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Saint Ignace de Loyola et l'AMDG, la devise de la Compagnie de Jésus «Ad Maiorem Dei Gloriam» (Pour une plus grande gloire de Dieu). Saint Ignace de Loyola et l'AMDG, la devise de la Compagnie de Jésus «Ad Maiorem Dei Gloriam» (Pour une plus grande gloire de Dieu). 

Saint Ignace de Loyola, l’itinéraire spirituel d’un maître en discernement

En ce 31 juillet, la Compagnie de Jésus commémore son fondateur, Saint Ignace de Loyola (1491-1556). Noble, officier, pèlerin, missionnaire, le basque espagnol, Inigo de Loyola, emblème de la Contre-réforme, a laissé un héritage spirituel et intellectuel monumental aux jésuites et aux catholiques.

Delphine Allaire – Cité du Vatican

«Jusqu'à la vingt-sixième année de sa vie, il fut un homme adonné aux vanités du monde; il se délectait surtout dans l'exercice des armes, avec un grand et vain désir
de gagner de l'honneur
». Ainsi commence le «Récit» de sa vie qu'Ignace de Loyola a relaté entre 1553 et 1555 à un autre jésuite, Louis Gonçalvès da Câmara, à la demande pressante de ses compagnons, soucieux d'obtenir une sorte de testament spirituel.

Encore éloigné d’une pieuse vie de foi, Inigo de Loyola, issu d’une famille basque espagnole de petite noblesse, mène une active carrière au service du roi Ferdinand d’Aragon (Ferdinand le Catholique). Il brille tant à la cour d’Aragon et de Navarre, qu’à l’armée… Jusqu’à ce que, blessé au siège de Pampelune, capitale de la Navarre, en 1521, le gentilhomme soit reconduit au château familial de Loyola au beau milieu du pays basque espagnol.  

La révélation

À l’abri des tumultes de la Cour durant sa convalescence, deux lectures religieuses vont le marquer à vie: «La Vie du Christ» de Ludolphe de Saxe (aussi connu sous le nom de Ludolphe le Chartreux) et la «Légende dorée» (Legenda aurea), l’œuvre de Jacques de Voragine qui raconte la vie de 150 saints. Pour Inigo, s’ensuit un déclic saisissant de profondeur, prémice à des siècles de spiritualité ignatienne. Son cœur se convertit, sa conscience s’aiguise. Il relate d'ailleurs toutes ces expériences intérieures un peu plus tard dans son «Récit du pèlerin» autobiographique.

«Quand je pense à ce qui est du monde, je m’y complais beaucoup, mais quand je suis fatigué et que je cesse d’y penser, je me trouve aride et insatisfait ; en revanche, quand je rêve d’aller à Jérusalem nu-pieds, de ne plus manger que des herbes, de me livrer à toutes les austérités comme les saints, non seulement j’éprouve de grands élans intérieurs, quand je médite sur des pensées de ce genre, mais même après les avoir quittées, je reste satisfait et allègre». (Récit, n°8)

L’appel de l’introspection

Après cette épiphanie, le premier souhait d’Inigo est de se rendre à Jérusalem en pèlerin mendiant. Il a 30 ans. Guéri, il quitte son manoir de Loyola, fait halte à l’abbaye bénédictine de Montserrat, premier sanctuaire marial de Catalogne, puis gagne enfin le bourg catalan de Manrèse, non loin de Barcelone. Il y reste une année entière, seul, ce qui lui permet de vivre une expérience de Dieu fondatrice... «Les yeux de mon esprit commencèrent à s’ouvrir. Ce n’était pas une vision, mais je compris beaucoup de choses concernant la vie spirituelle, la foi et la science, et cela en une telle illumination que toutes ces choses me parurent nouvelles». (Récit, n° 30)

L’avènement des «Exercices spirituels»

Certain du nouveau sens qu’il souhaite conférer à sa vie, Inigo ne tient plus à la solitude. Il découvre l'art subtil du discernement spirituel, dans lequel il deviendra bientôt maître incontesté. Il ambitionne d’aider les autres autant qu’il souhaite être aidé. C’est ainsi que prend forme le livret des «Exercices Spirituels», ouvrage référence de prière, fait de méditations progressives et systématiques sur 200 pages.

À la recherche des traces de Jésus qu’il veut toujours «mieux connaître, imiter et suivre», Inigo atteint Jérusalem en 1523. À son retour, un insatiable désir d’études le saisit: Barcelone, Salamanque, Paris… Il passe par tous les grandes villes réputées pour être des «chaudrons du savoir» à la Renaissance. En 1528 à Paris, il plonge dans les humanités, et sort diplômé (bachelier et Maitre ès Arts) de l’érudit collège Sainte-Barbe perché sur la Montagne Sainte-Geneviève. C’est à cette période qu’Inigo latinise son prénom. Il se prénomme désormais Ignace.

Naissance de la Compagnie de Jésus

Dans l’effervescence de la vie estudiantine parisienne, il rencontre le Savoyard Pierre Favre et la Navarrais François-Xavier, qu’il entraîne avec d’autres étudiants, portugais et espagnols. Ils sont six à être séduits par le charisme d’Ignace, partageant son désir de suivre le Christ. Le vœu de Montmartre est prononcé: les deux vœux de pauvreté et de chasteté et le troisième, qui consiste à se rendre dans les deux ans en pèlerinage à Jérusalem pour y convertir les infidèles, dès la fin de leurs études.

Ils sont ainsi bientôt un groupe de dix prêtres à se mettre à la disposition spéciale du Pape. Et c'est bien le Pape Paul III qui approuve la création de la Compagnie de Jésus par la Bulle Regimini Miliitantis Ecclesiae du 27 septembre 1540. Ignace est élu supérieur général et chargé de rédiger les Constitutions du nouvel ordre dont les traits caractéristiques sont extrêmement novateurs pour l'époque: pas de monastères ni de couvents, pas d'habit religieux distinctif, pas de prière de l'office en commun, pas de pénitences ni d'austérités imposées. La Compagnie est enfin née, son triptyque de spiritualité aussi: «désirer, discerner, servir», les trois maîtres mots fondateurs de la pédagogie ignacienne.

La réforme tridentine

À Rome, la Compagnie prend de l’ampleur car les demandes affluent du monde entier; le Pape souhaite en effet l’arrivée de théologiens pour le Concile de Trente (ouvert en 1545). On réclame des collèges, et les jésuites se retrouvent enseignants… Pendant les dix-huit dernières années de sa vie, qu’il passe dans la Ville éternelle, Ignace trouve donc le temps de prêcher, confesser et de créer une cascade d’œuvres: maisons pour catéchumènes juifs ou musulmans, refuges pour «femmes errantes», quêtes pour les pauvres ou encore pour prisonniers insolvables... Abattu par ces considérables activités, une fatigue extrême le force au repos, à l’été 1556. Il meurt à Rome le 31 juillet à l’âge de 65 ans. Il est canonisé par le Pape Grégoire XV le 12 mars 1622, en même temps que l’autre grande mystique espagnole qu’est Sainte Thérèse d’Avila, et que son compère missionnaire jésuite, Saint François-Xavier. Le corps de Saint Ignace de Loyola repose aujourd’hui à Rome dans la flamboyante église baroque du Gesù.

31 juillet 2018, 15:12