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Cameroun : Sœur Gutierrez et l’hôpital de Bikop face au Covid-19

En cette période de la pandémie, Sœur Ana Gutierrez, qui travaille comme médecin au sein de l’Hôpital de Bikop, une banlieue de la ville de Mbalmayo au Cameroun, explique comment cet hôpital vit ce moment délicat.

Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican

D’origine espagnole, Sœur Ana Gutierrez, servante du Sacré-Cœur de Jésus est missionnaire au Cameroun. Elle y travaille comme médecin dans un village proche de Mbalmayo, Bikop. Dans l’entretien qu’elle a accordé à Radio Vatican, Sœur Gutierrez explique comment se déploie la mission au sein de l’hôpital en ce temps d’urgence sanitaire causée par la pandémie du Covid-19.
Depuis qu'est arrivé le premier cas au Cameroun le 06 mars 2020, les premières mesures que nous avons mises en place sont celles de protection et de prévention. Pour le moment, notre personnel compte 27 membres et tous les jours, nous travaillons avec les masques et portons les gants. Quand on finit le travail, on prend la douche, on change les habits qu'on lave ensuite à 60 degrés pendant 30 minutes. C'est la manière, on peut dire, de se protéger face au coronavirus et de ne pas faire de notre hôpital un centre de propagation.
Si on ne prend des mesures de protection, nous-mêmes on va contaminer beaucoup d'autres.

Dans votre hôpital, vous avez quelques cas du coronavirus ?

Non. On a eu quelques cas suspects, mais en ce moment, nous avons des examens de PCR, Polymerase Chain Reaction disponibles à l'hôpital et en ce moment, on a fait presque 60. Et tous sont négatifs.

Quels sont les grands défis auxquels vous faites face dans ce contexte qui n'est pas facile justement ?

Le grand défi est surtout celui de conscientiser la population que le Covid-19 existe parce qu'ici, beaucoup pensent que c'est une invention des blancs et cela ne concerne que les pays occidentaux. Ici en Afrique, le confinement est presque impossible parce que beaucoup de gens vivent au taux du jour avec une économie domestique. Les gens doivent sortir pour se nourrir. C'est difficile ; même dans le transport public, c'est difficile d'arrêter la population. A cela s'ajoute le fait que les maisons ne sont pas adaptées au confinement.
A défaut du confinement, le gouvernement a du moins rendu obligatoire le port du masque, et je crois que c'est une bonne mesure.
Autre mesure, on a placé dans différents lieux publics des dispositifs avec un robinet et du savon à la disposition de tout le monde.

Le bilan annoncé par les autorités camerounaises fait état de plus de 1000 cas confirmés. La population n'est toujours pas prête à prendre conscience ?

Il y a presque 1700 et 46 morts. C'est vrai que la plupart de ces cas se retrouvent surtout dans les grandes villes, Yaoundé et Douala. Dans notre contexte, les gens ne croient pas encore beaucoup.

Pour revenir aux mesures barrières, quelles sont précisément les mesures que vous avez prises au sein de l'hôpital pour se protéger contre le coronavirus ?

On a mis à l'entrée de l'hôpital, le lavage obligatoire des mains et la prise de la température de tous les malades qui arrivent pour détecter ceux qui ont la fièvre. A côté de cela, il y a le lavage des mains, le port du masque. Une fois on a détecté ceux qui ont de la fièvre, on les fait passer en priorité, soit pour la consultation, soit pour les analyses. Toujours au niveau de l’hôpital, le personnel travaille avec les masques, les gants que l'on change à chaque fois que c'est nécessaire, ainsi que le gel hydro-alcool qu'il y a dans toutes les consultations.
Au niveau des laboratoires également, tout le personnel travaille avec des équipements nécessaires.

Vous êtes médecin et religieuse. Comment assurez-vous cette double casquette au sein de l'hôpital en ce moment de crise ?


Oui, c'est vrai qu'une grande mission que nous avons comme religieuses, c'est aussi de conscientiser les gens sur l'importance de cette épidémie. Aussi, tous les messages du Pape qui nous parviennent aident beaucoup. En ce qui concerne l'éducation de la population, on a constitué des groupes pour la descente dans les villages, pour faire des réunions avec les différents chefs coutumiers et les conscientiser sur l'épidémie. Cela veut dire que notre mission comme religieuses, comme missionnaires, c'est l'évangélisation qui va de pair avec le développement et la lutte contre les malheurs qui empêchent une bonne santé de la population.

Êtes-vous bien accueillies dans ces initiatives ?

Oui, c'est vrai que la congrégation est présente ici depuis 104 ans et les gens en général nous font confiance.

Votre expérience sur le confinement ?

Le confinement, pour moi, est un temps de grâce. D'un côté, c'est un temps marqué par plus de stress au niveau du travail, parce qu'il faut être sur le personnel. Il faut que les mesures barrières ne tombent pas, il faut faire que chaque jour, les gens vivent. D'un autre côté, après le travail, comme on ne sort pas, on reste à la maison. C'est donc pour moi un grand moment de ressourcement spirituel en faisant quelques lectures spirituelles plus calmement, la relecture de la journée, de la semaine, etc.

Un mot de la fin ?

Je voudrais remercier tous les travaux que l'Eglise catholique réalise pendant ce moment, pour contribuer à combattre l'épidémie. Je crois que c'est un grand mouvement d'Eglise qui se développe, en solidarité avec toutes les victimes du coronavirus. Je remercie aussi tous les fidèles pour le soutien spirituel, que l'ont fait les uns à l’égard des autres. Cela fait sentir la communion et la fraternité universelle en ce temps.
 

Soeur Ana Gutierrez
04 mai 2020, 21:56