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La parole des évêques a été présentée à l'occasion du 75ème anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau La parole des évêques a été présentée à l'occasion du 75ème anniversaire de la libération du camp de concentration de Dachau  (ANSA)

2e Guerre mondiale : l'Église allemande reconnait ses torts

75 ans après la fin de la guerre, les évêques catholiques allemands ont admis la complicité historique de leurs prédécesseurs dans la Seconde Guerre mondiale. «En ne prononçant pas un "non" clair à la guerre, mais plutôt en renforçant la volonté de persévérer, les évêques se sont rendus complices de la guerre», indique un document présenté mercredi.

Gudrun Sailer – Cité du Vatican

Le communiqué «évêques allemands dans la guerre mondiale» a été présenté mercredi 29 avril lors d'une conférence de presse vidéo. De nombreux aspects du thème «L'Église dans le national-socialisme» sont bien éclairés aujourd'hui, mais on en sait trop peu sur l'attitude des évêques catholiques face à la guerre, a expliqué le président de la conférence des évêques Mgr Georg Bätzing : «À cet égard, il y a - comme beaucoup le disent - un "trou de mémoire", probablement aussi un "trou de confession"». Il n'est pas facile de l'accepter, «car nous savons que le rôle de juge par rapport à nos prédécesseurs ne nous convient pas bien», a déclaré M. Bätzing. «Aucune génération n'est exempte de jugements et de préjugés liés au temps. Néanmoins, ceux qui nous succèdent doivent affronter l'histoire afin d'en tirer les leçons pour le présent et l'avenir».

Évolution au cours du conflit

Le point de vue de nombreux évêques allemands a changé au cours de la guerre, a déclaré l'évêque Heiner Wilmer de Hildesheim, qui, en tant que président de la commission allemande Justice et Paix, était responsable du document. Cependant, les évêques avaient tenu compte de la souffrance de leur propre peuple lors de l'évaluation des événements : «La souffrance des autres n'a pas été suffisamment prise en compte». En somme, il y a «une image d'enchevêtrement». En particulier, les évêques n'avaient pas soutenu les soldats dans des conflits de conscience justifiés.  Mgr Wilmer a ainsi parlé d'un «comportement ambivalent et partiellement problématique des évêques» et a cité le document :

«En fin de compte, les évêques n'ont trouvé aucun moyen de sortir de la tension qui résultait de l'idée commune de l'obligation patriotique dans la guerre, de la légitimité de l'autorité de l'État, des devoirs d'obéissance qui en résultaient et des crimes évidents. Les normes chrétiennes pour la classification de la guerre ne tenaient évidemment plus. Ainsi, la vue pour les questions des propres soldats et la souffrance des autres restait bloquée».

«Les déclarations des évêques, avec toutes les nuances dues aux personnalités respectives, ont échoué en raison de la réalité de la violence criminelle. Ils sont restés axés sur le changement (illusoire) de comportement des dirigeants politiques, sur le respect des accords juridiques ainsi que sur l'accomplissement vertueux des devoirs des personnes dirigées, donc, dans une certaine mesure, sur une vie juste dans le tort (Adorno). Cela n'a pas rendu justice aux diaboliques enchevêtrements dans les crimes et aux difficultés qui en résultent. De plus, en ne prononçant pas un "non" sans équivoque à la guerre, mais plutôt en renforçant la volonté de persévérer, les évêques se sont rendus complices de la guerre.»

Sept facteurs ont façonné l'opinion des évêques

Le document identifie un total de sept facteurs qui ont influencé le comportement et l'évaluation de la guerre par les évêques, y compris les enseignements traditionnels sur la «guerre juste» et la légitimité de l'autorité de l'État. Mais le rejet fondamental du communisme par l’Église ainsi que la faiblesse institutionnelle de la Conférence épiscopale et son blocus interne ont également joué un rôle, explique le document.

L'attitude des évêques catholiques à l'égard du meurtre systématique des juifs lors de l'Holocauste n'est pas au centre du nouveau document. Cela ne signifie pas pour autant que cette question n'est pas importante, ont expliqué Mgr Bätzing et Mgr Wilmer. Mais le document se concentre sur la «question étroite : comment les évêques allemands ont-ils réagi à la guerre, non pas individuellement, mais en tant que conférence épiscopale».

À partir de 1940, une lutte intérieure

À partir de 1940, la Conférence épiscopale allemande avait «beaucoup débattu de l'orientation, une lutte intérieure», a ajouté l'historien Christoph Kösters de la commission pour l'Histoire contemporaine à Bonn. Il a fait référence à la parole pastorale commune d'août 1943, qui avait été le point final d'un long débat controversé entre les évêques. Le thème de la parole pastorale était «Les dix commandements comme loi de vie des peuples». «C'est important car il s'agit du fait que l’Église ne considère pas seulement ses propres intérêts mais que les évêques, qui étaient après tout à la tête d'une minorité confessionnelle, se sont fait la voix de toute la population», a déclaré M. Kösters. «Ils se sont rendus forts pour la défense des droits de l'Homme et de la dignité humaine. On ne peut pas juger cela avec assez de force».

Mgr Bätzing était convaincu que l'engagement des évêques allemands sur le thème de la complicité de leurs prédécesseurs de la Seconde Guerre mondiale stimulerait la discussion. Mais le document contenait aussi un mandat pour les évêques allemands d'aujourd'hui et leur discours et leur action dans les développements sociaux, en particulier en Europe, qui «ne semble pas être en bon état», a dit l'évêque littéralement. Mgr Bätzing a notamment fait référence au nouveau nationalisme, à l'antisémitisme et aux «irritations naissantes dans les pays européens, où nous, en tant qu'évêques allemands, devons prendre une position décisive par rapport à l'esprit de l’Évangile et aux questions de justice et de paix».

En 2020, les évêques ont dû tirer les leçons de l'apparition faible et hésitante des évêques allemands en temps de guerre. «Nous devons nous demander où se trouvent aujourd'hui les questions sur lesquelles nous sommes appelés à prendre position, afin de ne pas être accusés plus tard d'erreurs du point de vue de la recherche historique».

30 avril 2020, 14:11