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Le ministre-président de Bavière, Markus Söder (CSU) installant un crucifix dans l'entrèe du siège du Land , le 24 avril 2018 à Munich. Le ministre-président de Bavière, Markus Söder (CSU) installant un crucifix dans l'entrèe du siège du Land , le 24 avril 2018 à Munich. 

Bavière: l’Église contre l’instrumentalisation du crucifix

En Bavière, land catholique au sud de l'Allemagne, les autorités civiles ont décidé d'installer des crucifix dans les halls d'entrée des bâtiments publics. Une instrumentalisation du symbole religieux critiquée par le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande et archevêque de Munich et Freising.

Joris Bolomey, avec agences – Cité du Vatican

L’État régional allemand a décidé d'imposer, à partir du 1er juin 2018, des crucifix dans les halls d'entrée de ses bâtiments publics. L'installation prochaine de ces croix ne concerne toutefois que les bâtiments appartenant à l'État bavarois et non ceux relevant des municipalités ou de l'État fédéral allemand.

Installer des crucifix, ce n'est pas promouvoir «un signe religieux», c'est «reconnaître une identité», «expression d'une empreinte historique et culturelle», a expliqué mardi 24 avril le ministre-président de Bavière, Markus Söder.

À nouveau, l’annonce a rapidement suscité de vives réactions chez les responsables religieux et politiques, mais aussi sur les réseaux sociaux. De nombreuses voix dénoncent le signal politique envoyé par le parti conservateur et critiquent la constitutionnalité d’une décision qui instrumentalise un symbole religieux.

La polémique était déjà apparue en 1995 lorsque la Bavière avait imposé le crucifix dans toutes les salles de classe. Après une cascade de procès, la Cour européenne des droits de l'homme avait fini par décréter en 2011 que cette mesure n'était pas contraire aux droits fondamentaux.

«Le crucifix n’est pas un objet ornemental»

«La croix symbolise l'anthropologie du Christ et la voir dans le domaine public est un motif de joie» a expliqué le cardinal Reinhard Marx ce mercredi 2 mai. Dimanche dernier, le président de la Conférence épiscopale allemande et archevêque de Munich et Freising (Bavière) avait cependant critiqué l'instrumentalisation du crucifix dans un entretien au quotidien Süddeutsche Zeitung: «Si la croix n’est considérée que comme un symbole culturel, elle n’est pas comprise», a-t-il insisté. Et de préciser que c’est «un signe d’opposition à la violence, à l’injustice, au péché et à la mort, mais pas aux autres hommes».

Lors de l’angélus du dimanche 18 mars 2018, le Pape François avait appelé à «tourner notre regard vers le crucifix, qui n’est pas un objet ornemental ou un accessoire de mode, mais un signe religieux à contempler et à comprendre».

Mgr Ludwig Schick, archevêque de Bamberg au nord de la Bavière, a également mis en garde contre une mauvaise compréhension du symbole. «La croix n’est pas un signe d’identité d’un pays ou d’un Etat», a-t-il déclaré le 25 avril sur les ondes de Kölner domradio, cité par l'agence de presse œcuménique protestinfo.ch. «Lorsque nous voyons ces bras étendus, nous devrions nous comporter de la même manière et construire une civilisation de l’amour», explique Mgr Schick.

 

Cette nouvelle polémique intervient dans un contexte politique délicat, dans cette région à dominante catholique du sud de l'Allemagne. L’Union chrétienne-sociale (CSU) en Bavière se prépare aux élections législatives régionales du 14 octobre. Si la CSU de Markus Söder possède 101 sièges sur les 180 que compte le Parlement, l’AfD, le parti d’extrême droite en plein essor en Allemagne, pourrait faire une percée dans l’hémicycle. Aux dernières élections fédérales allemandes, la CSU a subi une véritable débâcle dans son fief bavarois, y réalisant le pire score de son histoire avec 38,8% des voix.  

02 mai 2018, 10:56