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Vatican News
Campagne de désinfection et de distribution de masques et de gants à Kaboul, le 23 mars 2020 Campagne de désinfection et de distribution de masques et de gants à Kaboul, le 23 mars 2020   (ANSA)

Coronavirus: l'unique chapelle d'Afghanistan ferme ses portes

Le nombre de cas positifs au coronavirus augmente en Afghanistan, pays aux structures politique, économique et sanitaire fragiles. Deux missionnaires italiens témoignent, dont l’un présent à Kaboul, où il célèbre désormais la messe en privé dans la chapelle de l’ambassade d’Italie.

«Les structures sanitaires de l'Afghanistan ne sont pas en mesure d'affronter une pandémie comme celle du Covid-19. Pour le moment, même l'Occident est en difficulté et nous ne pouvons qu'imaginer très vaguement ce qui pourrait arriver dans une situation comme celle de ce pays: à part dans les villes, les appareillages sanitaires font défaut, et il serait objectivement difficile non seulement de faire appliquer mais même simplement de communiquer toutes les mesures de sécurité qui sont actuellement appliquées en Italie. Ce serait un exploit que de réussir à bloquer la vie d'un village et d'y faire parvenir des aides. Je parviens difficilement imaginer Kaboul complètement bloquée», explique à l’agence Fides le père Giuseppe Moretti, missionnaire barnabite en Afghanistan de 1990 à 2015.

Les talibans tolèrent l’aide du personnel soignant d’ONG

À une situation économique et sanitaire précaire s’ajoute l'instabilité du gouvernement: le président élu, Ashraf Ghani, et son adversaire, Abdullah Abdullah, se sont tous deux autoproclamés vainqueurs des dernières élections. «Je me demande qui devra prendre les décisions dans le cadre d'une éventuelle crise sanitaire, s’interroge le père Moretti. Mon espoir est que, face à ce problème, une solution unique puisse être trouvée. Nous espérons en outre que les talibans aient ce minimum d'humanité permettant d’aider et de soigner les malades ».

Il y a quelques jours justement, le mouvement rebelle a fait savoir qu'il ne fera pas obstacle à l'accès du personnel des organisations internationales engagées dans la lutte contre la diffusion du Covid-19 en Afghanistan. Selon de récentes données du ministère de la santé afghan, 44 personnes seraient déjà positives au coronavirus, et un décès a été enregistré. Parmi les derniers cas, l'on trouve deux diplomates et quatre militaires italiens. Plusieurs malades résident dans la capitale afghane, Kaboul.

Une chapelle aux portes closes

C’est dans cette ville que se trouve la seule église catholique présente sur le territoire afghan: la chapelle de l’ambassade d’Italie, où les célébrations sont désormais suspendues pour répondre aux mesures d'endiguement du Covid-19. Pour le père Giovanni Scalese, missionnaire barnabite et supérieur de la Missio sui iuris d’Afghanistan, cette fermeture n’a rien d’une surprise. «Même si, grâce à Dieu, en Afghanistan, la contamination n'a pas atteint les niveaux de celle présente en Chine ou en Italie, l'expérience de ces pays suggère de ne pas sous-évaluer la dangerosité du virus, explique-t-il à l’agence Fides. La diffusion des premiers cas à Kaboul a poussé les autorités de l'ambassade à fermer le complexe. Dès lors, le 23 mars, j'ai célébré la dernière messe avec les religieuses. De toute façon, la participation à la Messe dominicale s'était déjà fortement réduite au cours de ces dernières semaines, signe que nombreux étaient ceux qui étaient retournés dans leur pays», rapporte le prêtre italien.

Le religieux continue à célébrer en privé la messe en la chapelle de l’ambassade. «Je ne sais pas s'il me sera possible de vivre les offices de la Semaine Sainte dans la mesure où ils requièrent la participation de fidèles ou au moins de quelques ministres mais, dans en tous cas, à chaque fois que j'aurai la possibilité de célébrer une messe, je le ferai», assure-t-il.

Prière et responsabilité

Le père Scalese encourage les catholiques présents en Afghanistan «à vivre [leur] propre chemin de foi en passant par les célébrations et les moments de prière transmis au travers des moyens de communication». Il «exhorte à vivre cette période d'épreuve dans un esprit de pénitence et de réconciliation», et «à prier chaque jour la Couronne de la Divine Miséricorde et le chapelet pour nous-mêmes, pour nos êtres chers, pour les victimes du Covid-19, pour les opérateurs sanitaires et pour les autorités civiles.»

Mais en attendant, la population afghane ne semble pas encore avoir pris la mesure du risque lié à la pandémie. Comme le rapporte à Fides Qais Murshid, responsable du mouvement “Friday For Future - Afghanistan”, «les premiers cas afghans ont probablement été importés d'Iran. La frontière est passée quotidiennement par quelques 15 000 personnes mais ici, nombreux sont ceux qui n'ont pas encore pris le problème sérieusement».

28 mars 2020, 13:13