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Vatican News
2021.02.18 Fe y alegria RD Congo: Padre Kiteso

Fe y Alegria, un mouvement d’éducation pour tous

Fe y Alegría est un mouvement d’éducation populaire fondé en 1955, à Caracas au Venezuela, par un jésuite chilien, le père José Maria Velaz. Présent aujourd’hui dans plusieurs pays à travers le monde, le mouvement semble avoir réussi à s’intégrer dans les zones les plus marginalisées. Le père Alfred Kiteso, directeur national de Fe y Alegria en République démocratique du Congo (RDC) et en Angola, nous explique le travail de ce mouvement d’éducation pour tous.

Camille Mukoso, SJ –Cité du Vatican

C’est quoi Fe y Alegria ? Quelle est sa mission, son travail ?

Fe y Alegria est une organisation ou un réseau apostolique de la Compagnie de Jésus initié par le père jésuite José Maria Velaz en 1955, à Caracas au Venezuela. C’est un mouvement social d’éducation populaire d’inspiration chrétienne, unissant alphabétisation et scolarisation à la conscientisation sociale et politique.

Sa mission n'est pas de créer des écoles ou de développer des programmes sociaux, mais de transformer les structures sociales des pays, à partir de l'éducation. Autrement dit, nous cherchons la transformation des personnes pour construire des systèmes sociaux justes et démocratiques. Le Père Général de la Compagnie de Jésus le dit très clairement dans les Préférences Apostoliques Universelles quand il nous appelle à « marcher ensemble avec les pauvres, les rejetés du monde et ceux dont la dignité a été violée dans une mission de réconciliation et de justice » dans le but de « promouvoir la justice sociale et de changer les structures économiques, politiques et sociales qui génèrent l'injustice ».

“Nous cherchons la transformation des personnes pour construire des systèmes sociaux justes et démocratiques.”

Fe y Alegria entend apporter des réponses appropriées aux questions d’actualité à caractère éducatif. En RDC, quelles sont aujourd’hui ces questions d’actualité ? Autrement dit, quels sont les défis de l’éducation dans ce pays ?

Je ne suis pas un expert en éducation, mais je trouve qu’il y a des défis qui sont connus et l’on n’a pas besoin de grandes études pour les appréhender. En 2017, à l’occasion de la journée internationale de l’alphabétisation, il était dit que le taux d’analphabétisme en RDC était de 29,1 % dont 41% pour les femmes et 21% pour les hommes. Mais, lors de mes déplacements dans plusieurs provinces, j'ai réalisé qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce secteur social : le taux d’analphabétisme sur terrain devient inquiétant.  Par exemple, dans le quartier où je me trouve à Kinshasa,  beaucoup de Congolais (adultes, jeunes et enfants) sont analphabètes dans leur langue vernaculaire. C’est une situation qui doit nous interpeller. Je sais que beaucoup d’efforts sont fournis par les responsables politiques, mais il faut aussi reconnaître que beaucoup reste à faire.

“Dans le quartier où je me trouve à Kinshasa, beaucoup de Congolais (adultes, jeunes et enfants) sont analphabètes dans leur langue vernaculaire. C’est une situation qui doit nous interpeller.”

L’efficacité interne du système éducatif pose aussi problème. Le taux de redoublement est inquiétant. L’on parle de 15,3 % et ce serait quelque peu supérieur à la moyenne africaine. Le taux d’abandon scolaire est aussi important. Les facteurs qui l’expliquent sont multiples : frais de scolarité trop élevés (avant la décision salutaire du Chef de l’Etat sur la gratuité de l’enseignement), l’échec scolaire, la distance entre l’école et la famille, la maladie ou le handicap, le travail forcé, l’insécurité, la malnutrition). L’on peut également épingler le taux de réussite parfois fantaisiste dans les écoles à cause des mécanismes de corruption ou de manque de sérieux dans le travail. L’offre reste également faible par rapport à la demande. Il faut encore des écoles dans beaucoup de provinces ; il faut diversifier les formes de l’offre éducative et investir aussi dans l’éducation non formelle, notamment pour ceux dont l’âge ne permet plus d’accéder aux structures d’éducation formelle. Et, il convient aussi de revoir la politique de la carte scolaire qui concerne l’implantation des écoles.

“L’on peut également épingler le taux de réussite parfois fantaisiste dans les écoles à cause des mécanismes de corruption ou de manque de sérieux dans le travail.”

Le chômage, l’inutilité des programmes scolaires qui semblent déconnectés du social des Congolais. D’aucuns accusent même les programmes scolaires d’être moins utiles. Les produits de l’éducation formelle sont déboussolés au terme de leur cursus. C’est suicidaire pour un pays !

En Afrique, Fe y Alegria est implanté en RDC, au Tchad et bientôt en Angola. Qu’est-ce qui justifie le choix porté sur ces pays ?

Il n’y a pas de choix en amont. C’est juste un processus auquel il faut se conformer, si l’on veut intégrer le grand mouvement Fe y Alegria. Tout commence par une demande officielle que le Supérieur Majeur adresse à la Fédération Internationale.

Dans la correspondance officielle, les noms de la personne désignée comme responsable et du lieu d’implantation du projet doivent être soigneusement indiqués. Ce n’est qu’après avoir reçu une réponse favorable de la Fédération que les activités de Fe y Alegria peuvent commencer au sein d’une province jésuite. Vous comprenez que Fe y Alegria répond plutôt aux besoins exprimés par les Supérieurs Majeurs.

“Tout commence par une demande officielle que le Supérieur Majeur adresse à la Fédération Internationale.”

Une petite précision : l’Afrique compte trois pays fédérés ou trois pays déjà membres effectifs de Fe y Alegria (Tchad, Madagascar, République démocratique du Congo) et trois pays où l’expérience fait ses premiers pas (Kenya, Guinée Conakry et Angola).

Comment sont organisées vos activités en cette période de crise sanitaire due à la pandémie du nouveau coronavirus ?

L’équipe du bureau national travaille dans le respect des gestes barrières. Dans nos trois réseaux, le travail continue dans les écoles primaires que nous accompagnons. Il y en a 40 au total. Nous continuons à organiser nos sessions de renforcement des capacités pédagogiques, tout en invitant les bénéficiaires à respecter les gestes barrières. Notre programme d’alphabétisation radiophonique permet aussi de sensibiliser les populations de Kikwit, Kisantu et Mbanza Ngungu. Depuis le mois d’octobre dernier, nous avons lancé une campagne de sensibilisation sur la Covid-19 dans 8 écoles pauvres de Kikwit. Des lave-mains, du gel hydroalcoolique, des cache-nez et des dépliants sont distribués aux élèves et à leurs encadreurs.

Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Permettre à tout citoyen congolais de bien jouir de son droit à l’éducation. Il s’agit là d’une question de dignité que l’on retrouve dans le Pacte Educatif Mondial du Pape François.

Je m’insurge contre toute forme d’injustice dans ce domaine très noble qu’est l’éducation. Pour moi, aucun citoyen du monde ne peut en être exclu ; tout comme personne n’a le pouvoir d’en exclure un citoyen du monde.

Père Kiteso, vous êtes aussi directeur des études au collège jésuite  Bonsomi, dans la ville de Kinshasa, en République démocratique du Congo. L’éducation semble être votre cheval de bataille ?

L’éducation, c’est mon domaine. J’ai fait un master en planification et administration de l’éducation, à l’université de Lubumbashi, en RDC. C’est peut-être important de souligner aussi que grâce à mon cursus académique en sciences de l’éducation, j’ai pu développer une passion pour l’éducation non formelle. Je m’intéresse notamment aux atouts que présente l’éducation non formelle par rapport à la question de l’effectivité du droit à l’éducation ; un droit humain qui est fondamental et inviolable.  Je suis donc partisan du mouvement « Education pour tous », et je m’insurge contre toute forme d’injustice dans ce domaine très noble qu’est l’éducation. Pour moi, aucun citoyen du monde ne peut en être exclu ; tout comme personne n’a le pouvoir d’en exclure un citoyen du monde.

Le père jésuite Alfred Kiteso au micro de Camille Mukoso, SJ
18 février 2021, 10:21