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L'Économie de François à Assise en Italie, du 19 au 21 novembre 2020. L'Économie de François à Assise en Italie, du 19 au 21 novembre 2020. 

L'Économie de François: la jeune génération investie d’une mission

2 000 jeunes de 25 pays connectés à Assise réfléchissent pendant trois jours aux manières d’inventer une nouvelle économie, qui soit désaxée du seul profit, centrée sur l’humain et la planète. Désarroi face aux carences actuelles, espérances, passage aux actes; deux d’entre eux témoignent de leur engagement quotidien en faveur du soin de la Terre et du prochain.

Delphine Allaire – Cité du Vatican  

«Une vie digne et correcte pour chacun». C’est ce qui anime profondément Danielle Monsef-Abboud, Libanaise de 25 ans, participante à la rencontre. Cette ingénieure agronome spécialisée en gestion et traitement des eaux, déchets et sols, a fait sien le combat pour un accès équitable à l’eau partout dans le monde.

Travaillant sur cette question pour le compte de la fondation d’un grand groupe français, elle se dit très réceptive à l’esprit Laudato Si, et s’appuie sur ce texte pour irriguer de sens son métier. «Nous savons que l’eau est une ressource limitée et indispensable, et y avoir accès est un droit fondamental qui conditionne l’exercice des autres droits humains», écrit par exemple le Pape François dans l’encyclique pour la sauvegarde de la Maison Commune citée par la jeune ingénieure.

La tangible volonté d’œuvrer pour l’équité

Originaire d’un pays où l’accès à l’eau «a été volé par les pays voisins», Danielle Monsef-Abboud se sent investie d’une mission pour corriger ces inégalités. «Je veux aider scientifiquement et humainement», dit-elle, et cela «sans vouloir attendre la fin de la crise sanitaire ou économique» pour agir. Outre les problématiques liées à l’eau, la jeune femme est sensible aux différences salariales entre femmes et hommes. Lors des travaux préliminaires à l’Économie de François, faisant partie du ‘’village thématique’ sur les femmes pour l’économie, elle a proposé avec sept autres jeunes, une start-up délivrant un label aux entreprises désireuses de gommer ces différences de salaires selon le sexe. Du Brésil à la Bosnie en passant par l’Inde et l’Italie, des échanges interculturels et interdisciplinaires très appréciés par la jeune femme pour «la richesse de leurs perspectives».

Témoignage de Danielle Monsef-Abboud, jeune participante

«L’âme d’une économie locale»

Également soucieux de construire à son échelle l’économie de demain, Clément Puech, 34 ans, en reconversion professionnelle depuis sa prise de conscience aigüe des enjeux climatiques et sociaux du monde contemporain. «C’était il y a un an et demi, au moment où le Pape annonçait l’événement ‘’Économie de François’’», confie-t-il. Un alignement des planètes qui pousse cette ancien chef d’équipe dans le réseau électrique à vouloir se réorienter dans l’agro-écologie et la relocalisation de la production. Le besoin de faire un «pas de côté». 

 

Pour Clément, il y a urgence à réinsuffler du lien et du local dans les échanges, car, à son avis, «une économie dotée d’une âme ne peut qu’être locale». «Nous courons à notre perte en termes de climat, de biodiversité, de lien social; les guerres de l’eau, du pétrole promettent des décennies difficiles à venir. Il va falloir être inventif, se serrer les coudes, développer un nouveau modèle, et non la compétitivité économique, le profit, la jouissance instantanée», observe-t-il, inquiet, espérant «qu’il ne soit pas trop tard».  

Ralentir la technicisation accélérée

Selon lui, des événements comme l’Économie de François invitent surtout à l’humilité: «Chacun a son cheminement individuel qui l’amène à être là», pointe-t-il, saluant une prise de conscience, somme toute, assez généralisée. Il ne nie pas toute la difficulté de cette lucidité. La nouvelle génération doit faire «un deuil des représentations et espérances suscités par les progrès technique et économique. Une fois que ce deuil est fait, l’on peut passer à l’action», déduit-il. Tout en admettant réserver une place à «la surprise» et «au dessein de Dieu», car tout cela, s’inscrit «dans une continuité qui nous dépasse».

Témoignage de Clément Puech, jeune participant

 

21 novembre 2020, 09:42