Recherche

Diébédo Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker 2022 Diébédo Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker 2022 

Francis Kéré: «le prix Pritzker 2022 est le prix du réveil africain»

Diébédo Francis Kéré, l’architecte d’origine burkinabè lauréat du prix Pritzker 2022, la plus haute distinction du monde de l’architecture, estime que cette distinction, la première d’un africain, interpelle son continent à «un réveil et à la valorisation de ses ressources naturelles».

Françoise Niamien-Cité du Vatican

«Aujourd’hui, je me vois lié à ce grand prix dont je n’avais jamais rêvé. Ce prix représente beaucoup pour moi et pour l’Afrique qui doit savoir valoriser ce qu’elle a comme ressources naturelles, comme valeur» a confié Diébédo Francis Kéré aux médias du Vatican après s’être vu décerné le Prix Pritzker, le mardi 15 mars 2022. L’architecte burkinabè, premier africain à recevoir ce prix prestigieux, voit en celui-ci la récompense de plusieurs années d’efforts. «J'ai toujours fait ce travail, en le considérant comme une affaire personnelle pour donner quelque chose de bien aux gens de chez moi».
Le prix d’architecture, créé par Jay Pritzker et son épouse Cindy, récompense depuis 1979 le travail d'un architecte vivant qui a montré, à travers ses projets et ses réalisations, les différentes facettes de son talent et qui a eu un apport significatif à l'architecture. Le Pritzker 2022, selon les organisateurs, salue «un travail pour la justice sociale, l’environnement et l’utilisation intelligente des matériaux locaux».
Pionnier des constructions durables qui valorisent la terre en conjuguant tradition et modernisme au service des populations, Francis Kéré dit œuvrer à sa manière «à la sauvegarde de l’environnement, notre Maison commune et au mieux être des populations les moins nanties».

Valoriser nos ressources naturelles locales

Pour le natif de Gando, ce prix «doit sonner le réveil de l’Afrique» et lui faire prendre conscience «qu’avec ce que nous avons comme ressources naturelles locales et avec notre intelligence, nous pouvons construire notre part du monde car l’Afrique est riche, elle regorge d’immenses talents et de ressources naturelles», affirme l’architecte Kéré, avant d’exhorter les gouvernants africains à avoir une vision et une direction qui encourage la jeunesse et tous les citoyens africains, à apporter leur pierre à l’édification d’une Afrique forte. «Si nous parvenons à valoriser toutes ces ressources naturelles et toutes les richesses que nous possédons, nous pourrons rendre un énorme service à notre cher continent», a-t- il expliqué.

Ecole primaire de Gando au Burkina Faso
Ecole primaire de Gando au Burkina Faso

Des réalisations en Afrique et dans le monde

C’est dans son village natal, au centre du Burkina Faso, que Francis Kéré, alors étudiant à Berlin en Allemagne, construit en 2001 avec l’aide de la population locale son premier bâtiment: une école en briques de terre compressée et du ciment, avec un plafond en brique et un large toit surélevé pour une ventilation naturelle. «J’ai voulu faire mieux pour les gens de chez moi en utilisant ce qu’ils ont le plus, la terre. Tout le monde mérite la qualité, tout le monde mérite le luxe, tout le monde mérite le confort», confie l’architecte, rejetant le fait que ces matériaux locaux soient considérés comme «des matériaux pauvres».
Francis Kéré a, à son actif, une vingtaine de réalisations allant d’établissements scolaires, de santé, des logements professionnels, des bâtiments civils et des espaces publics. Nombre de ses ouvrages sont situés en Afrique de l’ouest, notamment au Benin, où il construit l’Assemblée national à Porto Novo, et au Sénégal où vient d’être posée la première prière du prochain bâtiment de l’Institut Goethe de Dakar.
Des pavillons et des installations ont été créés également en Allemagne, au Danemark et aux Etats-Unis d’Amérique.  

Pavillon serpentin,Londres
Pavillon serpentin,Londres

Effondrement d’immeubles et terrorisme 

Ces dernières années dans plusieurs villes africaines, des effondrements d’immeubles enregistrés ont en endeuillé de nombreuses familles. Une situation que déplore le lauréat du prix Pritzker 2022, exhortant les constructeurs locaux à mettre un accent particulier sur la formation pour garantir la sécurité des populations africaines.
Francis Kéré, qui s’est vu confier la construction de la nouvelle assemblée nationale de son pays d’origine, regrette la mise en veille de ce projet du fait du terrorisme grandissant et qui ne cesse de perturber le pays.
L’architecte exprime sa douleur et condamne cette tragédie. Il dit prier afin que les autorités compétentes puissent trouver une solution à ce grand mal qu’est le terrorisme, «sinon nous allons perdre encore plus de vies et perdre notre crédibilité à assurer la sécurité de nos populations».
Le 51eme lauréat du prix Pritzker, a dit avoir reçu les félicitations du président en exercice, le colonel Paul Henri Sandaogo Damiba au pouvoir au Burkina Faso depuis le coup d’état militaire du 24 janvier 2022, après le renversement du président Marc Christian Kaboré.

Entretien avec Francis Kéré

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

30 mars 2022, 17:14