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Konnie Touré, journaliste-présentatrice ivoirienne Konnie Touré, journaliste-présentatrice ivoirienne 

Konnie Touré, l’étoile de médias ivoiriens

Elle est omniprésente sur les réseaux sociaux. Elle brille sur le petit écran. Le charme de sa voix captive sur Vibe Radio. On ne peut aujourd’hui parler de médias en Côte d’Ivoire sans la citer. Elle est un peu l’Oprah Winfrey ivoirienne, tellement qu’elle est tout en une. Elle, c’est Konnie Touré. Portrait.

Jean-Pierre Bodjoko, SJ* - Cité du Vatican

Depuis plus de 20 ans, Konnie Touré est l’une des figures de proue de l’espace audiovisuel en Côte d’Ivoire. Son enthousiasme ne semble jamais s’émousser, son sourire paraît inoxydable et la fraîcheur de sa voix continue d’enchanter les auditeurs de « Vibe Radio », dont elle est la directrice générale et où elle anime l’émission « On s’éclate », ainsi que les téléspectateurs de « Life Week-end », émission de télévision dont elle est la présentatrice principale sur Life TV et dont le succès s’est exporté au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire.

Vous avez plusieurs casquettes : animatrice, journaliste radio et télévision, productrice, actrice et même artiste. Pourriez-vous vous décrire dans les grandes lignes ?

A la base, je suis animatrice de radio, parce que c’est mon premier métier. Au fil des ans, je suis devenue présentatrice à la télévision et productrice aujourd’hui. Je suis devenue actrice par la force des choses et je suis artiste amateure. C’est depuis presque 21 ans que je suis dans le monde des médias.

Vous êtes l’une des femmes des médias les plus suivies de Côte d’Ivoire. Quel est votre parcours ?

Je n’ai pas eu de parcours professionnel spécifiquement dans les médias. J’ai débuté à la radio par amour pour la musique, en général. Je venais d’avoir mon Bac, j’avais 18 ans et un long moment devant moi avant d’intégrer l’université. Je me suis dit que j’allais faire un job de vacances. Comme j’aimais la musique, les médias et la radio, j’ai donc commencé par cela et la mayonnaise a pris. En fin de compte, c’est devenu mon métier. Dans mes débuts, en 2000, j’ai été recrutée à City FM, une radio de la commune de Treichville. J’y ai fait mes premières armes. Un an plus tard, j’ai répondu à un appel à casting de Radio Nostalgie, la plus grande radio musicale de la Côte d’Ivoire. J’ai été recrutée et je suis restée à Radio Nostalgie pendant 14 ans. J’y étais animatrice, directrice adjointe des programmes et directrice des programmes ad intérim. En 2015, le groupe Lagardère m’a recrutée pour monter sa radio à Abidjan qui s’appelle « Vibe Radio ». J’étais la directrice des programmes et animatrice de la matinale. Aujourd’hui, je suis la directrice générale de cette radio qui a été rachetée par Fabrice Savegnon. Ce dernier est aussi le propriétaire de la chaîne de télévision « Life TV », où je travaille.

Si vous deviez choisir entre la radio et la télévision, le choix serait difficile ?  

Non, pas du tout. Je choisirais la télévision, parce qu’elle rassemble l’audio et le visuel, tandis qu’à la radio on est uniquement dans l’audio. La télévision offre également une opportunité d’avoir plus de notoriété. J’ai travaillé longtemps à la radio et j’étais, plus ou moins, connue. Mais, depuis que je suis à la télévision, beaucoup plus de personnes m’ont découverte. Donc, la question du choix ne se pose même pas. La preuve, actuellement, j’anime beaucoup plus mon émission sur Life TV, une émission hebdomadaire qui passe tous les vendredis.

Nous allons y arriver…Vous avez aussi votre propre entreprise « KonnieVence ». En quoi consistent ses activités ?

Il s’agit d’une entreprise de production qui existe depuis 2012. Nous produisons notamment des spots publicitaires. Actuellement, nous produisons une série fiction qui sortira en août prochain. Nous produisons également des émissions notamment l’émission « On s’éclate » et nous faisons également de la production pour Canal +, tels que des reportages.

Et ça marche ?

Dieu Merci, oui ça marche ! (Rires). Heureusement, j’ai vite compris que, dans ce milieu, je ne pouvais pas uniquement me contenter de mon salaire d’’animatrice et qu’on n’a pas les mêmes opportunités dans un pays francophone, comme la Côte d’Ivoire, que dans un pays anglophone, comme le Nigeria ou le Ghana, où il y a beaucoup plus de possibilités et de visibilité. J’ai vite compris le besoin et la nécessité de me lancer dans les affaires. D’où, la création de ma société et je n’ai aucun regret.

N’y a-t-il pas parfois un conflit d’intérêt du fait que vous êtes salariée et que vous avez également votre propre entreprise ? 

Pas du tout. Chez les autres, je travaille en tant qu’animatrice, présentatrice ou directrice. En tant que productrice, je suis à mon propre compte. Donc, il n’existe pas de conflit d’intérêts. Au contraire, c’est une aubaine pour ces entreprises et pour moi-même, parce que nous procédons parfois à des échanges de services. Quand je produis une série, le but est de la diffuser sur Life TV, la chaîne de télévision où je travaille. La question du conflit d’intérêt se poserait, par exemple, si je produis une émission au nom de KonnieVence, que je présente l’émission et que je la vends à une chaîne concurrente. Tant que ce n’est pas le cas, tout va bien.

Plusieurs hommes et femmes de médias en Afrique évoquent le problème de « savoir nouer les deux bouts du mois avec son salaire ». Est-ce également un problème qui se pose pour vous ?

C’est ce que j’ai expliqué, quand j’ai dit que j’avais vite compris l’urgence de varier mes activités, au-delà de ce que je fais. Donc, j’ai créé ma société qui me permet aujourd’hui de joindre les deux bouts du mois. Avec KonnieVence, je gagne bien ma vie. Avec l’expérience que j’ai apprise au fil des ans, je peux le dire, sans prétention, que mon métier me nourrit.

Comment arrivez-vous à combiner toutes vos casquettes : animatrice, journaliste radio et télévision, productrice, actrice ?

C’est une question d’organisation. Savoir accepter ou pas des propositions. Pour la télévision, par exemple, il était clair pour moi que je n’aurais jamais pu animer une émission quotidienne avec mes nombreuses occupations. Je sais que mes jeudis soir et toutes les journées du vendredi sont consacrées uniquement à la télévision. Et je fais de la radio tous les jours. Donc, c’est juste une question d’organisation. Quand il faut prendre des congés je le fais et quand il faut tourner le week-end, je le fais également. Il faut juste bien planifier son programme et le respecter.

Quand on suit votre émission et on voit votre sourire, vous semblez, sur le plan professionnel, être une femme très heureuse…

Je suis très heureuse. Le métier me donne tout et je lui donne tout ce que je peux. Je ne modifie pas ma personnalité. C’est ma vraie personnalité qui se reflète à l’écran ou quand je présente mes évènements. Je prends aussi beaucoup de plaisir à faire ce travail.

Parlez-nous alors de Life Week-end, cette émission qui a du succès, même au-delà de la Côte d’Ivoire ?

Life Week-end est une émission qui existe depuis presque un an maintenant. Nous avons réalisé notre première émission en juin de l’année dernière.

C’est une émission que vous avez proposée vous-même ou avec les autres « Queens » comme vous les appelez ?

Non, c’est une proposition de la chaîne qui m’a fait savoir que, tous les week-ends, on allait réunir des femmes sur un plateau et que l’on allait parler de tous les types de sujets. C’est une émission sur laquelle le directeur des programmes a voulu mettre un point d’honneur. Ce qui est bien est qu’on travaille de manière collégiale. Rien n’est imposé. Des propositions sont faites par l’équipe éditoriale, la direction des programmes ou encore par les animatrices ou chroniqueuses. Nous avons démarré l’émission avec un concept assez spécifique. Avec mon expérience, j’ai aussi apporté mon expertise, en faisant des propositions de modification ou des ajouts. Comme la chaîne est très ouverte, elle m’a laissée apporter ma touche personnelle avec mes chroniqueuses. Et la formule que l’on a aujourd’hui, et qui existe depuis 10 mois, est celle que l’on a modelée et optimisée. Nous sommes vraiment très heureuses de savoir que l’émission est regardée au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire, parce que, pour l’instant, Life TV est une chaîne nationale ivoirienne. Mais, grâce aux réseaux sociaux, nous sommes suivies partout et nous avons des témoignages d’Ivoiriens ou d’Africains de la diaspora qui nous écrivent des commentaires d’encouragement. Comme vous me posiez la question, cela fait de moi une femme extrêmement heureuse.   

Une rubrique de votre émission s’appelle « Le confessionnal ». Cela a trait à l’Eglise catholique [ndr: Konnie Touré est musulmane]. D’où vous est venue l’idée de la conception de cette rubrique ?

A la radio, j’anime une émission intitulée « On s’éclate ». Et j’avais tendance, dans les séquences de cette émission, à poser des questions intimistes aux artistes que je recevais. Et je voyais qu’il y avait un réel besoin d’expression. C’est bien de s’amuser, mais aller chercher les confessions des différentes personnalités que je recevais était quelque chose qui marchait. J’ai presque failli arracher une larme à certains. Et, dès que l’on m’avait proposé Life Week-end, je m’étais dit qu’il manquait quelque chose et qu’il fallait un moment d’intimité et de sincérité, un moment feutré avec les stars, parce qu’au-delà de leurs carrières, le public a aussi besoin de savoir ce que ces stars ressentent au plus profond de leur cœur, spécifiquement par rapport à des histoires qu’elles ont vécues. Et la proposition avait été très bien acceptée. Je suis très heureuse d’animer la rubrique « Le confessionnal », avec, pour les introductions, l’aide d’un grand ami, André Boua, qui est le rédacteur en chef des journaux de Life TV. C’est une séquence à laquelle je tiens énormément, car c’est la seule dans laquelle je me retrouve toute seule face à l’invité(e). C’est aussi l’une de mes rubriques préférées.

Vous avez remporté plusieurs prix au cours de votre carrière, notamment le prix RFI de la meilleure animatrice radio Afrique-Caraïbes, en 2005 et vous avez aussi été reconnue parmi les 100 personnalités ivoiriennes les plus influentes de l’année en 2019 et en 2020. Que ressentez-vous en recevant ces prix ?

On se sent toujours fière d’avoir la reconnaissance du public, de ses pairs ou des professionnels du milieu. Mais, la plus grande récompense est celle que je reçois au quotidien de personnes qui me suivent et qui me témoignent leur respect pour ce que je fais et pour ma personnalité. Evidemment, quand on fait un métier, on a besoin d’être validé d’une certaine façon, même si on le fait avec le cœur. Ces différentes récompenses représentent pour moi des espèces de validation du travail que j’abats chaque jour. Ces récompenses sont un honneur que je reçois avec beaucoup d’humilité et avec mon cœur.

Votre meilleur souvenir jusqu’à présent, même si vous êtes encore jeune ?

C’est un souvenir professionnel. La première fois que j’ai participé à un évènement international. Il s’agissait de l’émission Africa Star avec Claudy Siar, au Gabon. C’était la toute première fois que je me retrouvais sur un grand plateau de télévision et j’avais constaté qu’il y avait une grande organisation. Mais, j’ai aussi beaucoup d’autres bons souvenirs.

Un mauvais souvenir ? On est un peu dans ce que vous appelez « Confessionnal » (Rires)

Je comprends ce que je fais subir à mes invités (Rires). Pour l’instant, je ne vois pas ce que je pourrais évoquer comme mauvais souvenir dans ma vie.

Les critiques ou les rumeurs vous affectent-elles ?

Non, parce que je ne prends jamais les choses sur moi. Je fais partie des personnes qui pensent que, une fois que tu sais ce que tu vaux et ce que tu es, ce que les autres disent de toi et quand ce sont des critiques constructives, il faut les prendre car cela t’aide à te construire. Mais, quand ce sont des critiques sur ta vie privée, je ne les prends pas sur moi. Le plus important ce sont les choses que j’aime et que je pense faire de bien au quotidien : améliorer ma vie et celle des gens qui m’entourent.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes filles qui voudraient suivre votre exemple professionnel ?

Quand vous souhaitez travailler dans le domaine des médias, ne venez pas y travailler parce que vous avez envie d’être une star ou parce que vous avez envie de vous montrer à la télévision. Venez parce que vous aimez les médias. Au-delà du bling-bling et des projecteurs, il y a un vrai travail qui est fait en amont. Et si vous n’êtes pas prêt à travailler dur, à vous réveiller tôt et à dormir tard, ça ne sert à rien. Il faut travailler au quotidien pour améliorer votre style et vous éduquer dans le métier que vous aurez choisi, afin de vous perfectionner chaque jour un peu plus. Il faut s’armer de patience et intégrer le fait que la difficulté nous aide à comprendre les choses et à avancer. Il faut accepter d’y aller étape par étape, de gravir les échelons tout doucement et ne pas avoir peur de commencer au bas de l’échelle. Et, surtout, ne pas être pressée. La patience c’est le secret.

Et quel conseil donneriez-vous à vous-même si vous deviez vous regarder devant un miroir ?

Il faut que je lâche prise parce que je suis trop exigeante envers moi-même. Autant je suis prête à beaucoup de concessions concernant mon prochain, je ne me pardonne pas mes erreurs, mes faux pas et mes égarements. Tout ne peut pas être parfait et il faut accepter de commettre des erreurs. Il faut se ressaisir, ne pas se tenir rigueur. Je me dirais cela si je suis devant un miroir et j’espère que je vais m’écouter.

Quels sont vos projets ?

Mon projet le plus immédiat est cette série que je produis et qui, je l’espère, va connaître un grand succès, parce que j’y suis moi-même actrice. J’espère que cette série va aussi booster ma société afin que ses activités s’étendent au-delà de la Côte d’Ivoire.

Twitter : @JPBodjoko E-mail : jeanpierre.bodjoko@spc.va

Konnie Touré au micro de Jean-Pierre Bodjoko, SJ

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28 mai 2021, 19:30