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Père Rigobert Kyungu, supérieur des jésuites d’Afrique centrale Père Rigobert Kyungu, supérieur des jésuites d’Afrique centrale 

RD. Congo: Les religieux invités à prendre part à la marche synodale

Le père Rigobert Kyungu est supérieur des jésuites d’Afrique centrale. Dans un entretien accordé à Vatican News, après son élection au poste de président de la Cosuma (Conférence des supérieurs majeurs de la RD Congo), il invite tous les religieux et consacrés à prendre une part active dans la marche synodale.

Propos recueillis par Donatien Nyembo SJ – Cité du Vatican

Tout récemment, vous avez été élu président de la Conférence des supérieurs majeurs de la RD Congo. Quelles ont été vos sentiments après cette élection?

Mes sentiments, c'était d'abord un grand embarras parce que j'ai déjà une autre grande responsabilité. Vous avez bien dit «provincial des jésuites d'Afrique centrale» qui comprend le Congo RDC et l'Angola avec environ 400 jésuites. Donc, j'étais très embarrassé que je sois élu à cette position, voilà le grand embarras.

Ensuite, une certaine crainte quand-même, par rapport à la grandeur, l'immensité de la tâche ou de la mission qui m'attend pour pouvoir diriger, disons guider l'ensemble des religieux et religieuses et consacrés de la RDC.

Et finalement, après ce temps de crainte, j'ai senti beaucoup de confiance en Dieu parce que je me suis dit : si c'est Dieu qui, par la voix des autres provinciaux et provinciales, m'a choisi, alors, sa grâce ne va pas me manquer. La confiance aussi parce que tous ceux qui m'ont élu ont manifesté leur confiance ; du coup, ils vont collaborer. Cela m’a fort apaisé et je me sens en confiance maintenant.

«si je compte seulement sur mes propres forces, je ne m'en sortirai certainement pas. Mais je dois compter sur la grâce de Dieu et aussi sur la collaboration des autres»

Vous avez bien fait de le rappeler vous-même, vous êtes à la tête de la province d'Afrique centrale de la Compagnie de Jésus avec près de quatre centaines de membres. La présidence de la Cosuma, n'est-ce pas là une charge de trop?

C'est vrai, c'est une charge de trop, je l'avoue, je le reconnais. Mais l'Évangile dit qu’à qui l’on a beaucoup donné, on donnera davantage ou réclamera davantage : c’est peut-être cela. Et si je compte seulement sur mes propres forces, je ne m'en sortirai certainement pas. Mais je dois compter sur la grâce de Dieu et aussi sur la collaboration des autres .Et je dois davantage déléguer les tâches. Je crois que mon travail est principalement celui de coordonner et de faire le suivi dans ce sens : ce qui est quand-même faisable.

Vous parlez du nombre des jésuites qui sont sous ma responsabilité: Je pense qu’en m’élisant, ce n'est pas seulement moi, en tant que personne, qui suis élu. On voit aussi la congrégation que je représente. Les 400 jésuites de ma province sont aussi appelés à œuvrer pour la vie consacrée au Congo. Du coup, je n’ai pas une trop lourde charge, si tous, les 400, acceptons cette mission.

Revenons à la structure elle-même. Dans votre pays, la République démocratique du Congo, il a toujours existé deux structures: Association et Union des supérieurs majeurs, respectivement pour les ordres masculins et féminins. Lors de la dernière assemblée générale qui vous a élu, vous avez décidé de fusionner les deux instances. Pourquoi?

Ce n'est pas seulement à cette assemblée que nous avons décidé d'unifier les deux structures, Asuma et Usuma. La décision avait été prise il y a trois ans, lors de l'assemblée précédente. Donc, pendant les trois dernières années, il y a eu un travail d'élaboration des statuts pour la nouvelle structure.

A cette assemblée, il a été question d'approuver, de finaliser les statuts qui vont être envoyés au Vatican pour approbation. Et donc, c'est un processus qui a commencé il y a longtemps en suivant un peu les structures plus grandes qui existent au niveau régional et au niveau continental. Au niveau du continent, il y a ce que l’on appelle «la Cosmam» (Conférence des supérieurs majeurs d’Afrique et Madagascar). Au niveau de l'Afrique centrale, il y a aussi «la Cosmac» (Conférence des supérieurs majeurs d’Afrique centrale).  Dans toutes ces conférences, il y a religieux et religieuses ensemble. Et donc, nous avons senti cette nécessité aussi de nous unifier, comme dans d'autres continents. Aussi, cela est voulu par le Vatican, notamment la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique.

«travailler à améliorer la qualité de la vie consacrée pour qu'elle réponde vraiment à sa mission de témoigner, d'être le sel de la terre et la lumière du monde»

Vous êtes le premier président de cette nouvelle structure. Je suppose qu'il y aura, d'une part, le travail de la structuration de votre conférence et, d'autre part, les défis propres à la vie religieuse dans votre pays. Pour un mandat de trois ans seulement, il vous faut des priorités. Quelles sont-elles?

Pour ce mandat de trois ans, les priorités, c'est d'abord de mettre sur pied des structures solides. Nous assurer que nous avons des collaborateurs fiables et compétents. Et c'est le travail que nous allons faire dans les jours qui suivent. Nous comptons sur les présidents provinciaux car au Congo, en RDC, nous avons six provinces ecclésiastiques et dans chaque province ecclésiastique, il y a un comité. Donc, le président et le vice-président font partie de ce que nous appelons «les comités directeurs». Avec eux, nous allons essayer d'établir des structures solides pour travailler ensemble.

Ensuite, une autre priorité, c'est de mobiliser, les consacrés à bien participer au processus synodal qui vient de commencer parce qu'ils peuvent beaucoup apporter.

Troisième priorité, ce sera de travailler à améliorer la qualité de la vie consacrée pour qu'elle réponde vraiment à sa mission de témoigner, d'être le sel de la terre et la lumière du monde. Dans un pays comme la RDC, où il y a beaucoup de défis (des défis de corruption, d'antivaleurs, de mégestion,  de mauvaises politiques, etc.). Nous avons cette mission d'éveiller la conscience des dirigeants et de tous les peuples. Cela suppose aussi former les consacrés, bien les former à des valeurs afin qu'ils soient pleinement capables de bien témoigner. Et donc, nous devons aussi ou enfin renforcer les échanges, la communication entre nous, entre les consacrés. Vous savez, la RDC est un grand pays et un sous-continent, les moyens de communication sont pauvres. Alors nous allons essayer de renforcer les réseaux de communication. Je dois dire que tout cela se fait aussi avec la bénédiction et la collaboration avec nos pères évêques, notamment avec ce processus synodal.

«Ce synode sur la synodalité. C'est un moment très important de notre Église parce qu’on n'a jamais eu un synode qui commence avec l'Église locale. Nous avons tous droit à la parole»

Justement, en parlant du Synode sur la synodalité, nous savons que les consultations diocésaines ont été lancées dans toutes les églises locales. Concrètement, quel serait le rôle de la Cosuma ? Mieux, le rôle des religieux dans cette marche synodale.

Ils auront un très grand rôle à jouer parce qu'ils sont dans tous les diocèses du Congo. Et donc, mon invitation serait de les encourager à prendre une part active à ce processus. Dans chaque diocèse, il y a des équipes qui ont été constituées au niveau de la Conférence épiscopale nationale. Et dans chaque équipe, il y a toujours des religieux, des religieuses, des consacrés ; ils vont donner leur part active à partir de leur vocation propre, à partir de leur mission. Et je crois qu'ils peuvent beaucoup apporter dans le sens de la spiritualité, dans le sens du discernement, dans le sens de la communion.

Père Rigobert Kyungu, un mot de la fin?

Le mot de la fin, c'est vraiment d'encourager les consacrés de la RDC et même d'autres consacrés qui m'entendent par rapport à ce synode sur la synodalité. C'est un moment très important de notre Église parce qu’on n'a jamais eu un synode qui commence avec l'Église locale. Nous avons tous droit à la parole. Et bien que les consacrés ne restent pas en marge, qu'ils prennent une part active.

Et pendant notre mandat de trois ans. Nous sommes vraiment marqués par ce processus synodal dans la phase préparatoire, dans la célébration du synode et même l'après synode.

Entretien avec le père Rigobert Kyungu
22 octobre 2021, 15:59