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Évêques vénézuéliens avec, en fond, une effigie de José Gregorio Hernández Cisneros Évêques vénézuéliens avec, en fond, une effigie de José Gregorio Hernández Cisneros 

L’exhortation pastorale des évêques vénézuéliens : « le peuple veut la démocratie »

Le texte, fruit de la 114e assemblée plénière de la conférence épiscopale, a été présenté par son secrétaire général, Mgr José Trinitad Fernandez lors d’une conférence de presse en ligne. L’épiscopat vénézuélien y insiste sur les aspirations démocratiques du peuple et appelle de nouveau à des élections libres et impartiales.

Le texte, qui s’ouvre sur un verset du Deutéronome -«Dieu est avec vous ; il ne vous quittera pas et il ne vous abandonnera pas» (31, 6)-, brosse un sombre tableau du pays. «Nous vivons plongés dans un chaos généralisé à tous les niveaux de la vie sociale et personnelle», écrivent avec amertume les évêques, constatant et déplorant «l'absence de services publics de base, une action politique détachée du bien commun et du développement,  l'insécurité, la vulnérabilité de la vie familiale, l'inflation et la paralysie des institutions». S’ajoute à tout cela la pandémie de Covid-19, qui a aggravé la crise existante et mis en évidence à la fois «la faiblesse du système de santé, le drame des migrants qui retournent au pays, sans ressources et sans perspective de vie sûre, l'appauvrissement de la population menacée par la faim, l'augmentation alarmante du chômage», alors que «les institutions ne répondent pas aux violations des droits de l'homme».

Un «gouvernement totalitaire»

L'aspiration à la démocratie est donc très présente chez les Vénézuéliens. Et c'est pourquoi la CEV (conférence épiscopale du Venezuela) appelle à des «élections libres et impartiales», au lieu d'un «régime plus soucieux de rester au pouvoir que du bien-être du peuple». «Nous dénonçons comme immorale toute manœuvre qui fait obstacle à la solution sociale et politique des vrais problèmes», lit-on encore dans l'exhortation qui pointe du doigt un «gouvernement totalitaire» dans lequel «l'opposition est persécutée comme jamais auparavant». «Nous demandons une fois de plus, insistent les évêques, des élections vraiment libres et démocratiques», sous la bannière de la «transparence» pour «établir un nouveau gouvernement de changement et d'inclusion nationale qui nous permettra de construire le pays que nous voulons tous». «Nous ne pouvons pas rester sans rien faire», poursuit l'Église de Caracas, en demandant instamment que la priorité soit donnée à «la qualité de la vie et la survie du peuple», car celui-ci «meurt et devient chaque jour plus désespéré». D'autre part, c'est aussi «la mission» que les évêques assument en tant que pasteurs, c'est-à-dire «défendre le peuple, en particulier les pauvres et les nécessiteux, en offrant des motivations basées sur la foi qui donnent de l'espérance à tous».

Remerciements au personnel de santé

La CEV exprime également son appréciation et sa gratitude pour les nombreuses initiatives d'assistance sociale menées en temps de pandémie : «les curés, les Caritas paroissiales et les mouvements religieux, même non catholiques ont tous apporté leur contribution», devenant ainsi «une lumière au milieu des ténèbres». «Nous remercions les travailleurs de la santé pour le dévouement, le sacrifice et l'amour dont ils font preuve dans l'exercice de leur service professionnel - indique le document - et nous exhortons les autorités sanitaires compétentes à fournir au personnel médical tous les outils, équipements et vêtements nécessaires pour exercer sa profession en toute sécurité, dans le but de sauver des vies».

Forts donc de l'espérance qui «repose uniquement et exclusivement sur Dieu et sa Parole», les évêques exhortent leurs fidèles à croire encore plus, car «là où il semble n'y avoir aucune solution, les surprises de Dieu peuvent apparaître de la manière la plus inattendue». D'où l'invitation aux chrétiens, «appelés à reconstruire la réalité vénézuélienne, en l'imprégnant de la prière et de la force transformatrice de l'Evangile». De manière particulière, les prélats exhortent les fidèles à «renouveler l'option préférentielle pour les pauvres», en impliquant tous les secteurs de la société.

Pour une politique tournée vers le bien commun

Un autre appel est lancé au monde politique pour qu'il «s'efforce de servir le bien commun». Les hommes politiques catholiques, surtout, «guidés par la doctrine sociale de l'Église», sont invités à «diriger et à travailler pour un changement radical de la situation du pays», non pas sur la base d'intérêts personnels, mais au nom du bien commun et du service du peuple. Quant aux responsables de la justice, il leur est recommandé «d'être véritablement efficaces dans la défense des droits de l'Homme des citoyens», en garantissant véritablement leur sécurité. «Nous rejetons la torture, condamnée par toutes les conventions internationales, et nous demandons son élimination totale», déclarent les évêques, qui se joignent ensuite au cri lancé par les Vénézuéliens aux organisations internationales : «Ne nous laissez pas seuls».

Enfin, comme elle l'a fait le mois dernier, la CEV exprime sa joie pour l'annonce de la prochaine béatification de José Gregorio Hernández Cisneros, dit «le docteur des pauvres», autorisée par le Pape François le 19 juin. Une nouvelle que les prélats interprètent comme «un nouveau geste d'amour et de miséricorde de la part de Dieu le Père». L'exhortation pastorale se termine par l'invocation de Notre-Dame de Coromoto, patronne du Venezuela, afin qu'elle obtienne pour le peuple «la grâce d'être constructeur de justice, de paix, de liberté et d'amour».

11 juillet 2020, 14:54