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Le Jeudi Saint, l’Église célèbre la messe en mémoire de la Cène du Seigneur: institution, par le Christ, de l’Eucharistie et du sacerdoce. Le Jeudi Saint, l’Église célèbre la messe en mémoire de la Cène du Seigneur: institution, par le Christ, de l’Eucharistie et du sacerdoce. 

«Le prêtre doit retrouver la notion de pasteur»

Le Jeudi Saint est un jour particulier pour les prêtres puisqu’il commémore l’Institution de l’Eucharistie, et donc du sacerdoce. En cette période tourmentée, marqué par de constantes révélations d’abus par des membres du clergé, nous donnons la parole à un prêtre du diocèse de Rome.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- cité du Vatican

Ce jeudi, le Pape préside la messe chrismale en la Basilique Saint-Pierre. À cette occasion, l’évêque de Rome se voit entouré de tous les prêtres de son diocèse, qui sont appelés à renouveler leurs promesses sacerdotales, d’obéissance et de célibat.

Parmi eux, le père Stefano Cascio. Prêtre depuis 2008, ce franco-italien revient avec nous sur ces promesses et sur ce qu’elles impliquent, évoque sans détour la crise actuelle que traverse le sacerdoce, et insiste sur l’essence même du prêtre: un pasteur appelé à se donner sans réserve, au service du Christ et du peuple de Dieu.

Entretien avec le père Stefano Cascio

C’est un moment important parce que nous renouvelons nos promesses sacerdotales, qui sont très simples: c’est la promesse d’obéissance, à l’évêque en particulier et la promesse de célibat. C’est un beau moment parce que chaque année, on est appelé à réfléchir à notre vocation, à la renouveler, à la renforcer, à repartir et à retrouver le “pourquoi” aussi de ces promesses. On se rend compte toujours plus que l’obéissance est un lieu de liberté; c’est quelque chose qui est difficile à comprendre dans une société où l’on considère la liberté comme «faire ce qu’il me plait, ce que j’ai envie de faire, etc.», alors que la liberté, c’est servir dans l’amour, et c’est cela la chose la plus belle. Quant au célibat, dont on parle tellement en ce moment, c’est aussi une promesse de liberté, la liberté de pouvoir aimer tous. Bien entendu, cela signifie devoir se donner, toujours parce que dès que l’on commence à garder les choses pour soi, c’est à ce moment-là qu’on oublie notre promesse de célibat et qu’on va rechercher ce dont on a besoin vers d’autres.

On dit que le Jeudi Saint, c’est la «fête des prêtres», puisque l’Église commémore l’institution de l’Eucharistie, du sacerdoce. Un sacerdoce en pleine tourmente, à l’aune de tous les scandales que l’on connaît et qui touchent toute l’Église universelle. En tant que prêtre, comment vivez-vous cette situation ?

C’est un sentiment double. D’un côté, de dégoût parce qu’on travaille tous les jours dans nos paroisses, c’est difficile de se faire entendre… J’ai 18 000 habitants dans mon quartier et il est clair que je n’ai pas 18 000 personnes présentes tous les dimanches à la messe! Donc ça veut dire que la paroisse, pour exister, met du temps à se faire connaître, à se faire comprendre, à toucher les gens… Alors qu’en deux minutes, à la télévision, aux informations, vous avez une nouvelle qui détruit tout ce qui pourrait être construit lentement dans nos quartiers. Il y a donc ce dégoût de voir s’effondrer tout un travail que l’on fait patiemment et durant des années. D’un autre côté, il y a un sentiment de tranquillité, dans un certain sens. Ce n’est pas la première crise que l’Église traverse en 2 000 ans. Ça nous permet de nettoyer, de clarifier les choses, c’est aussi un passage comme il y en a eu plein d’autres… Donc je n’ai pas peur  de voir l’Église s’effondrer à cause de ces problèmes. Il faudra qu’on les prenne en main, qu’il y ait des choses qui changent mais dans ma vie de tous les jours, de prêtre avec les gens, on est pas en train de parler en continu des problèmes de pédophilie. Et les gens qui me connaissent n’associent pas ce problème à la figure de mon sacerdoce.

Vous parliez de cette crise qui pourrait permettre de nettoyer, de changer les choses. À quoi pensez-vous exactement ?

Je pense d’abord qu’il y a un gros problème de responsabilité. Il y a comme un grand système de type «fonction publique», où il y a toujours un chef au-dessus de soi et donc on n’est jamais vraiment responsable. Et je crois que c’est cela le gros problème , et pour la pédophilie c’est la même chose. Quand des évêques ont déplacé une personne au lieu de prendre en main la situation, c’est simplement parce qu’ils n’ont pas pris en main leur responsabilité. C’est important qu’on puisse commencer à dire: «vous avez des responsabilités, vous allez payer en conséquence». Et ça vaut du curé jusqu’à l’archevêque. Partout où l’on est, on est appelé à servir et le service implique des responsabilités. Ces responsabilités, il faut qu’on les prenne.

Le Pape parle souvent de cléricalisme, pour définir l’origine de cette crise, de ces maux qui frappent le sacerdoce. Comment pensez-vous qu’on puisse lutter contre ça ?

En fait, on a deux problèmes. D’un côté, le cléricalisme qui veut dire se sentir supérieur aux autres, appartenir à un clan. Et donc on s’entraide, etc. Il faut absolument démonter ce genre de pensée. Mais il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse! Une situation où les conseils paroissiaux décident de tout et le prêtre n’est qu’un simple fonctionnaire du culte, sans être pasteur. Or, l’important c’est qu’un prêtre soit un pasteur. Comme Saint Paul, quand il allait dans ces communautés, il se sentait père de ces communautés. Je crois que le prêtre est appelé à être, dans sa paroisse, un pasteur, c’est-à-dire un homme qui est à la tête de sa communauté et qui la guide. Ce qui ne veut pas dire vouloir écraser les autres, car un père de famille n’est pas appelé à faire cela. Le prêtre doit retrouver cette notion de pasteur. Là où un prêtre, un évêque est un pasteur, on le sent, on voit la différence.

Est-ce que dans ces moments difficiles, vous arrivez à trouver des choses qui vous aident à avancer, qui vous confortent dans votre vocation ?

Les gens. Les personnes, la rencontre interpersonnelle nous permettent d’avancer. Si le sacerdoce est vécu à l’intérieur de sa sacristie ou dans un bureau, ce ne sera jamais le vrai sacerdoce. (…) Si l'on ne se donne pas, on ne peut pas bien vivre notre sacerdoce. Chacun d’entre nous est appelé à se donner. Dans une famille, l’homme et la femme se donnent, et se donnent ensuite pour leurs enfants. Un prêtre doit se donner dans sa communauté et s’il ne se donne pas, il ira chercher des compensations ailleurs. Donc là où je trouve ma force c’est dans les personnes et dans la prière. Quand je suis arrivé dans ma paroisse, nous avons toute de suite organisé une mission eucharistique, pour pouvoir mettre le Christ au centre de notre activité. Quand vous devenez curé on vous donne la clef du tabernacle, parce que vous en êtes responsable ! Vous êtes responsable du lieu où est conservé le corps du Christ. Et bien ce corps du Christ, c’est justement l’Eucharistie et le peuple de Dieu. Et je suis appelé à servir ce corps du Christ.

18 avril 2019, 08:08