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Monseigneur Ignace Bessi Dogbo,  Président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire . Monseigneur Ignace Bessi Dogbo, Président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire . 

Côte d’Ivoire : Monseigneur Bessi : « Le retour de l’ex-président Laurent Gbagbo est l'un des facteurs pour la réconcilaition des ivoiriens »

L’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, est de retour en Côte d’Ivoire depuis le jeudi 17 juin 2021, après son acquittement par la Cour pénale internationale, CPI. Il était accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, suite à la crise post-électorale ivoirienne de 2010-2011 qui a fait plus de trois milles morts, selon l’ONU. Mgr Ignace Bessi Dogbo, archevêque de Korhogo et Président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire se prononce sur ce retour. Entretien.

Françoise Niamien – Cité du Vatican

Quelles sont vos impressions suite au retour en Côte d’Ivoire de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, après une décennie en détention à la Haye ?

C’est une impression de joie, parce qu’il s’agit d’un retour. Quand nous parlons de retour, c’est qu’il y a eu, au préalable, un départ. Et le départ n’a pas toujours été quelque chose de bien vécu. Dans la Bible, souvent, la relation entre l’Homme et Dieu est présentée dans le sens de l’éloignement de Dieu et du retour à Dieu.
Dans notre vie de tous les jours, nous vivons souvent cette situation de départ et de retour. L’histoire de Joseph et de ses frères dans la Bible (Genèse 37, 1-2 ; 14 ; 18-27) est un exemple, il y a un départ.
Joseph a été vendu par ses frères à des Ismaélites. Par-là, il y a le retour de ses frères vers Joseph et de celui-ci vers les siens : ce qui a permis de retrouver l’harmonie.
Que le retour de l’ancien président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, qui est désormais effectif, soit une occasion d’harmonie retrouvée, un moment de retrouvailles de bonheur partagé pour engager le futur, de manière plus radieuse.

Pour vous, y a-t-il un enjeu à ce retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ?

Oui, il y a un enjeu et c’est, bien sûr, la réconciliation. Quand deux membres d’une même famille se sont éloignés, le retour c’est la réconciliation. On se retrouve parce qu’on est séparé. Au cœur de l’homme lui-même, il y a des ruptures, à plus forte raisons dans la vie en famille, dans la vie en société et dans la vie d’une nation.
Dans toute une vie humaine, il y a des ruptures. Mais, à un moment donné, il faut que la nation, la société, la famille et l’individu lui-même puisse se retrouver.
L’enjeu est donc la réconciliation. Il faut se retrouver et vivre ensemble. C’est fondamental. On ne peut pas perpétuer une situation de rupture et de conflit. Non, il faut, à un moment donné, mettre fin à cette situation de conflit pour se retrouver et repartir dans une communion parfaite.

Pensez-vous que ce retour peut conduire la Côte d’Ivoire à la réconciliation ?

Tout est une question de la détermination des uns et des autres ainsi que de l’intention de la finalité qu’on veut. Quelle est l’intention que nous avons, nous les Ivoiriens ? Est-ce que nous voulons nous réconcilier ? Si nous voulons nous réconcilier, alors nous en prenons les moyens. Et ce retour est l’un des moyens pour la réconciliation en Côte d’Ivoire. Notre détermination nous aidera à surmonter les obstacles que nous rencontrerons. Si les Ivoiriens sont vraiment déterminés à aller à la réconciliation, rien ne pourra les arrêter.
Si nous pensons que la réconciliation est vraiment nécessaire pour un meilleur vivre- ensemble en Côte d’Ivoire, pour un meilleur développement harmonieux, nous devons y mettre du nôtre : la bonne volonté et la sincérité. Mettre dans nos cœurs le désir inébranlable d’y arriver, malgré tous les obstacles qu’on pourrait rencontrer. C’est un parcours qui comporte des chemins tortueux, mais on avance résolument, parce que nous sommes convaincus que c’est cela qu’il faut pour notre pays : la réconciliation.

En vue d’aboutir à cette réconciliation, quel est votre message à l’ensemble de la classe politique ivoirienne et à l’ensemble des ivoiriens ?

Le Christ est venu pour réconcilier les Hommes avec Dieu. Et l’apôtre Paul dans (2, Co 5-6) ne cesse de le dire « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Et se réconcilier avec Dieu suppose la réconciliation avec son frère. De ce fait, tout ce que nous pouvons dire c’est que l’Evangile de Jésus Christ qui est un l’Evangile de l’amour exige la réconciliation. Pour les chrétiens c’est évident, et pour les autres religions c’est un impératif.
Le message que nous lançons à tous les acteurs politiques du pays c’est d’écouter la voix de Dieu qui arrive par ses prophètes et qui peut même arriver par le frère à coté capable de nous parler et nous prodiguer des conseils.
L’heure est venue pour que, tous, nous nous laissions prendre dans l’élan de notre foi par la réconciliation comme un message évangélique. Nous devons être miséricordieux comme le Père céleste l’est.
Tout homme politique, toute la société civile, tout Ivoirien doit se laisser prendre dans cette mouvance de la miséricorde de Dieu qui rejaillit sur ses créatures.
Qu’on soit catholique, chrétien d’autres confessions, ou musulman, qu’on soit non- croyant, il y a notre conscience qui nous inspire et nous indique la voix de Dieu, la voix de la miséricorde pour être comme le Père qui nous a créés. Tout ivoirien doit se laisser prendre par cette mouvance et avancer avec les autres pour que la Côte d’Ivoire soit un pays de paix, un pays qui se développe et qui rayonne pour le bonheur de tous.

Votre Mot de fin ?

Mon mot de fin, c’est retrouvailles, c’est réconciliation. C’est une marche. Un énorme dynamisme. On peut commencer par « un semblant » de réconciliation et puis on approfondit et on se convertit peu à peu, parce qu’il faut aussi tenir compte de l’aspect conversion.
On peut arriver à se convertir parce que l’Esprit de Dieu agit et alors ce sera une vraie réconciliation et nous y arriverons.

 

 

Monseigneur Bessi au micro de Françoise Niamien

 

23 juin 2021, 14:34