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MGR EDMOND DJITANGAR/NDJAMENA-TCHAD

Tchad : Indignation de Mgr Djitangar après l’agression d’un prêtre

Dans une note rendue publique jeudi 4 novembre 2021, l'archevêque de N’Djamena, Monseigneur Edmond Djitangar a réagi à l’agression d’un prêtre «par des hommes en treillis à bord d’un pick-up».

Par Donatien Nyembo SJ - Cité du Vatican

Dans la matinée du 3 novembre 2021, raconte Monseigneur Djitangar, des hommes en tenue militaire, se réclamant de l’armée tchadienne, se sont introduits de force dans la cour de la paroisse Saint Isidore Bakanja à N'Djamena. Ils se sont comporté «sans aucun respect des personnes et du lieu où ils se trouvaient», a dénoncé l’archevêque. Se présentant à eux, le curé a demandé le motif de leur présence et l'ordre de mission qui la justifie, «il a eu pour réponse des paroles injurieuses dans un premier temps, puis a été violenté par la suite et son téléphone arraché».

L’archevêque s’indigne

 «Nous dénonçons certaines attitudes et comportements de mépris que certains compatriotes adoptent vis-à-vis de la religion des autres», écrit Monseigneur Djitangar. «C’est une forme d’intolérance qui ne doit pas avoir place dans une société plurielle comme la nôtre, poursuit-il dans sa déclaration. Ceux qui se conduisent ainsi se mettent “en guerre contre Dieu” car Dieu ne méprise aucune prière faite de bon cœur et avec une conscience droite, quelle que soit la confession religieuse du croyant», s'est-il indigné.

Pour l’archevêque de N’Djamena, cette affaire mérite une grande attention car elle confirme le mépris des personnes et des lieux de culte par ceux qui sont censés les protéger.

Ce qui est arrivé n'est pas un fait isolé

Le prélat tchadien a tenu à préciser que «ce qui est arrivé n’est pas un fait isolé». En effet, il a rappelé plusieurs de ses lettres de protestation qui n’ont eu aucune suite favorable. C’est le cas de la lettre adressée au ministre de la sécurité faisant suite à la répression des jeunes, le 6 février 2018, lorsque des «grenades lacrymogènes ont été délibérément tirées dans la cour de la paroisse Saint Matthias Mulumba, blessant des fidèles qui sortaient de la messe matinale » ; ou encore celle du 29 mars 2020, lorsque des policiers ont empêché l’accès à la paroisse Sacré-Cœur de Chabwa à un prêtre «qui devait y célébrer l’eucharistie dominicale avec diffusion en direct sur les ondes de Radio Arc-en-ciel, en période de confinement».

Quelques mises au point

Après cette énième violation de lieu de culte catholique, accompagnée de violence, sans autorisation et sans motif déclaré, l’archevêque a senti la nécessité de faire quelques mises au point :

Premièrement, le manque de respect d'un lieu de culte fréquenté, avec tous les signes de son caractère sacré, comme c'est le cas de la paroisse de Wallez à Gorée, est une violation flagrante du premier article de la Constitution qui déclare laïque la république du Tchad.

Deuxièmement, en violant délibérément les lieux sacrés, ces militaires se mettent au-dessus de la loi ou tout simplement dans une position de ‘’hors la loi’’.

Troisièmement, quel qu'en soit le motif, il est intolérable d'injurier et de porter la main sur un religieux en plein exercice de sa responsabilité, fût-il un étranger. (ce qui n'est pas le cas du curé agressé)

Quatrièmement, le traitement actuel du site de la basilique par les marchands de sable et de briques, ainsi que la démission de la police municipale face à cette situation, découragent toute organisation d'activités religieuses sur ledit site.

Cinquièmement, «nous nous demandons si la prochaine étape ne sera pas la cathédrale où, juste à côté, s’érige un marché de fournitures militaires de toutes sortes au vu et au su de tous

Pour le prélat, ce qui se vit au Tchad est «une forme d'intolérance qui ne doit pas avoir leur place dans une société plurielle comme la nôtre». «Ceux qui se conduisent ainsi, estime-t-il, se mettent en guerre contre Dieu, car Dieu ne méprise aucune prière faite de bon cœur et avec une conscience boîte, quelle que soit la confession religieuse du croyant». 

Des recommandations

Après avoir fait des mises au point, l’archevêque a fait des recommandations:

Aux fidèles catholiques, il a demandé : de prier pour la conversion de ceux qui n'ont aucun respect pour les choses sacrées, par ignorance ou par le mépris ; de respecter et de faire respecter le caractère sacré des lieux de culte par une tenue et un comportement digne ; de dénoncer toute conduite et activités suspectes et susceptibles de nuire au caractère sacré des lieux de culte ; demander le pardon du Seigneur pour tous ceux et celles qui font du mal à l'Eglise ; de renforcer la sécurité des tabernacles dans les chapelles et églises ; de renforcer les capacités de services de sécurité paroissiale pour dissuader toute violation d'espace sacré par des personnes mal intentionnées ; de déterminer et de faire respecter les heures d'ouverture et de fermeture des chapelles ou des églises pour les visites des fidèles au Saint Sacrement ; de signaler aux autorités compétentes, diocésaines ou administratives, tout comportement douteux, tout manque de respect aux statuts et à la nature des lieux de culte.

Aux autorités publiques, le prélat demande : de prendre conscience du caractère hautement sensible de tout ce qui touche le domaine religieux et de respecter ceux qui en sont les responsables ; de garantir le caractère laïc du pays par le respect des lieux de culte ; de prendre les mesures qui s'imposent pour sécuriser les lieux de culte et punir tous ceux qui posent des actes de nature à compromettre le vivre ensemble si cher aux Tchadiens.

Diverses réactions

A la suite de l’archevêque, le Réseau des anciens jécistes d’Afrique, section Tchad (Raja), et la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) ont dénoncé l’agression du père Madou. À leurs yeux, c’est toute la communauté chrétienne qui a été humiliée. Ils invitent de ce fait, les autorités tchadiennes à prendre leur responsabilité face à ce type de «comportement irresponsable et qui sape les valeurs de paix et de cohésion sociale».

 

09 novembre 2021, 14:25