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Mme Mamitsho Pontshi Lobo dans le cockpit d'un avion Mme Mamitsho Pontshi Lobo dans le cockpit d'un avion 

RD Congo : Mme Pontshi ou une femme devenue pilote grâce à sa détermination

Grâce à son courage et à sa détermination, Mamitsho Pontshi Lobo est devenue pilote de l’air, au terme d’un parcours semé d’embûches et dans une société où peu de femmes rêvent de cette carrière.

Stanislas Kambashi, SJ – Cité du Vatican

Madame Mamitsho Pontshi Lobo est co-pilote dans la compagnie aérienne Congo Airways. Elle est également Secrétaire Générale de l’Association des pilotes du Congo et activiste des Droits des femmes, tout en étant mentor de Afriyan-RDC, un réseau des jeunes qui sert à promouvoir et accroître la participation des jeunes au développement de l'Afrique en renforçant leur capacité de leadership et de plaidoyer, et en favorisant leur participation efficace dans l'élaboration et l'exécution.

Originaire de la République Démocratique du Congo et fille d’un ingénieur de l’Office de Route, une société congolaise qui s’occupe du réseau routier, Pontshi a vécu dans beaucoup de provinces de son pays dans sa jeunesse. Chaque fois que son père était envoyé en service dans une autre province, il devait en effet se déplacer avec toute la famille.

De la révolte à un choix inédit

Arrivée au Kasaï, sa province d’origine, la jeune Pontshi trouve une situation qui la révolte : dans cette société patriarcale, les femmes étaient discriminées, réduites à des tâches ménagères et pas assez considérées dans la société. A l’école, elles faisaient rarement des études à caractère scientifique et espéraient rarement une carrière prometteuse. Suite à ce constat, la future pilote décide alors de faire la différence. Elle s’inscrit dans une école où elle fait les humanités scientifiques et travaille pour être parmi les meilleurs.

En quatrième des humanités, alors qu’elle a seize ans, elle fait un autre constat dans les avions : dans le cockpit (la cabine de pilotage), il n’y avait que des hommes et à l’arrière il y avait des femmes comme hôtesses de l’air. Elle décide alors d’inverser les rôles et de devenir plus tard pilote.

Un parcours « plus ou moins équilibré »

Mamitsho Pontshi estime avoir eu un parcours « plus ou moins équilibré », mais aussi semé d’embûches. Après ses études scientifiques à l’école secondaire, elle décide de poursuivre ses études à l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA), à Kinshasa. Elle en sort ingénieur en aéronautique civile, option exploitation aéronautique. Puis elle décide de continuer le pilotage. Arrivée en Afrique du Sud, elle s’inscrit dans une école qui malheureusement ne lui était pas favorable : « l’établissement a fini par me faire croire que je n’étais pas faite pour être pilote ». Grâce à sa détermination, elle change d’école et fait le pilotage privé, jusqu’à devenir pilote commercial.

Une carrière aux débuts timides, mais prometteuse

Elle rentre ensuite dans son pays avec 230 heures et a du mal à trouver du travail. Elle se rend alors à l’est du pays où elle est embauchée par la Compagnie Goma Express, qui faisait le transport des minerais. De là, elle est découverte et envoyée en formation aux Etats-Unis pour faire la qualification en HS125-700&800 et 800 xp.

Munie de cette nouvelle compétence, elle regagne son pays et commence une carrière prometteuse. Elle a notamment travaillé pour Katanga Airways, dans le sud-est de la République Démocratique du Congo. Elle a également travaillé pour Air Baraka, à Kinshasa. Pendant ce temps, elle a été élue Secrétaire Générale de l’Association des pilotes du Congo.

Aujourd’hui elle est co-pilote, ce qui est déjà une satisfaction pour elle. Elle estime toutefois qu’elle sera plus satisfaite lorsqu’elle sera commandant de bord d’un avion au Congo et qu’elle sera dans l’équipe dirigeante de l’aviation civile de son pays. Ce qui a, à son avis, n’est pas impossible, car elle continue à travailler et à se former.

Pilote dans la compagnie nationale

En 2016, elle atterrit chez Congo Airways, la Compagnie nationale d’aviation de la RDC. Une autre phase difficile commence pour elle : « on m’a notifié que j’avais une bonne attitude, mais que je n’étais pas faite pour le cockpit. Je pouvais tout au plus travailler dans le bureau. C’est une lettre qui me signifiait que ma carrière s’arrêtait ». Grâce au soutien des autres pilotes et du gouvernement congolais, elle a pu poursuivre sa carrière jusqu’aujourd’hui.

Les pilotes, estime-t-elle, sont des ambassadeurs qui portent les emblèmes de leurs pays et qui les font connaitre partout où ils atterrissent. Et pour un pays-continent comme la République Démocratique du Congo, l’aviation est l’un des moyens qui permettent des déplacements des coins éloignés à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ceci peut être considéré comme l’apport des pilotes au développement d’un pays, juge-t-elle.

Un grand sens de responsabilité des passagers

Quand elle est en plein vol, transportant donc des passagers, Mme Mamitsho Pontshi ressent un grand sens de responsabilité : « pour moi c’est un grand sens de responsabilité que d’avoir les vies humaines en main, sachant que la sécurité de ces personnes dépend de vous. Mais il n’y a pas de peur car c’est l’endroit où je sais bien vivre », a-t-elle confié.

« Donner aux femmes la possibilité de faire des choix »

Également activiste des droits des femmes, Mme Pontshi encadre des jeunes filles, notamment dans Afriyan-RDC. Elle estime que sa présence dans le cockpit témoigne que le cerveau n’est ni masculin ni féminin et que c’est aussi possible pour des femmes de faire toute sorte d’études et d’embrasser toutes les carrières possibles. « Les choix des métiers ne peuvent pas se baser sur le sexe », même si la passion et la capacité d’y parvenir peuvent être différentes. Elle encourage ainsi les femmes à s’investir dans les sciences, l’engineering et les maths, pour devenir protagonistes du développement de leurs pays. Son vœu est par ailleurs que son pays travaille à faire taire les armes, afin que la paix revienne et que les femmes, particulièrement, aient la possibilité de faire des choix pour leurs études et leurs carrières.

 

Suivre l’interview accordée à Radio Vatican par Mme Mamitsho Pontshi Lobo
06 décembre 2021, 14:57