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Soudan du Sud : Conseil des Eglises sur les 10 ans d'indépendance

9 juillet 2011 – 9 juillet 2021, voilà une décennie depuis l’accession à l’indépendance du Soudan du Sud. Pour le Conseil des Eglises de ce pays, les perspectives du pays ne sont pas du tout roses.

Donatien Nyembo, SJ – Cité du Vatican

Le 9 juillet 2011 est une date historique pour l'Afrique : ce jour-là, en effet, a marqué la naissance d'un nouvel État, le Sud-Soudan, devenu indépendant du Nord par un référendum, voté par plus de 98 % de la population. Dans un message en vue de l'anniversaire, le Conseil des Eglises du Sud-Soudan écrit : « Nous n'avons pas grand-chose à célébrer, le peuple vit une période difficile en raison de la violence persistante, du désespoir et de la misère ».

Ce pays africain est en effet écrasé par des tensions permanentes qui se sont aggravées en 2013, lorsque les partisans du président Salva Kiir, d'ethnie dinka, et ceux de l'ancien chef d'État Riek Machar, d'ethnie nuer, ont commencé à s'affronter. Ce grave conflit a laissé une traînée de mort et de destruction sur le terrain, faisant 400 000 morts et 4 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

L’accord de 2018

En 2018, un accord a été conclu pour mettre fin à la guerre, l'Accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud (R-ARCSS), tandis qu'en février 2020, les factions politiques sont parvenues à un accord pour former un nouveau gouvernement transitoire d'unité nationale, avec Kiir à sa tête et Machar dans l'opposition. Mais les résultats concrets tardent à arriver et la violence se poursuit, touchant également les chefs religieux.

C'est donc dans ce contexte que s'insère le message du Conseil des Eglises du Sud-Soudan qui déplore « la violence intercommunautaire endémique, ainsi que les cas croissants de violence sexuelle, de meurtres par vengeance, d'accaparement de terres et d'enlèvements d'enfants. » Autant de facteurs qui « ont non seulement déstabilisé la paix, mais aussi retardé le développement socio-économique du pays ».

Des rêves de paix envolés ?

A en croire le Conseil des Eglises du Sud-Soudan, ces conflits ont fait de dix premières années d'indépendance une décennie gâchée. « Nous sommes maintenant au point mort ». Il y a dix ans, en effet, le peuple célébrait en effet, dans l'euphorie et l'enthousiasme la naissance de la plus jeune nation du monde car il espérait « après des années de lutte et de sacrifices, être enfin arrivé sur la "Terre promise" et pouvoir construire un monde meilleur, grâce aussi aux sacrifices désintéressés de tant de martyrs et de héros de notre temps qui ont œuvré au nom de la justice, de la liberté et de la prospérité de notre peuple ».

Le 9 juillet 2011, « nous nous attendions à un nouveau rayon d'espoir et à une paix durable », écrit le Conseil des Églises sud-soudanaises, « mais cette exultation n'a guère duré car, à peine deux ans plus tard, la nation a plongé dans de violents conflits qui l'ont dévastée », appauvrissant la population, délaissée « sans espoir et réduite à une dépendance extrême de l'aide humanitaire ». D'où l'exhortation des leaders des églises soudanaises aux forces politiques de mettre en œuvre l'accord de paix, afin de rétablir la stabilité dans le pays. Pour leur part, les Eglises nationales garantissent leur engagement à "soutenir la paix, la justice, le pardon et la réconciliation dans le pays".

Des espoirs…

L'espoir du Conseil des Eglises du Sud-Soudan est que la deuxième décennie d'indépendance du Sud-Soudan représente « un nouveau départ de liberté et de prospérité pour tout le peuple. Il ne doit donc pas s'agir d'une nouvelle décennie perdue, mais plutôt d'une occasion de sauver le peuple de la misère et de mettre fin à l'auto-sabotage de notre avenir et de notre prospérité collectifs », insiste la note. Les chefs religieux invitent tous les sud-soudanais à la réflexion de manière à tirer des « leçons de ces expériences et assumer la responsabilité collective de libérer notre pays de ses difficultés actuelles ».  « Plus jamais notre peuple ne sera victime, sans pitié, de nos propres mains ! » le Conseil des Eglises du Sud-Soudan.

Le souvenir du Pape François

Rappelons, enfin, le grand engagement du pape François pour le Soudan du Sud : un engagement concrétisé le 11 avril 2019, avec la convocation d'une retraite spirituelle à la Casa Santa Marta et à laquelle Salva Kiir et les vice-présidents désignés n'ont pas tardé à participer. Cet événement a été marqué par un geste particulièrement significatif : le Pontife s'est agenouillé et a embrassé les pieds des dirigeants politiques, invoquant la paix pour le jeune pays africain.

08 juillet 2021, 14:45