Recherche

Vatican News
 M. Samnick, enseignant de  langue et culture nationale à Douala au Cameroun M. Samnick, enseignant de langue et culture nationale à Douala au Cameroun 

Cameroun : M. Samnick : « l’enseignement de la langue apporte un plus aux élèves »

François Désiré Samnick est enseignant de langue et culture nationale depuis 1982, au collège Liebermann, à Douala au Cameroun. Il estime que la langue maternelle est un élément essentiel de l’authenticité de notre identité culturelle et que son enseignement à l’école apporte un peu plus aux l’élèves. Entretien.

Françoise Niamien - Cité du Vatican

Qu’est-ce que la langue maternelle ?

La langue maternelle est celle que l’enfant apprend dès sa naissance et utilise en famille. C‘est le premier moyen de communication par lequel l’enfant se socialise et se situe dans la société.
C’est la langue utilisée par les parents pour la communication en famille. La mère est la personne la mieux indiquée pour apprendre cette langue à l’enfant. Elle doit également parler la langue de son mari et pouvoir l’apprendre à l’enfant.
Dans le cas où la mère ne comprendrait pas la langue de son mari, l’enfant doit apprendre à parler la langue de sa mère qui devient sa langue maternelle ou la langue de la communauté où tous vivent.

Pensez-vous que la langue maternelle est beaucoup parlée en Afrique, de manière générale, et particulièrement au Cameroun ?

Malheureusement, nos langues maternelles ne sont pas beaucoup utilisées. Certains ne trouvent aucun intérêt à parler leur langue maternelle. Pour d’autres, c’est parce que les parents eux-mêmes ne savent pas parler leur langue maternelle.
Au collège Lieberman, où nous enseignons les langues maternelles, quand nous demandons aux enfants de nous donner des proverbes, ou de chanter en langue maternelle ou encore de nous présenter une danse traditionnelle, ils répondent qu’ils ne savent pas parler leurs langues maternelles. Ils ne savent rien de leur culture parce qu’à la maison c’est la langue française ou l’anglais. Ni le père ni la mère ne parlent leur langue maternelle. Je ne peux pas pénaliser un tel enfant. La faute incombe aux parents qui ne savent pas parler leurs langues.
Avant, les parents parlaient leurs langues maternelles. Mais, aujourd’hui, ils préfèrent parler le français ou l’anglais en famille. Et ces parents prennent pour prétexte que les langues ne comptent pas dans les examens officiels. Malheureusement, pour ces parents, la langue maternelle ne sert à rien. Et cela est bien dommage. Quand les parents ne parlent pas leurs langues maternelles c’est bien évident qu’ils ne soient pas capables de l’apprendre à leurs enfants. Cela nuit à nos langues maternelles. La langue maternelle est très importante.

D’où la célébration d’une journée mondiale de la langue maternelle le 21 février de chaque année. Quel est l’intérêt que vous accordez à une journée mondiale dans un contexte de mondialisation ?

L’intérêt d’une journée mondiale de langue maternelle consiste à lui donner de l’importance dans la recherche de l’identité culturelle.
Au collège Lieberman, au cours de certaines activités comme celle appelée retour aux sources, nous donnons l’occasion aux enfants de vivre ce qui se passe au village, en nous proposant des proverbes, des chants et danses traditionnelles.
La langue maternelle aide à véhiculer la culture parce que vous ne pouvez pas parler de la fête de ngodo chez les Douala à travers le schème mental français, mais plutôt et absolument par le biais de la langue maternelle.

Comment promouvoir les langues maternelles et quel est l’enjeu lorsqu’on les enseigne dans les écoles ?

Pour promouvoir nos langues maternelles africaines aujourd’hui, il faut passer par leur apprentissage en famille, à l’école, dans les milieux sociaux et par les médias.
Au Cameroun, on a vulgarisé les langues maternelles dans les écoles primaires et secondaires.
Un élève qui s’exprime en langue maternelle parvient aisément à comprendre ce qu’on lui demande à l’école. Il m’arrive de leur donner des exemples en langue ewondo, en bassa ou en douala. Le but est simple : les amener à comprendre certains sujets en français ou en anglais.
Je dis par exemple en ɓàsàa, màkàlà imâ ù kondɛ makàlà imâ halā à yè màkàlà maŋɛn ? ce qui signifie : 2 beignets + 2 beignets font combien de beignets ? L’enfant qui comprend bien sa langue donne toujours la bonne réponse. La langue maternelle constitue une matrice de compréhension de ce qu’on leur enseigne à l’école française.
Nos langues maternelles en Afrique ont de la valeur, elles ont une place importance dans nos systèmes éducatifs. Je prends le cas du Cameroun, où le ministre a l’intention d’insérer des langues maternelles dans le programme scolaire, pour en faire des sujets lors des examens officiels. Nos langues maternelles ont leur place dans l’enseignement dans nos écoles de base et même dans nos universités. L’enseignement de la langue maternelle à l’école apporte un plus aux élèves.

Votre mot de fin ?

J’exhorte les parents à apprendre leur langue maternelle à nos enfants pour valoriser, promouvoir et pérenniser nos propres cultures africaines parce que ceux-ci se déracinent progressivement. Certains adultes et parents ont honte de parler leur langue maternelle et c’est bien dommage. Nous en faisons un cri de cœur. Nous devons lutter pour la promotion de nos langues et de nos cultures. Nous ne disons pas qu’il faut abandonner le modernisme. Toutefois, il faut savoir comment bien accueillir ce qui vient d’ailleurs pour en faire un complément qui soit profitable à celui qui reçoit.

 

M. Samnick au micro de Françoise Niamien

 

08 mars 2021, 14:23