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Le camp de Moria incendié à Lesbos, le 9 septembre 2020. Le camp de Moria incendié à Lesbos, le 9 septembre 2020.  (AFP or licensors)

Le cardinal Hollerich réagit à l'incendie du camp de migrants à Lesbos

Le cardinal Jean-Claude Hollerich est consterné par le grand incendie qui s'est déclaré dans le camp de réfugiés de Moria, sur l'île grecque de Lesbos. Dans une interview à Radio Vatican, l'archevêque de Luxembourg, président de la COMECE, a appelé les pays riches d'Europe à assumer enfin leur responsabilité envers les réfugiés.

Gudrun Sailer – Cité du Vatican

Le camp de réfugiés sur l'île grecque de Lesbos, que le Pape François a visité en 2016, a largement brûlé dans la nuit de mercredi à mercredi. La cause n'est pas encore claire; l'incendie est maîtrisé dès le lendemain. Selon le cardinal Hollerich, la catastrophe a des répercussions sur l'Europe.

«Je crois que ce qui brûle ou a brûlé là-bas n'est pas seulement le camp de Moria, le camp de réfugiés. L'espoir du peuple a brûlé. L'humanité de l'Europe, la tradition de l'humanisme, du christianisme, n'est plus là non plus. Déjà, lorsque j'ai visité le camp avec le cardinal Krajewski au nom du Saint-Père et que nous avons parlé aux gens, nous avons remarqué qu'ils n'avaient plus d'espoir. Ils ont perdu tout espoir, ils sont désespérés, ils ne savent pas quoi faire. Le feu lui-même me semble être une expression de tout ce désespoir», s’attriste le cardinal.

Les effets d’annonce ne suffisent plus

Le cardinal Hollerich a déclaré qu'en tant que président de la Comece, il était reconnaissant que l'Union européenne ait déjà exprimé son opinion sur l'incendie dramatique du camp de réfugiés et assuré le gouvernement grec de son aide aux personnes touchées, par exemple sous la forme d'une réinstallation.

«Mais je crois que cela ne suffit plus, s’alarme le cardinal Hollerich. Nous devons accepter notre responsabilité en tant qu'êtres humains. Cela signifie que tous les pays qui ont promis d'accueillir des enfants et des personnes malades ne devraient pas toujours reporter cela pour quelque raison que ce soit. Au lieu de cela, ils devraient enfin le faire maintenant. Je crois aussi que l'Église doit agir. Sant'Egidio est très présent, et ils ont déjà fait passer de nombreuses personnes par les couloirs humanitaires, notamment en Italie. Et si la pauvre Italie peut encore accueillir tous ces gens, je ne comprends pas pourquoi les pays moins touchés par la crise de la couronne ne peuvent pas aussi apporter leur contribution», souligne-t-il.

L'Europe est menacée de perdre son humanité

Si l'Europe ne se dépêche pas, la situation des réfugiés aux frontières de l'Europe va encore empirer, s’inquiète le cardinal Hollerich. «Je pense que de nombreux gouvernements écoutent la droite radicale qui ne veut pas de réfugiés», a-t-il déclaré. «Cela conduit l'Europe à l'inhumanité, nous perdons notre sens de l'humanité», déplore-t-il. Les diocèses d'Europe ainsi que le sien ont perdu beaucoup d'argent à cause de la crise du coronavirus, a admis le cardinal. Mais le partage au sens chrétien du terme signifie aussi le partage quand on est pauvre.

Le cardinal Hollerich lui-même avait visité le camp en 2019 et avait ensuite reçu deux familles de réfugiés dans son archevêché au Luxembourg. «Je peux vous dire la joie que j'éprouve lorsque je rends visite à ces deux familles», a déclaré le cardinal. «Les gens sont tellement heureux d'avoir une vie normale. Les enfants, qui n'ont jamais eu la chance d'aller à l'école, apprennent l'alphabet en ce moment même. Ils ont l'espoir de vivre. Il faut donner de l'espoir à ces gens», martèle-t-il.

09 septembre 2020, 13:58