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Simone-Pierre Amagnamoua, vierge consacrée camerounaise aux Etudes au Canada Simone-Pierre Amagnamoua, vierge consacrée camerounaise aux Etudes au Canada 

A la découverte de l’ordre des vierges

Qui sont les « vierges consacrées », épouses mystiques du Christ sans être religieuses ? Faut-il vraiment être vierge (physiquement) pour entrer dans l’ordre des vierges ? Comment vivent-elles leur consécration virginale dans un monde complètement laïc ? L’ordre des vierges, est-ce une richesse pour l’Eglise d’aujourd’hui ? Autant de questions que peut se poser un quidam, et même un fervent chrétien catholique.

Camille Mukoso, SJ – Cité du Vatican

Contrairement aux prêtres (religieux) ou aux religieuses, les vierges consacrées ne formulent pas les vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté. Ni laïques ni religieuses, elles font vœu d’abstinence et continuent à vivre dans leur contexte ordinaire. Elles ne vivent pas en communauté, ne se côtoient presque pas, voire ne se connaissent pas. Elles sont libres d’aller et de venir à leur convenance. Elles ne partagent rien d’autre dans la vie de chaque jour, sauf le fait d’avoir « épousé » Dieu et d’avoir renoncé à une vie de famille. Qui sont-elles, ces vierges consacrées ?

“Vous êtes vierge consacrée aux études au Canada. Voudriez-vous vous présenter davantage ?”

Simone-Pierre Amagnamoua. Je suis de nationalité camerounaise, originaire du diocèse de Bafia et vierge consacrée du diocèse d’Obala au Cameroun depuis 8 ans. J’ai fait mon propos Sacré le 16 décembre 2017, 4 ans après ma consécration privée comme vierge consacrée. J’ai grandi à Yaoundé où j’ai fait mes études primaires, secondaires et une partie de mes études universitaires. Actuellement, je suis au Canada où je fais des études en psychologie clinique. En même temps, je suis restée très connectée à l’Afrique et je continue d’assurer certaines missions.

“Que veut dire être vierge consacrée et comment la devenir ?”

Ce sont des questions pertinentes qui méritent des réponses claires. Tout d’abord, Je commencerai par le premier volet de la question : c’est quoi une vierge consacrée ? Dans la troisième partie du livre II du code du droit canonique de 1983 qui traite des instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique (Cann. 573 - 606), au numéro 604, le paragraphe 1 dit ceci : « À ces formes de vie consacrée (les multiples instituts de vie consacrées qui existent dans l’Eglise, et dans les ermites) s'ajoute l'ordre des vierges qui, exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, sont consacrées à Dieu par l'Évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l'Église ».

Dans ce paragraphe, on peut comprendre explicitement qu’à la différence de certaines autres formes de vie consacrées, les femmes en qui l’Esprit suscite le charisme de la virginité (Mt 19, 11-12) ne prononcent pas de vœux, mais un "le propos sacré" (propositum) de vivre dans la virginité toute leur vie. Elles sont consacrées par l'Evêque de leur diocèse de domicile à travers un rite liturgique de consécration spécifique qui fait d’elles des épouses mystiques du Christ.

Les vierges consacrées ne font pas vœu d’obéissance à une supérieure, n’observe pas une règle commune et ne vivent pas en communauté au sens juridique du terme.

Dans les évangiles, « suivre le Christ de plus près » implique un certain niveau de renoncement qui se résume très bien dans les conseils évangéliques ou dans les vertus évangéliques (la pauvreté, la chasteté et l’obéissance). Sauf que les vierges consacrées ne font pas vœu d’obéissance à une supérieure, n’observe pas une règle commune et ne vivent pas en communauté au sens juridique du terme (une communauté avec une supérieure, économe, etc.). Les vierges consacrées peuvent posséder des biens puisqu’elles doivent subvenir à leurs besoins elles-mêmes.  Dans le paragraphe 2 du numéro 604, le droit canon ajoute ceci : « afin de garder plus fidèlement leur propos et d'accomplir par une aide mutuelle un service d'Église conforme à leur propre état, les vierges peuvent s'associer entre elles (no 604) ». Cela veut simplement dire que dans la vie quotidienne, les vierges consacrées peuvent vivre seules, en famille, entre elles ou avec d’autres consacrées ou dans d’autres situations favorables à l’expression de leur vocation et à la mise en œuvre de leur projet concret de vie. Tout en gardant en perspective ce qui est dit dans le Can. 588 - § 1, l'état de vie consacrée, de sa nature, n'est ni clérical, ni laïc. Aussi, pour subvenir à leurs besoins, les vierges consacrées doivent exercer une activité rémunérée comme, par exemple, celle de médecin, de psychologue, d’architecte, assistante de paroisse, etc. Mais surtout, la vie quotidienne des vierges consacrées doit être portée par la prière : la prière personnelle et la prière de l'Église. La vocation d'une vierge consacrée est donc d'être toute à Dieu, à chaque instant, dans l'amour du prochain et de l'Église.

Revenons au second volet de la question. Comment devenir vierge consacrée ?

La démarche est, avant tout, personnelle. Car, « c’est une vocation particulière par laquelle Dieu m’attire au cœur de l’alliance nuptiale » (Ap 19,79). Par conséquent, il faut avoir senti l’appel à être vierge consacrée. Lorsqu’on a confirmé cet appel avec son directeur spirituel, on va présenter son désir à l’Évêque ou à une vierge consacrée qui t’introduit chez l’Evêque.  Si ce dernier est ouvert à t’accueillir comme telle dans son diocèse, il s’en suit un temps de discernement et de formation selon les orientations communes qu’on retrouve dans le document publié par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique : « Instruction Ecclesiae sponsae imago sur l’ordre des vierges consacrées ». L’admission à la consécration exige que la candidate fasse preuve de sa capacité à assumer de façon responsable les engagements qui découlent de la consécration : être capable de se prendre entièrement en charge spirituellement, matériellement et humainement.

Concrètement, faut-il être vierge ?

La virginité ici veut dire que la vierge consacrée n’a jamais vécu dans un état notoire de concubinage, n’a jamais été mariée ou n’a jamais été violée (sic).

“On parle donc d’une virginité physique ?”

Lorsqu’on rentre dans l’histoire, par exemple avec Sainte-Angès de Rome, l’on voit clairement qu’au départ l’idée était de vouer son être totalement au Seigneur ; « je ne veux appartenir qu’à Dieu et rien qu’à lui ». Et aujourd’hui encore, il y a cette insistance sur la virginité physique. Mais, je voudrais insister sur le fait que la virginité physique n’est pas le plus important. N’oublions pas que nous parlons d’une vocation. Etant donné que c’est un appel, le Seigneur lui-même te prépare comme il a préparé la Vierge Marie. C’est dans ce sens qu’il convient de parler également de la virginité spirituelle. C’est-à-dire une pureté de l’âme qui implique une pureté de corps parce qu’on  peut  avoir un esprit sain dans un corps sain.  

Y-a-t-il de limite d’âge pour être vierge consacrée ?

Ce n’est pas forcément le critère de l’âge qui prime, mais plutôt un ensemble de critères à considérer dans un discernement pointu. Par exemple, le critère de l'autonomie financière et de la capacité à vivre dans un état de virginité toute la vie sont assez déterminant. Il est vrai que, dans certains cas comme le mien, on peut choisir de commencer par une consécration privée avant de faire le propos sacré, mais le rite de consécration des vierges consacrées est définitif. À la différence des religieuses qui font les premiers vœux et doivent renouveler chaque année, parfois sur une période de 6 à 9 ans avant de  faire les vœux perpétuels. Il faut tout de même signaler que la plus célèbre des jeunes vierges consacrées, Sainte Agnès de Rome, a été Martyre à 12 ans.

“Revenons sur vous : vous êtes donc vierge consacrée aux études au Canada, un monde complètement laïc. Est-ce un défi ? Quel est votre secret ?”

Je vis au Nord de l’Ontario et je n’étudie pas dans une université catholique. Ici, La religion est beaucoup plus une affaire personnelle et même privée. C’est cette réalité qui m’a le plus choquée au début en tant que consacrée africaine. J’ai tout de suite réalisé que nous n’avons pas vraiment les mêmes façons d’exprimer et de vivre notre foi et notre appartenance à l’Église. Sans vouloir entrer dans les jugements et les comparaisons, j’ai pris l’option de travailler sur moi-même. Comme dit le Pape François, lorsqu’il parle de la vocation de l’Eglise, être missionnaire « c’est transformer ses structures pour l’évangélisation du monde actuel ». En effet, j’ai dû transformer mes structures culturelles pour rester témoin de l’évangile au quotidien sans prosélytisme. Le plus important, c’est le témoignage de vie, c’est la qualité de la relation avec les gens qui qu’ils soient.  Ce qui m’aide en premier c’est le fait que je n’aie pas décroché avec mon engagement pastoral, par exemple avec le Réseau Mondial de Prière du Pape, et même dans la formation des vierges consacrées du Cameroun.

“La consécration virginale dans une Afrique assoiffée de fécondité. Comment votre entourage a accueilli votre don à Dieu ?”

Moi, j’ai surtout l’image d’une Afrique assoiffée de fécondité spirituelle. En Afrique, plus tu réussis, plus les attentes de la famille deviennent plus grandes et plus exigeantes. Et c’est parce que la communauté contribue à ta croissance, à ton épanouissement. C’est donc de ton devoir d’aider ceux qui t’ont soutenu. Mais, la plus belle chose que je puisse offrir à ma communauté, c’est d’abord le don de ma consécration. C’est cette richesse spirituelle que je désire partager avec ma famille, mes amis et ma communauté. C’est ce que j’ai de plus cher.

“L’ordre des vierges, est-ce une richesse pour l’Eglise d’aujourd’hui ?”

Je pense personnellement que la vocation des vierges consacrées s’adapte aisément tant dans le contexte africain que dans le contexte occidental. Et c’est une grande richesse pour l’Église de notre époque. La vierge consacrée est appelée à vivre au cœur du monde sans être emportée par la réalité du monde. Sa position lui donne le privilège d’entrer dans les méandres de la vie des hommes et des femmes de sa communauté. Consacrée avec les consacrées, laïque avec les laïcs, elle a la liberté de prendre distance quand elle le sent pour rester connectée avec son époux céleste.

“Quels sont aujourd’hui vos grands défis ? Vos espoirs ? Vos peurs ?”

Mon plus grand défi, c’est de rester fidèle à ma vocation au jour le jour où que je sois, quoi que je fasse ; d’être toujours ce que Dieu veut que je sois. J’ai peur et je  ne veux pas correspondre aux attentes individualistes d’un groupe, d’une communauté ou même d’une époque. J’admire beaucoup la vie des apôtres et des saints, parce qu’ils ont vécu dans leur époque, et même au-delà de leur époque, ils ont laissé quelque chose d’impérissable après eux. Moi, j’aimerais vivre comme eux. Comme espoir, je voudrais contribuer activement à faire rayonner l’ordre des vierges consacrées, d’abord, dans mon pays et pourquoi pas en Afrique.

“Aviez-vous un appel à lancer aux jeunes filles africaines qui discernent encore les voies de Dieu dans leur vie ?”

Je voudrais leur dire, que la vie consacrée ne se résume pas seulement dans la forme classique que nous connaissons, c’est-à-dire la vie religieuse. La vie consacrée, c’est comme un grand arbre avec plusieurs branches. Il y a plusieurs autres formes de vie consacrée dans l’église, certes encore mal connue Afrique. Mais, il est important lorsqu’on est à l’étape de discernement de chercher à s’informer. 

Entretien avec la sœur Simone-Pierre Amagnamoua. Au micro de Camille Mukoso, SJ
21 août 2021, 14:51