 d'une guerre sanglante avec l'Érythrée voisine : «Si les frères s'entretuent, l'Éthiopie n'y gagnera rien, elle sera condamnée à l'échec et cela ne profitera à personne», peut-on lire dans cette déclaration citée par l'agence Aciafrica. De là, l'appel lancé aux Éthiopiens de «ne pas sous-estimer le conflit en cours» de «contribuer à la cause de la réconciliation, de renforcer l'unité et d'assurer la paix et la sécurité».

«La priorité de notre pays est de défendre l'État de droit», ont souligné les évêques, ajoutant que «le gouvernement a la responsabilité de veiller à ce que toutes les mesures soient prises pour que la vie des citoyens et du pays ne soit pas mise en danger». La condamnation des récents attaques qui ont fait plusieurs victimes est également ferme: «aucune raison ou objectif ne peut justifier un bain de sang», affirment les évêques. Enfin, les catholiques sont appelés à suivre de près la situation dans le pays et à prier avec les fidèles de toutes les autres religions pour la paix et la réconciliation.

Un nouveau conflit armé en Éthiopie risquerait de compromettre l'équilibre déjà précaire de la région, déjà marquée par une instabilité persistante, notamment en Somalie et au Soudan du Sud voisins. La consolidation du processus de paix initié avec l’ancien ennemi érythréen -et pour lequel Ahmed a obtenu le prix Nobel de la paix en 2019-, reste également un enjeu majeur.

Vatican News Service-LZ

06 novembre 2020, 16:44